mercredi, 30 septembre 2009

Cameo : n° 1

Nous roulons à faible allure au travers le banlieue nord de Paris. J'ai peu dormi cette nuit, le soleil tape sur la carrosserie ; une chaleur sourde se diffuse dans l'habitable. Je n'ai dormi que quelques heures cette nuit. Comme à l'accoutumée, en début d'après-midi, je suis surprise par cette crise de somnolence qui me fait tant redouter les réunions post-méridiennes... La fatigue et la température aidant, je ne peux plus lutter...

Mon n'hom lance le lecteur CD - une musique sinitre, inspirée, envoutante se diffuse tandis que je tombe dans un demi-sommeil.

- Il y a mieux pour dormir, lance-t-il, un sourire dans la voix.
- J'aime bien...

Au bout d'un moment, il place un boîtier dans ma main. J'ouvre suffisamment les yeux pour apercevoir le titre de la BOF : Aliens... Je replonge, tandis que mon imagination vagabonde au gré d'inquiétants accords...

lundi, 28 septembre 2009

Divagations

De mon enfance, je garde une impression étrange : celle d’être celle que l’on ne regardait pas, qu’on ne prenait pas en compte - ou seulement quand elle commettait des erreurs ou devenait une gêne pour les autres. Même encore aujourd’hui, la personne qui devrait m'être la plus proche ne verra en me regardant que d'hypothétiques kilos en trop, mais jamais de fatigue , de trouble ou d'inquiétude.

J’ai été élevée avec des « coups de pieds » virtuels dans le derrière, ou plutôt « dressée », protégée physiquement mais pas moralement. Les fées qui s'étaient penchées sur mon berceau avait activé un peu trop certaines parties de mon cerveau (pas assez cependant pour susciter l'extase...) mais m'avaient spoliée de bien d'autres choses. Ne serait-ce que de la beauté, de la grâce, de capacité de lire à livre ouvert le fonctionnement parental - des dons offerts à une autre. Des dons si visibles, si ostensibles, si plaisants chez un enfant... Miroir parfait d'un accomplissemnt familial. Et comme si l'étrange cruauté de ces fées ne suffisaient pas, ma parentèle humaine eut tôt fait de m'attribuer une certaine force intrinsèque puisque que cette autre ne la possédait pas – et le montrait ostensiblement.  Bien souvent, la faiblesse supposée ou réelle est un puissant catalyseur d'amour parental. Quand elle se trouvait en souffrance, l’être à mon tour semblait une offense, une usurpation et l’on me le faisait bien comprendre. Comme par ce regard excédé qui a bien failli me faire fuguer un soir de novembre.

J’étais l’enfant dissipée, indisciplinée et cela surpassait de loin mes éventuels talents. Je n’étais pas l’enfant précoce dont on était fier (« on » craignait que je prenne la grosse tête…), j’étais la plaie de la famille. Je cachais parfois ma timidité maladive sous des charges dignes de la brigade légère, un comportement extraverti et envahissant qui me faisait haïr… le plus souvent surtout de mes proches, plus soucieux de leur image que de la raison qui me poussait à trop en faire. Le plus injuste, c’est que ce type de comportement aurait été toléré et admis chez d’autres… Une journée de sagesse pour moi demandait un effort de volonté qui me conduisait au bord de l’épuisement quand pour tant d’autres, c’était naturel. Chacune des mes petites entorses aux règles non écrites de l’échange social fut montée en épingle et établi au rang d’attitude habituelle, quand bien même ce n'était qu’occasionnel…

Paradoxalement, quand on parle de mes centres d’intérêt… Quand ils ne sont soit trop anticonformistes pour attirer l’approbation, ils sont considérés comme une perte de temps parce que je n’y atteins pas l’« excellence ». Je dois être Mozart sinon rien. J’ai toujours aimé créer des histoires et écrire. Passe-temps qui a suscité des moqueries qui m’ont lacérées jusqu’à l’os et ont laissé de profondes cicatrices. A présent, c’est juste du mépris – je ne suis pas autorisée à ressentir du plaisir à pratiquer des activités dans lesquelles je n’excelle pas… Quel qu’en soit l’intérêt que j’en tire à titre personnel. Encore et toujours, je devrais « représenter ». Mais ma réussite professionnelle n'est pas concrétisée par des "signes extérieurs" suffisamment explicites pour qu'on puisse la vivre "par procuration".

Je sais à présent d’où vient mon manque total d’intuition et de compréhension dans le domaine du comportement social et  j'ai compris que je n’en portais pas l’entière responsabilité. Mais cela n’aide pas. Pas toujours… Surtout face à quelqu’un qui semble incapable d’aimer autant deux personnes à la fois, chez qui l’amour repose dans une balance qui doit forcément penser d’un côté ou de l’autre. Plus d’un côté que de l’autre, la plupart du temps... et ce n'est pas le mien.

