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lundi, 28 juillet 2008

De linguae nobilitate… ou : "J’écris comme je veux !"

J’ai vaguement pu comprendre, au fil de commentaires échangés en d’autres lieux, que mes choix de mots rares, précieux, farfelus ou désuets ne faisaient pas l’unanimité. D’aucuns seraient susceptibles de les trouver abscons, prétentieux ou snobs - c’est à dire sine nobilitate, sans noblesse, bref, langage de parvenus… J’aimerais comprendre comment l’on peut être un « parvenu » du langage et à qui la linguae nobilitas, la noblesse de langue peut légitimement appartenir. Le mot rare doit-il rester l’apanage des écrivains prétendus ou reconnus ou des littéraires – quoi que ce mot veuille dire ?

Mes études ont porté sur l’histoire ou plutôt, l’exploitation des sources de l’histoire. Cette discipline, à mon avis, relève de la science (qualifiée d’humaine, de non exacte, mais science tout de même) et non, comme on le considère bien trop souvent et à tort, de la littérature. Ce qui ne veut pas dire que l’histoire ne fasse pas bon ménage avec l’amour du langage : d’ailleurs, elle fait bien meilleur ménage avec la prose littéraire qu’avec la philosophie, car cette dernière tend trop souvent à courber et déformer les faits – comme les courges qu’on fait pousser dans des bouteilles – pour qu’ils se conforment à la théorie de départ. Mais pas plus, dans le fond, que la physique quantique ou la physiologie des oursins, tant il est important de savoir en toute discipline présenter des faits, des théories et des arguments avec clarté et conviction.

Si cela peut amuser, il semblerait que dans le domaine professionnel, la rédaction soit l’un de mes points faibles, tant je souffre sous le joug du sujet imposé. Quand je dois courber l’échine sur un travail qui ne me passionne pas, mon attention cherche à fuir de tous les côtés et, de fait, la présence de fautes et autres coquilles m’échappe trop souvent. Alors que sur ce qui me tiens à cœur ou que je désire faire partager, les mots coulent comme de l’eau et que je regrette que mes doigts soient encore trop gourds sur le clavier (ce qui n’implique hélas pas l’absence des dites fautes et coquilles…)

Donc, après mes sept années d’études qui n’ont pas eu l’heur d’être « littéraires » et mes treize années d’un travail que je ne prétendrais pas « intellectuel », ne me considérant pas comme un écrivain (pas plus que comme une écri-« vaine »), je suppose que je fais partie des « usurpateurs » et autres « parvenus de la langue » à qui serait barrée la fantaisie de langage. Je suis une farfelue qui aime écrire, qui prise les mots bizarres ou anachroniques (n’ai-je pas ému jadis tout un groupe d’atelier d’écriture par l’emploi du mot « sibilant »… ?), je ne possède donc pas assez de quartiers de noblesse pour prétendre au privilège du « langage choisi ». Et donc, paradoxalement, n’ayant pas la prétention d’usurper le titre d’écrivain ou d’intellectuelle ou les moyens de m’acheter l’office qui m’en parerait, je montrerais une prétention des plus graves en employant un langage qui se refuse à la simplification excessive que les tendances actuelles de la communication nous imposent.

En vilaine hérétique, je prétends que la langue appartient à tous, quels que soient le niveau d’étude ou la discipline : aux intellectuels et aux (dits) manuels, aux scientifiques et aux littéraires, aux professeurs de faculté et aux balayeurs, pourvu qu’ils en aient le goût… Et non à une classe sociale, professionnelle ou de littérateurs autoproclamés. L’usage d’un mot peu usité ne doit choquer que s’il détonne du registre général d’un texte, non par sa seule utilisation. Une précision ou une correction sur le juste emploi d’un mot doit se faire avec courtoisie et dans le désir d’instruire, non dans une philosophie de prise de pouvoir sur l’autre ou de règlement de compte. De même, l’emploi d’un mot rare ne doit se faire que par esprit ludique, appétence du beau langage ou par soucis extrême de la nuance et non pour se donner une aura d’intellectualisme triomphant. L’invention d’un mot ou son emploi hors contexte ne doit pas être critiqué si elle est annoncée et assumée comme telle. Le passé simple est un temps délicieux, qui doit survivre au moins par écrit face à la cruelle concurrence du passé composé.

