Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« L'absence, c'est un gros tas de vides... | Page d'accueil | Les mots qui tissent la toile »

jeudi, 11 mars 2010

Timidités

Ces temps derniers, je n’ai pu m’empêcher d’aller faire de brèves visites sur des forums et blogs d’écrivains. Et d’observer avec un mélange de fascination/exaspération/stupéfaction un univers qui jamais n’a été, jamais ne sera le mien.

Il y a ceux qui ne se prennent pas au sérieux, qui jouent et vibrent avec les mots. Ce sont ceux par la fenêtre desquels je jette parfois un œil, avec la timidité du voyeur, ceux vers qui je pourrais idéalement me porter car j’éprouve pour eux une sympathie presque fraternelle, ou plutôt, celle de l’obscure cousine de province fière de voir sa parentèle se distinguer. Cependant, les mondes et images où ils évoluent ne sont pas les miens ; j’y serai à jamais étrangère, en raison de ma soif inextinguible d’« ailleurs ». Si je cherchais des  coupables, à qui faire porter le fardeau de mon altérité, ils se nommeraient sans doute William Morris, Jules Verne, Henry Rider Haggard, Edgard Rice Burrough, Lord Dunsany… et leurs cohortes de fils et filles spirituelles qui ont fait de moi à jamais une dévoyée.

Et il y a les autres, qui ne peuvent écrire une seule phrase dont le sens est transparent, évident, qui s’expriment par métaphores compliquées et figures de style plus qu’obscures, dans un langage qui pourrait être philosophique s’il contenait une logique et une clarté que j’ai peine à y trouver, sous les yeux béats de lecteurs « ravis ». Je nage ici en pleine étrangéité, moi qui aime à défendre des idées, à conter des histoires… J’ai le sentiment de me trouver devant les cabinets de curiosité de méandres de l’esprit humain. Je pense aux monstres, que j’ai fréquentés avec tant d’assiduité, en tant que « choses remarquables » qui défient les règles supposées intangibles de la nature et de la création (divine et littéraire). Un écrivain qui produit des textes-monstres est-il lui aussi digne de figurer parmi les monstra des anciens ?

En dépôt de mon amour des monstres quand ils arpentent les contrées imaginaires de l’esprit, mon retrait prend ici l’apparence de la fuite, non de la timidité.

Les commentaires sont fermés.