Je fus surcouvée mais pas comprise. Jamais comprise.. Le temps noircit sans doute les choses… Mais une estime de soi réduite en charpie ne guérit jamais vraiment. Surtout quand la famille, tout en luttant contre les attaques du monde entier contre vous, se met paradoxalement en subtile vibration avec les agresseurs pour contribuer à la mise à mort. Et ceux (celles… ?) qui me sont liés par le même sang ne sont toujours pas enclins à l'écoute. Par indifférence, par crainte ou surtout parce qu’écouter mon point de vue serait peut-être les premiers pas d’une remise en cause qui ne saurait exister. Même quand je n’accuse personne et que je cherche juste à expliquer.

Famille, je t’aime d’amour mais pas d’amitié. Un ami, c’est celui qui te comprends et avec qui tu peux parler en toute confiance. mais l’amour est irrationnel... et heureusement, car si j’étais rationnelle, froidement rationnelle, j’aurais peut-être trop de ressentiment pour pouvoir aimer.

samedi, 29 août 2009

La peur de l'imaginaire

Oups, on ne peut pas vraiment dire que j'ai été très fidèle à mes résolutions pendant ces vacances. Après l'EFFRAYANT mois de mai et le TERRIBLE mois de juin (il faudra que je revienne sur la fois où j'ai "sauvé un concert"), l'arrivée de juillet, mois d'été officiel, m'a poussée à passer en mode "économie d'énergie". J'ai bien essayé d'écrire, de tricoter et de coudre, sans grand résultat. Pire encore, je n'ai quasiment pas travaillé mon chant... Ajoutons à cela des pannes d'informatique en cascade...

Aussi vais-je agir à l'économie : je me contente de finaliser un petit article congelé dans mes réserves depuis des mois. Il porte sur un sujet qui me tiens à coeur : la peur de l’imaginaire. En tant que lectrice de très longue date d’ouvrages de science-fiction, de fantastique et de fantasy, avec une bonne connaissance de ce dernier genre, j’ai bien entendu été confrontée à tous les jugements à l’emporte-pièce qui traînent chez les gens « trop-sérieux-pour-lire-de-telles-bêtises ». Mon analyse risque d'en faire bondir quelques-uns (chouette !)... Je ne suis pas diplômée en psychologie, mais j'ose penser que près de 20 ans passés à côtoyer les amateurs et les détracteurs peuvent tout de même me donner quelques pistes sur ce sujet.

Mise en cause répétitive


Les reproches sont toujours les mêmes : d’ordre qualitatif (c’est de la littérature de mauvaise qualité, c’est toujours la même chose…) mais aussi d’ordre, pourrait-on dire, « social» : c’est infantile (puisque ça décrit des choses impossibles) ; ce sont des bêtises (puisque ça décrit des choses impossibles) ; c’est dangereux (puisque ce n’est pas la réalité)… Et cætera…

Tout amateur du genre possède assez d’atouts dans ses manches pour contrer aisément le premier type de reproches, issus d’ailleurs bien souvent de personnages qui ne sont pas forcément les plus qualifiés en matière de critique littéraire… Sans même tenir compte leur méconnaissance totale des genres qu’ils méprisent !

Le second type, par contre, me semble assez inquiétant. Non pour les amateurs de littérature de l’imaginaire eux-même, mais plutôt pour ceux qui la rejettent en bloc. En effet, avec le temps, on en vient à comprendre que le reproche des "antis" est motivé soit par une certaine rigidité des structures de pensées, soit par une forme de peur issue du système éducatif ou de la pression de la société, soit par les deux.

Une gymnatique de l'esprit

La littérature de l'imaginaire nous demande d'accepter, le temps de la lecture, un monde dont les règles et les postulats diffèrent des nôtres : existence de la magie, de règles physiques et évolutives différentes, de créatures fantastiques... Contrairement à ce que l'on pense souvent, elle ne demande pas tant d'exercer sa capacité imaginative que sa faculté d'adaptation et d'extrapolation.

Accepter que les données définissant un système ou un environnement puissent s'écarter des normes familières sera plus facile à des esprits plastiques capables de prendre en compte ces variations de données et d'en admettre les conséquences. Certains y arrivent mieux que d'autres.

Certains n'y arrivent pas du tout. Ils ne parviendrons pas à entrer dans des récits reposant sur des systèmes logiques, des règles scientifiques différentes de celles qui leur sont familiers. D'où un rejet instinctifs de récits considérés comme "absurdes" puisqu'ils ne peuvent en intégrer les rouages. Malheureusement, leur voix prédomine souvent, car leur incompréhension rencontre une autre cause de dénigrement largement répandue : la peur.

Le spectre de la crédulité

Dans notre civilisation "éduquée", nous séparons de façon artificielle (par carence de preuves d'existence autant que de non-existence) le "possible" de l'"impossible". Ce qui est décrété "impossible" est rejeté dans le domaine de l'ignorance, de la naïveté et de la crédulité, de l'enfant, individu incomplet et pas encore formé. L'individu crédule est donc jugé défiscient. D'où une méfiance instinctive de bon nombre de personnes par rapport à des récits comportant le moindre élément "irrationnel". Même si l'adhésion demandée au lecteur n'est pas plus profonde que pour type de fiction "réaliste" !