Et vous, chers lecteurs, si vous ne comprenez pas un mot, n’en ayez aucune honte ! Au lieu de laisser votre sentiment d’infériorité se manifester par une réaction âpre ou agressive, ouvrez un dictionnaire ou ayez recours à ceux qui sont accessibles sur le web : placez dans vos favoris le portail Lexilogos, mine inépuisable de savoir linguistique, autant sur notre belle langue que sur les langues et dialectes locaux ou étrangers.

Sinon, pour ceux qui demandent en toute curiosité ce qu’est la « langue xyloglotte » ou « xylolangue » à laquelle je fis tantôt référence, voici le lien du Dictionnaire de langue Xyloglotte.

Commentaires

Découvrir de nouveaux mots ne me gène absolument pas, bien au contraire. Je rédige mon blog d'une manière complètement différente, abusant du langage parlé, d'un franglais plus ou moins heureux dû à mes études d'anglais et de quelques barbarismes et autres néologismes vu dans les magazines féminins (c'est dire si mes références laissent à désirer :). Je garde les termes "techniques" pour mes études. Mais j'ai parfois l'impression que ceux qui emploient des mots de plus de trois syllabes appartenant au langage soutenu étalent leur culture dans un snobisme très parisien rive gauche. C'est sans doute moi qui suis dans le faux (vu que tu n'as l'air ni snob ni parisienne rive gauche), et je suis ravie d'enrichir mon vocabulaire avec autre chose que des adjectifs dérivés des marques de luxe qu'on voit fleurir sur les blogs de mode.


Et oui, Lexilogos, c'est vachement bien !

Écrit par : Lyly June | lundi, 28 juillet 2008

Même en étudiant pendant sept ans sur cette fameuse "Rive Gauche", je n'ai pas dû être contaminée. Née dans une ville sinistrée de la banlieue Est, devenue repaire de bobos, j'ai passé la frontière pour me réfugier dans la ville voisine, qu'on dit presque "provinciale" dans son ambiance. Cela doit faire de moi, au mieux, une Francilienne apatride... ;)

Je suis persuadée que l'usage pédant des mots de plus de trois syllabes n'est pas forcément parisien... Il s'agit généralement d'un vocabulaire plutôt issu de la langue xyloglotte que de l'exploitation de la sémantique, employé sans joie, sans gourmandise.

Les plus beaux mots ne sont pas forcément les plus longs ! Le tout, c'est de se trouver un style bien à soi, celui qui retranscrit au mieux ce que l'on porte en soi...

Écrit par : Milathea | lundi, 28 juillet 2008

Merci pour cette découverte amusante qu'est pour moi la langue xyloglotte. Enfin des néologismes intelligents : Les néologismes n'effraient point, à condition qu'ils soient bien formés et restent compréhensibles (Dumesnil, Hist. théâtre lyr., 1953, p.217) !

La noblesse de langue ? je prie les dieux que toutes celles et ceux qui aiment leur culture et leurs racines, la recherche. Sa pratique doit être naturelle et comme celle de la culture des fleurs susciter autant de plaisir que l'effort est grand.

La philosophie ne devrait jamais déformer l'histoire mais s'attacher à la véracité des sources, et si un philosophe manipule consciemment des faits historiques
alors c'est un escroc. La pourriture peut atteindre n'importe quel citoyen, recherchons la vérité et la justice avec amour, armons-nous de courage et elle ne nous atteindra pas.

J'écris beaucoup et surtout des poèmes où vous aurez vous même l'occasion de vérifier mon "appétence du beau langage ou par soucis extrême de la nuance". Cette initiative linguistique qui suscite l'imagination des esprits rêveurs et créatifs, ce que je suis à l'état naturel. La terminologie de ce dictionnaire est propre à réveiller les souvenirs grecolatins qui traînent encore dans ma mémoire... Une bonne initiative propre à développer la logoarchéopratique.

J'aime tout ce qui va dans le sens de la plus longue mémoire.

avec toute ma sympathie

Écrit par : Rémi-Ange | mardi, 29 juillet 2008

Lexilogos, c'est vu, c'est pris.

ayant vécu jeune dans ce qu'il est convenu d'appeler un véritable "bain d'écrit", je prends mes distances avec cette forme (si quand même) un tantinet précieuse et surannée du texte recherchant à tout prix, ou par principe, la noblesse de langue.

j'ai opté pour des écrits décomplexés, triturant la langue, la faisant vivre avec ce qu'on en fait aujourd'hui... mais sans rompre avec une certaine beauté de la langue (que je préférerai toujours à la noblesse - anarcolaïcard, va!).

