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vendredi, 26 mars 2010

Emancipation - sixième partie

J’ai peine à réprimer un frisson à l’écoute de ce jargon déshumanisé. Mais il n’y a aucune amertume dans la voix de Rag. Parfois un peu d’ironie, rien de plus. Après tout, employer un nom plutôt qu’un autre ne change pas grand chose à la réalité désignée, non ? Et puis, cela n’a pas dû durer trop longtemps. Cela fait presque vingt ans que la loi d’Émancipation est passée. Je risque une nouvelle question :

"Tu te souviens de l’Émancipation, du Déconditionnement ?"

Rag se met à rire. Ses dents blanches brillent dans son visage au teint doré :

"Oh, oui, je me souviens du jour de l’Émancipation. Un agent de l’ICG est passé nous voir et nous a fait un beau discours. Il nous a expliqué que désormais, nous étions des individus, que nous avions les mêmes droits que les humains classiques. Nous n'avons pas tout compris... Nous avons pensé que c'était un autre type de test mais nous n'arrivions pas à comprendre ce qu'on attendait de nous."

C'est normal. Ils étaient si jeunes. Et conditionnés pour remplir au mieux leur future fonction.

"Mais... Après ? Votre vie a changé ? Un peu quand même, non ? A cause du Déconditionnement..."

Cette fois, il rit pour de bon. Le cynisme est clair.

"Quel déconditionnement ?"

Ma gorge se serre un peu. J'avais imaginé que l'Émancipation avait été un grand moment pour lui et ses semblables. Qu'on les avait placés dans des foyers d'accueil. Ou qu'on leur avait appris à se conduire en êtres humains. A mon expression confuse, il élabore :

" Il a été conclu que le gouvernement avait tant dépensé dans notre conception qu’il serait tout à fait normal que nous travaillions pour lui et qu’une partie de nos gains aille dans la couverture des frais occasionnés. Et pour cela, nous devions poursuivre la formation qu'on avait commencé à nous donner, dans les mêmes conditions pour ne pas nous déstabiliser."

Rien de nouveau sous le soleil. Je baisse les yeux, regardant le revêtement velouté du sol :

"Je vois… Un peu comme pour les laissés pour compte et... les orphelins des planètes dépotoirs...

- Oh, non, proteste Rag. Nous, nous avons été chanceux. Nous étions si précieux et coûteux que le gouvernement était aux petits soins pour nous. Et puis, ils ne désespéraient pas de voir la loi d’Émancipation assouplie… Voire abrogée. Nous n'étions pas de la chair à canon produite en masse, comme les Spartans, les Remparts ou les Bearskins, mais les futurs protecteurs du genre humain."

Ce dernier qualificatif, bien sûr, est prononcé avec une ironie flagrante.

"Nous séparer ou changer radicalement notre univers nous aurait trop perturbés. Dans le fond, c'était peut-être mieux."

A suivre...

Spartans :

Type de soldats clonés, prévu pour les actions de commando. Les Spartans étaient produits par naissains, un ensemble d'individus né d'un "modèle" de base.


Remparts :

Type de soldats clonés, prévu pour les lignes de front.


Bearskins :

Type de commandos genmod, dédiés aux interventions "musclées".

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