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mercredi, 28 avril 2010

Pourquoi le meneur devient écri-"vain"

En tant que meneur-déserteur (je ne trouve pas de féminin à ces mots), je vais tenter d'expliquer pourquoi le "meneur", conteur qui entraîne ses joueurs dans les méandres de son imaginaire, peut éprouver le besoin de retourner aux sources de l'écriture...

Le jeu de rôle par mail est par définition « social » : on ne peut le pratiquer seul. C'est un jeu d'échange somme toutes assez égalitaire, quoi qu'on n'en dise : à l'action répond la réaction. De part et d'autre. Mais contrairement à ce que l'on pourrait penser, le jeu d'interprétation écrite n'est pas la meilleure garantie d'un retour pour l'auteur.

Dans le jeu d'interprétation écrite, l'écriture n'est pas un moyen d'expression, mais un média : si sa qualité aide à la fluidité du jeu, elle n'est pas un but en soi. En faire le fond de tout le jeu revient bien souvent à tuer l'élément ludique. Les deux ne peuvent coexister que pas concessions mutuelles.

Le jeu de rôle représente l'interpénétration de deux fantasmes, celui du meneur et celui du joueur et deux fantasmes ne vibrent pas forcément au même diapason. Dans le cadre d'une écriture unilatérale, c'est moindre mal dans la mesure où elle n'influe pas sur la construction intime de l'œuvre. Mais cette différence d'appréhension peut parfois être la cause d'incompréhension, de frustrations, de malentendus aussi bien sur le fond que sur la forme.

Ensuite, il existe entre joueur et meneur une obligation « contractuelle » qui donne à chacun des droits et de devoirs. Le meneur fournit une « prestation de service ». Le joueur est un « consommateur responsable ». Bien entendu, cette interdépendance existe sur le mode du plaisir mutuel ... normalement. Mais ce fait n'empêche pas que chacun estime pouvoir revendiquer une part de temps de l'autre ainsi qu'une tendance à juger "la performance" en tant que client et non qu'amateur dilettante. Ni de remettre en cause les nouvelles passions de son vis à vis : je sais à présent combien cela peut blesser et, au final, provoquer le repli dans la passion incriminée et méprisée au profit de la prestation de service.

Au final, la disparité de motivation est ce qui pèse le plus durement. Même quand les joueurs interviennent en groupe, le couple joueur/meneur garde un aspect privilégié. La seule chose qui diffère est le degré de contrôle de l'intervenant sur l'univers. Ni le maître, ni le joueur ne peuvent (sur)vivre seuls. Quand la motivation est égale, tout se passe de façon fluide. Mais il suffit que d'un côté, la motivation baisse pour que le « couple » devienne boiteux. Je ne reviendrai pas sur la difficulté ajoutée par la présence de l'écran entre les deux individualités.

A ceux qui s'étonneront de ma longue syncope, moi qui fut si motivée, je pourrais leur parler de ces années passées à tirer, traîner, supplier, motiver des joueurs qui tôt ou tard m'ont tous fait plus ou moins faux bond un jour, pour une raison ou pour une autre.

Un écrivain est plus libre qu'un meneur d'avancer au gré de ses envies, de ses disponibilités. Il lui est légitime de choisir l'esthétisme sur la clarté, de se contenter de sous-entendre et d'effleurer sans crainte des conséquences d'une incompréhension de la partie d'en face. Il peut placer une part de lui même en chacun de ses personnages, donner libre cours à ses préférences en la matière, tenir leur destin intégralement entre ses mains et le façonner àn son gré. Il est libre des contraintes et du contrat qui le lie aux autres, il n'est responsable que de lui même.

Le revers de la médaille, c'est la solitude : aucun contrat ne le lie à son lectorat. Étant donné que même les joueurs, responsables du contrat mutuel, se donnent largement le droit de l'ignorer à leur convenance, que dire du lectorat, présence papillonnante qui effleure et se pose trop rarement, quand bien même il n'a aucune contrainte à redouter. Parfois, il y a cette rare gemme : le lecteur qui dépose un avis, une critique, un encouragement. Mais il est aussi rare que la perle fine. Ce qui le rend d'autant plus précieux, c'est que rien ne l'y oblige.

Ce papillon qui se pose, il y en a sans doutes un sur mille... il faut attendre bien longtemps avant de le voir approcher sa floraison créative, s'il vient un jour.

Commentaires

« (…) et, au final, provoquer le repli dans la passion incriminée et méprisée (…) »

Incriminée et méprisée… Les mots claquent. Ils sont durs, sans appel, négatifs. Un peu trop peut-être. Comme l’a dit Nim dans le billet précédent, la victimisation n’est pas une solution.

Il est vrai que la relation meneur-joueur repose sur un équilibre parfois précaire, sorte de mélange de droits et de devoirs mutuels, parfois tacites, parfois établis. Un peu comme tout relation humaine, somme toute.