je m'y perds un peu ; je m'y retrouve.
je t'y perds un peu ; je t'y retrouve.

tiens, par exemple, les MAJuscules. ben, j'aime pas ça!
un peu d'humilité dans ce monde... c'est le sens de ma répulsion.

maintenant, vu ce qui se produit sur la blogoboule, à quoi s'ajoute les flots de SMS et autres pourritures langiphages... j'abonde! oui, rencontrer des blogs comme le tien, où l'on perçoit réel un souci de lectrice/écrivain, c'est quand même rassurant.

parce que ça a certainement à voir avec ce que dit Rémi : "le sens de la plus longue mémoire".

et pi tiens, merci de me donner l'occasion de pérorer.



[hein ? kétudi, Lilas ? non y a rien à perforer, là. lis! et range ta poinçonneuse, veux-tu.]

tsi hi.

Écrit par : tiniak | mercredi, 30 juillet 2008

Pour le suranné, je crois que mon goût pour l'exercice se renforce à travers les "Grandeur Nature" historiques (ma plus belle réplique à ce jour : "Ah, Monsieur, j'y ai quelque inclination" en réponse à une demande en mariage...) Ce qui me porte à me perdre dans des ouvrages historiques modernes mais qui usent d'archaïsmes. A mes yeux, l'archaïsme est souvent plus vivant et imagé... et pour user d'un vilain mot, moins "intellectualiste" qu'une langue de bois qui multiplie les syllabes.

Rémi-Ange, je suis heureuse d'avoir pu partager cette découverte.

Tiniak, les blogs ne sont-ils pas fait pour pérorer au fil de ses envies ? L'essentiel, c'est de rester sincère et fidèle à soi-même !

Par contre, j'implore ta pitié pour les majuscules... Certes on en abuse souvent, mais ne sont-elles pas d'élégantes accroches pour l'œil ? Sur Gimp Attitude, j'avais lancé l'idée de fonder un mouvement de défense des majuscules (et par extension de la ponctuation), tant de nos jours on les ignore et on les méprise. Ce qui arrive plus souvent par excessive paresse que par choix délibéré d'humilité !

Plus objectivement et du point de vue de l'ergonomie (sujet qui me tient à cœur), elles facilitent grandement la lecture en fournissant un point de repère au regard... Ce qui est une nécessité absolue dans la lecture sur écran, toujours plus pénible que sur le papier. Mon sens de l'humilité passe par cette ergonomie, certes un peu fâchée contre la fantaisie mais si respectueuse d'autrui...

Oui, je sais, je suis trop sérieuse et conservatrice sur ce point, mais par les temps qui courent, cela devient une grande audace en soi ! ;)

Écrit par : Milathea | mercredi, 30 juillet 2008

Vive les majuscules en effet,
Elles participent de leur corps sage,
À l'esthétique du langage,
Qui dépose à vos pieds
Un plaidoyer pour s'envoler.

Face à l'invasion des barbarismes,
Respectons la forme et le sens,
Luttons contre le solécisme !
Respectons dans son essence,
Notre langue maternelle,
Elle n'a rien de suranné
Et sa beauté nous est sacrée.

Vous ne serez jamais trop sérieuse,
Ni assez conservatrice,
Et vous êtes vertueuse,
De notre langue admiratrice.

Rémi-Ange, adepte de l'apaléopithécoaneucéphalodidactisme.

Écrit par : Rémi-Ange | jeudi, 31 juillet 2008

Voilà qui est très bien tourné ! Toutes mes félicitations.

Écrit par : Milathea | jeudi, 31 juillet 2008

C'est en effet étonnant à quel point la honte de l'ignorance (ou sa revendication prétendument assumée) peut engendrer la violence, sinon physique (l'avantage du net!), au moins orale ou, dans ce cas, écrite.

Je suis peut-être d'une autre époque (que c'est triste quand on n'a même pas 17 ans...), mais quand je ne connais pas un mot, soit j'en déduis le sens du contexte, sois je le cherche sur un dictionnaire, et j'essaie de m'en souvenir, ravie d'avoir enrichie ma culture "langagière". Quitte parfois à en remercier l'auteur.

Alors je te remercie, si ce n'est de m'apprendre de nouveaux mots, ce qui pourrait arriver, de perpétuer l'usage de la belle langue que je trouve naturelle chez toi et prétentieuse chez certains de ces "littérateurs" qui croient en avoir l'exclusivité...

Écrit par : mari6s | jeudi, 25 septembre 2008

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