Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Quand ce n'est plus du jeu... | Page d'accueil | Le jeu des cinq tags - 19 juin, 12 h 28 ! »

jeudi, 19 juin 2008

Virée aux "Galeries"

Le samedi 7 juin, après avoir animé une messe de mariage au Val-de-Grâce avec ma chorale (lieu grandiose et magique s'il en est, qui vous transporte en un autre temps...)  je suis allée, sur les conseils d'une amie, à la mercerie des Galeries Lafayette.

Ce que je cherchais est banal dans le milieu costumier : un emporte-pièce spécial étoffe, destiné à percer le tissu avant la pose d'œillets métalliques. Mon amie costumière m'a donc dirigée vers les merceries du Printemps ou des Galeries, susceptibles, à son avis, de pouvoir offrir ce style de matériel "semi-pro". Mon mari, qui fréquente ces grands magasins de façon plus assidue que moi (notamment dans les périodes d'anniversaire...) m'a indiqué le lieu exact : le quatrième étage.

Plus qu'un haut lieu de la mode, les Galeries sont pour moi un site chargé d'histoire. Ce bâtiment sublime, cette splendide coupole de verre... C'est toujours avec un terrible pincement au cœur que je pénètre dans le grand hall circulaire, aujourd'hui envahi de stupides petits stands de parfumeurs tous aussi ordinaires les uns que les autres. Jadis, à cet endroit, trônait le splendide escalier qui faisait la célébrité du lieu, démonté en 1974 dans un accès de mercantilisme, atteinte irréversible à un patrimoine architectural singulier. Et pourtant, combien de chalands pénétraient dans le bâtiment juste pour voir l'"escalier"... Ce n'était que le début du processus qui tend à priver, progressivement, ce lieu de sa mémoire et de son aura. On y voit encore les balcons qui ressemblent à autant de loges de théâtres, mais au dessus de ce jeu de cubes dédiés au luxe, au design typique du mauvais goût années 80, ils perdent une part de leur grâce première.

 

galeries.jpg

Photo : Wikipedia

 Les galeries sont envahies de touristes, de midinettes, de femmes actives branchées, de "barbies girls" en quête de l’accessoire qui tue. Quelques personnes plus "ordinaires" semblent presque perdues dans cette foule qui se prosterne dans le temple des apparences. La variété des marchandises offertes semble reculer devant l'assaut de la fringue, des produits de beauté, de l'accessoire inutile. 

Enfin, j'arrive au quatrième. J'ai un peu de mal à trouver ma terre promise (si vous avez suivi : la mercerie). Je longe des parois de verre de couleur (vert, bleu, rose, rouge...) qui donnent sur la base de la grande coupole. Ces parois étaient-elles jadis en plein air ? Le bâtiment a, sans nul doute, été rehaussé, mais à quelle époque et de combien de niveaux ? Curieuse, je scrute les néons qui derrière les dites parois simulent la lumière du jour pour rendre à la base ouvragée de la coupole sa transparence et sa luminosité premières. Je ne peux cependant m'empêcher de me demander quel pouvait être l'effet de ces jeux de lumières colorées, qui devaient teinter chaque partie des vitraux de la base d'une nuance différente. Personne ne semble remarquer mon comportement bizarre et déplacé. Il faut dire qu'en ces lieux, il y a nettement moins de monde...

Enfin, je trouve, relégué dans un petit coin sombre, le rayon tant convoité. Après avoir tourné en rond parmi les rubans, attaches et autres galons, je finis par trouver, sur indication d'une vendeuse solitaire, l'objet que je cherche. Matériel allemand, gage de robustesse... enfin j'espère. Elle m'assure de qualité du matériel sur lequel elle a de « bons retours ». Ici errent quelques autres originales : une jeune maman avec poussette qui cherche des boutons pour un chemisier, une dame antillaise d'un certain âge en quête d'un cube d'une substance miraculeuse qui permettait de fixer les plis des pantalons. « On en trouvait ici, à l'époque... »

La vendeuse est agréable, d'autant que la fatalité va s'abattre sur son rayon : à l'instar de celui du Printemps, déjà disparu, le rayon mercerie des Galeries doit s'évanouir en décembre de cette année. Je ne suis même plus étonnée, je ne me donne pas la peine d’être déçue. La Mecque de la couture, le Marché Saint-Pierre, montre lui-même d'inquiétants signes de déclin, alors ce pauvre petite rayon abandonné et planqué derrière les tenues "détentes", quel espoir a-t-il de survivre ? Il faut dire que de nos jours, la couture, ça ne sert plus à faire du vêtement... Tout juste, à la rigueur, des sacs customisés et du patchwork. La mercerie, il faudra aller chercher ce qu'il en reste dans les rayons du "Loisir créatif" avec son florilège de façons inutiles d'occuper ses dix doigts.

Avant de partir, je décide quand même d'aller faire un tour aux bijoux "fantaisie" : voilà pas si longtemps, on trouvait à la pelle, à des prix raisonnables, de ces colliers et boucles d'oreilles gracieux, délicieusement rétro ornés de cristaux colorés. Hélas, les seuls bijoux qui attirent encore mon regard sont des productions de créateurs à des tarifs prohibitifs. Mes bijoux de rêve ont été remplacés par des horreurs de plastique aux couleurs criardes ou d'énormes pacotilles pseudo-ethniques qui semblent devoir aux pires heures des années 80, le côté "fun" en moins. 

Bah, j'ai mon emporte-pièce et il y a de pires déceptions dans la vie. Mais je m'interroge quand même sur le monde qu'on nous bâtit, un monde où l'on nous fait avaler tout et n'importe quoi dans un joyeux conformisme, où l'on nous prive de la possibilité de donner vie à notre imaginaire. Le goût de l'apparence oui, mais formaté, assisté...

Mais ce n'est pas comme si c'était nouveau...

Commentaires

Eh oui, c'est triste... Cela me fait penser aux fabriques de tissus françaises dont il ne reste quasiment plus rien: les dentelles du Nord ou de Bretagne, la soie de Lyon, tout ça n'existe plus que pour des créations haute-couture que personne, sauf peut-être des stars, n'achète. Le commun des mortels n'ayant d'autre choix que d'acheter des vêtements fabriqués en Chine par des quasi-esclaves ; et des savoir-faire ancestraux disparaissant peu à peu... Oui, moi aussi je m'interroge sur ce monde.

Écrit par : mari6s | vendredi, 25 juin 2010

J'ai découvert depuis que ce style de pinces pouvait être aisément trouvé dans les merceries du marché Saint-Pierre. Ce qui n'ôte rien à la tristesse du constat.

Une mercerie a fermé dans ma ville, mais une nouvelle est apparue... Cependant, j'ai surpris sa propriétaire par ma grande consommation de... fil ! N'es-ce pas paradoxal ?

Écrit par : Milathea | lundi, 28 juin 2010

Les commentaires sont fermés.