Il également vrai que si le JdR par mail est profondément social, l’acte d’écriture de l’écrivain est nettement plus solitaire. Et il n’est pas toujours facile (voire souvent impossible) de concilier les avantages des deux. Mais les objectifs de ces deux pratiques sont également diamétralement opposés. Si le meneur écrit principalement pour les autres (= les joueurs), l’écrivain écrit principalement d’abord pour lui. C’est pour ça que l’acte d’écriture de l’écrivain est si intime. Et c’est pour cela que nombre d’œuvres d’auteurs (célèbres et moins célèbres) n’ont et ne seront jamais publiées.

Pour un écrivain, l’acte d’écriture est là pour assouvir un besoin, une nécessité, une évidence. L’écrivain écrit d’abord et avant tout pour lui. Le fait d’être lu (ou non) est secondaire. La multiplication de blogs, de journaux intimes et autres récits divers sur le net est donc assez paradoxal en soi. Et il faut s’interroger sur les raisons réelles qui poussent ces auteurs en herbe à publier ainsi aux yeux de tous leurs œuvres avec plus ou moins de bonheur.

Écrit par : Fitzugh | mercredi, 28 avril 2010

Mon commentaire d'origine était si long et construit que j'ai décidé de le transformer en note. Et tant mieux, car cela me force à l'objectivité et ôte la virulence de mes propos.

Je me contente juste pour l'instant de commenter ces points :

"Incriminée et méprisée… Les mots claquent. Ils sont durs, sans appel, négatifs. Un peu trop peut-être. Comme l’a dit Nim dans le billet précédent, la victimisation n’est pas une solution."

Ne te sens pas autant visé ;). Si j'emploie ces mots, c'est aussi en mea culpa, pour avoir eu cette attitude également envers certains de mes meneurs et mes joueurs qui désertaient parce qu'ils vivaient d'autres passions. A présent, je le regrette profondément parce que je suis à même de le comprendre. "Shoe is on the other foot", comme disent si bien les Anglais - je ne trouve pas d'équivalent aussi juste.

"Et il faut s’interroger sur les raisons réelles qui poussent ces auteurs en herbe à publier ainsi aux yeux de tous leurs œuvres avec plus ou moins de bonheur."

Au niveau dureté, je trouve que cette phrase dépasse de très loin les miennes... :-( Et que d'un coup férir on peut provoquer plus d'une blessure. Mais restons calme.

Comme le dit joliment Nabokov, « On peut considérer l’écrivain selon trois points de vue différents : on peut le considérer comme un conteur, comme un pédagogue et comme un enchanteur ». Je serai donc, dans ma prochaine note, pédagogue. :)

Écrit par : Milathea | mercredi, 28 avril 2010

Diantre ! Que de fougue en réponse à un si petit commentaire…

Bien, tout d’abord, je ne cherchais nullement à te blesser. Mais au vu de tes réactions (un commentaire, un nouveau billet acidulé et une allusion acerbe dans le suivant), les blessures doivent être multiples… et profondes. Je te présente donc toutes mes excuses.

En ce qui concerne ma petite phrase que tu trouves si dure (celle qui invite à s’interroger sur les raisons réelles qui poussent les auteurs à publier leurs œuvres), sache qu’à mes yeux, elle était bien innocente (j’ai bien pire en réserve) et ne faisait allusion qu’à un phénomène général et non à un cas particulier. Tu n’étais donc pas visée.

Je pourrais répondre à chacun de tes arguments, opposer des contre-arguments et étayer mes propos par diverses sources. Je le pourrais, mais je ne le ferai pas. Par manque d’envie, de temps et de motivation. Parce que, de toutes manières, cela ne nous avancera à rien, sinon à nous fâcher. Et ce serait idiot.

Sache seulement que la paternité des idées que j’ai avancées dans mon commentaire précédent, revient à une femme écrivain contemporaine, considérée par certains comme un des auteurs majeurs du XXe siècle et décriée par d’autres. J’imaginais donc qu’elle savait de quoi elle parlait…

Quant à la notion d’art que tu développes dans ta note pédagogique, il s’agit d’une notion particulièrement subjective et fluctuante. Où commence l’art ? Sur base de quels critères objectifs une œuvre ou une prestation peuvent être qualifiées (ou non) d’artistiques ? En ce qui me concerne, je l’ignore et je n’ai aucune envie de discourir sur le sujet.

J’espère que ta nouvelle passion te comblera et répondra à tes aspirations.

Écrit par : Fitzugh | jeudi, 29 avril 2010

Je ne me fâche jamais sur une bataille d'arguments si j'ai l'assurance que ce n'est rien de plus ! Mais il est vrai que je sens (peut-être à tort) depuis le début comme un vent de malaise sur cette histoire, en fait, depuis les premiers temps de ma "défection".