C'est ainsi que si certaines personnes sont capables d'accepter un jeu de règles alternatives, elles craignent aussi - souvent inconsciemment - que l'acceptation même de ces règles ne les fassent passer du côté des "crédules", donc des faibles ou des marginaux. Ces mêmes personnes reporteront ce soupçon sur les amateurs du genre... Forcément des rêveurs irresponsables et... crédules.

Une perception inégale

Il est intéressant de remarquer que les récits les mieux admis parmi les différents genres de la littérature de l'imaginaire appartiennent au fantastique. L'irrationnel fait irruption dans monde semblable au nôtre et se trouve souvent vécu comme une source de malaise voire une menace. Ce qui rend ce genre plus à même d'être accepté autant par la première catégorie de détracteurs que par la seconde. Il est cependant intéressant de noter que ce public est plus à même de développer des comportements de crédulité "réelle" que le public de formes plus avancées de littérature imaginaire, du fait même de la vraisemblance accrue du fantastique.

La littérature de science-fiction a meilleure réputation car elle repose sur un postulat de "vraisemblance scientifique" (toute relative !) qui écarte le soupçon de crédulité. Pourtant, la plupart du temps, la science qui y est décrite tient plus de la "magie scientifique" ou d'extrapolation à la limite de la fantasmagorie que d'une froide perception cartésienne. Au delà du goût personnel de chacun, on peut constater la conséquence, non pas tant qu'une certaine rigidité de l'esprit, car l'acceptation de l'extrapolation scientifique demande souvent autant d'effort que celle de l'extrapolation "pseudo-scientifique", mais plus de la perception que le lecteur a de lui-même et de son image vis à vis de la société.

La fantasy, souvent située dans des mondes dits "secondaires" (distinct du nôtre et n'appartenant à aucun univers "physique" clairement défini), qui obéissent à des lois sans justifications pseudo-scientifiques souffre principalement du rejet du grand public.

Le "danger fictionnel"

On peut noter que le rejet de la littérature de l'imaginaire n'entraîne pas le rejet généra de la fiction.  Cependant, si l'on considère qu'un danger de coupure effective de la réalité existe au niveau de la littérature de l'imaginaire, on ne peut que s'inquiéter du danger qui existe en bloc dans la littérature, voire le cinéma de fiction. En effet, la proximité du monde décrit avec le nôtre ne demande aucune adaptation des postulats de base, mais une adhésion entière, comme si l'histoire était de fait "vraie"... !

La limite entre vérité et récit frictionnel est de fait bien plus ténue et fragile dans la littéraire classique de fiction que dans la littérature de l'imaginaire. Pourtant, ce type de récit n'est pas plus vrai qu'un récit faisant intervenir une part de fantastique. J'ai vu des personnes intelligentes et éduquées se laisser prendre au piège de cette limite ténue...  Mais jamais  parmi les  amateurs d'imaginaire !

Le Geek et les Cornichons...

Une petite parenthèse : auprès des gens dit "normaux", la littérature de l'imaginaire fait partie de l'apanage des geeks...  Pourquoi est-ce le cas ?

Un geek est souvent un "doué". Son cerveau perçoit les problèmes de façon globale au lieu de les analyser, péniblement, brique par brique comme celui des gens normaux. Le geek a un esprit ludique : pour lui, tout est défi, mais posé à lui même, à ses capacités. La compétition doit se faire dans le but de surmonter ses propres limites plutôt qu'écraser l'autre. Le geek a appris à penser de façon imaginative : ce qui le rend efficace dans son activité de prédilection et qui lui donne la capacité de facilement se transposer dans un univers imaginaire. L'individu standard craint, s'il rompt avec la réalité, de ne pouvoir la retrouver. Le Geek n'a pas cette peur, car il fait l'aller-retour sans la moindre crainte ni la moindre difficulté.

Comme l'écrit Scott Adams : "notre planète est peuplée de près de 6 milliards de cornichons qui vivent dans une civilisation conçue par quelques milliers de déviants fabuleusement intelligents." Si les "déviants" n'avaient pas acquis la capacité d'extrapoler, nous serons toujours assis par terre à tailler des silex...

La force de l'extrapolation

En conclusion, je renverrai nos « antis » aux études des psychologies qui ont déterminé que les enfants  capables de jouer de façon imaginative développaient leur capacité de réflexion et d'adaptation et devenaient mieux armés, dans leur vie d’adultes, pour résoudre des problèmes complexes et inattendus. Or, les lecteurs de l’imaginaire sont pour la plupart des individus ayant gardé cette faculté d’adaptation, d’extrapolation et de souplesse de pensée.

Le mépris dont ils sont accablés par les adeptes des schémas établis reflète une autre peur : celle de voir la société autour d’eux muter, changer, évoluer. Or, tant que ces derniers seront considérés comme les uniques représentants de ce qui est « bon pour la société » (des gens « sérieux », les « pieds sur terre »…), nous n’aurons que peu d’espoir de voir s’installer une nouvelle vision capable de faire passer notre monde, une bonne fois pour toute, dans une ère nouvelle.