Et comme je l'ai déjà dit, mon MSN reste ouvert ;), je dois dire que j'ai lamentablement traîné dessus depuis quelques jours en espérant t'y voir... :( D'ailleurs, mon isolement depuis que je ne joue plus ma fait tout de même penser que le "meneur" demeurait ma seule "valeur sociale"...

Dans ma dernière note, je n'ai pas eu le sentiment d'être acerbe en quoi que ce soit. Ironique, peut-être. Acerbe...

"Sache seulement que la paternité des idées que j’ai avancées dans mon commentaire précédent, revient à une femme écrivain contemporaine, considérée par certains comme un des auteurs majeurs du XXe siècle et décriée par d’autres. J’imaginais donc qu’elle savait de quoi elle parlait…"

Pourquoi ainsi masquer tes sources ? J'ai du mal à comprendre. Si quelque part tu trouves une proximité de pensée avec elle, c'est d'autant plus important ! Ce n'est sans doute pas pour rien que tu as fait tiennes ses idées.

Pour ma part, mes sources ont le mérite de mettre des mots sur ce que je ressentais déjà. Mais comme elles le disent bien mieux que moi...

Écrit par : Milathea | jeudi, 29 avril 2010

« Mais il est vrai que je sens (peut-être à tort) depuis le début comme un vent de malaise sur cette histoire, en fait, depuis les premiers temps de ma "défection". »

A tort, en effet. En ce qui me concerne, aucun malaise de mon côté. Je te le répète : je comprends tes choix et les respecte. Tu es toutefois plus « frileuse » sur ta nouvelle passion et tu réagis plus vivement que par le passé si l’on ne partage pas ton enthousiasme. C’est en tous cas mon ressenti. J’ai effectivement envie de reprendre le jeu où nous l’avons laissé et je le rappelle quand l’occasion se présente. Sans plus.

« Et comme je l'ai déjà dit, mon MSN reste ouvert ;), je dois dire que j'ai lamentablement traîné dessus depuis quelques jours en espérant t'y voir... :( D'ailleurs, mon isolement depuis que je ne joue plus ma fait tout de même penser que le "meneur" demeurait ma seule "valeur sociale"... »

Je te retourne l’argument : tu connais mes adresses mail. Rien ne t’empêche de m’envoyer un message pour me dire que tu seras sur MSN tel jour vers telle heure. Mon statut de joueur serait-il ma seule valeur sociale ? ;o) (Je sais, c’est facile…)

De toutes manières, je dois t’avouer que ces derniers temps et pour diverses raisons, j’ai très peu de temps libres.

« Pourquoi ainsi masquer tes sources ? J'ai du mal à comprendre. Si quelque part tu trouves une proximité de pensée avec elle, c'est d'autant plus important ! »

Pourquoi devoir à chaque fois se cacher derrière des sources ? Mon discours aurait-il été plus crédible ou acceptable si j’avais dit « untel dit que… » ?

Pour ma part, ce sera ma conclusion à cette discussion qui n’a décidément pas sa place ici.

Écrit par : Fitzugh | jeudi, 29 avril 2010

Réponse globale alors, tout autant pour le visiteur de passage... Juste mes pensées en l'air, où personne n'est visé sauf peut-être moi.

Je pense que je dois tout compte fait être bien prétentieuse de cerner le monde comme je le vis et le vois et non comme de grand(e)s nom(me)s le décrivent, mais ce n'est pas nouveau. Cela dit, paradoxalement, je ne suis pas contre trouver du soutien auprès de ces grand(e)s nom(me)s s'ils corroborent ma vision, qu'ils disent les choses bien mieux que moi et que mon point de vue d''écrivaillonne sans prétention, les deux pieds dans le ruisseau mais les yeux grand ouverts, ne sera jamais assez crédible. Il faut dire aussi que je suis un être simple, qui croit aux définitions de son Larousse plus qu'au débats de philosophes. Carence majeure d'éducation.

Sans vouloir justifier mes errements... J'avais juste besoin d'un peu de soutien. C'est aussi un grande prétention dans ce monde. Surtout quand on présuppose la compréhension des autres, qu'on ne sait pas demander, ou ne pas demander assez bien, juste juxtaposer les actes manqués. Non, ça ce n'est pas de la prétention. Juste de l'orgueil. Il faut moins qu'au moins un des péchers capitaux me rattrape pour être crédible en ce monde...

En tout cas, merci M. Perrin, sans le savoir, vous m'avez redonné un peu de confiance et de foi en moi-même, vous m'avez fait sourire et plusieurs fois m'écrier : "Comme c'est juste !", ou "C'est tellement vrai !". Et tant pis si votre vision taille un costard à tous les poètes maudits et autres auteurs qui nient l'importance d'être lus tout en pratiquant la plume alimentaire. :)

Écrit par : Milathea | jeudi, 29 avril 2010

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