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vendredi, 28 janvier 2011

Utopies et raisins éditoriaux

lafont06_t.jpgDernièrement, une des mes adorables lectrices m’a posé une question toute simple : « Comptes-tu faire publier ? »

Une question simple, certes, mais qui contenait beaucoup de pièges pour ma conscience versatile. Ma réponse fut volontairement neutre : « Ce n'est pas dans mes projets - pas dans les circuits classiques en tout cas ! Par contre, si j'arrive au bout, j'en ferai certainement un eBook pour que les lecteurs puissent l'avoir en version complète… »

Dois-je nier un relent d’« ils sont trop verts, etc.  » dans mes propos ? Mon côté « renard » face aux « raisins » éditoriaux n’est pas totalement absent, il serait malhonnête de le nier. Je suis en effet intimement persuadée qu’aucune boîte d’édition n’est susceptible d’être intéressée par mes écrits, pour diverses raisons. Les grandes boîtes, parce qu’un auteur inconnu est toujours une valeur branlante, un risque qu’il est préférable de ne pas même calculer. Les petits éditeurs… pour les failles intrinsèques (hypothétiquement) de mon œuvre : trop classique, trop compliquée, pas assez « artistique », trop politiquement correcte, ou pas assez politiquement correcte - au choix -, pas assez sombre, pas assez intellectualis… euh, intellectuelle, pas dans l’air du temps, pas pour le type de lectorat ciblé… ou peut-être, tout simplement… trop médiocre.

Mettons tout de suite les choses au point : je n’ai rien contre les éditeurs. Aucune rancœur, puisque n’ayant jamais envoyé le moindre manuscrit, je n’ai jamais connu la douleur du rejet. J’ai connu une micro-déception l’année passée en comprenant que quand un éditeur (ou un auteur, d’ailleurs) cherchait à « copiner » avec vous sur les réseaux sociaux, il ne s’intéressait ni à votre vie, ni à votre œuvre, mais au postulat sophiste :

L’écrivain écrit
Les gens qui écrivent lisent des livres
Donc l’écrivain lit des livres

(…de préférence, nos livres…)

Ce n’est pas un reproche, il s'agit d'une réaction très logique pour de petites sociétés d’édition indépendantes qui sont souvent en situation difficile et cherchent à atteindre des clients potentiels. Mais l'auteur possède, par définition, un ego fragile.

D’ailleurs, pour être encore plus honnête, nous autres écrivains auto-publiés du web faisons un peu la même chose pour élargir notre lectorat… Sauf que comme nous œuvrons à petite échelle, nous pouvons entrer dans une démarche d’échanges de bons procédés avec nos pairs : « je te lis et je te fais de la pub, tu me lis et tu me fais de la pub... », processus accompagné d’un véritable intérêt pour la personne. Et puis, notre compte en banque n’en dépend pas…

Vous vous demandez sans doute quel rapport cette digression peut entretenir avec le fond du problème. Nous y venons...

Pour revenir sur la publication potentielle de mon œuvre, il nous faut passer de l’utopie A (un éditeur accepte mon manuscrit) clairement irréalisable - puisque je n’envoie jamais de manuscrits -, à l’utopie B (un éditeur me découvre sur le web et propose de me publier). Matérielle réalisable mais fort basse sur l’échelle des probabilités : en cas de doute, voir ci-dessus. Pas ou peu de chasseurs de têtes, surtout dans le domaine des littératures de l’imaginaire où abondent tant d’écrivaillons geeks, rôlistes et/ou rêveurs qu’il est quasiment impossible de déterrer les perles dans la pile de gravas de toute nature.

S’il l’on ne connaît pas un succès ravageur, un bouche à oreille qui prend les proportions d’un raz-de-marée, qu’on ne suscite pas l’intérêt des grandes plumes de la critique et de la chronique – même webienne (laquelle faute de temps ou d’intérêt, ne se penche quasiment jamais sur le vivier grouillant du web, juste, à la rigueur sur quelques aquariums choisis), ce style de conte de Noël à l’Américaine n’arrive pas. A moins, en notre douce époque, d’être une caissière qui bave sur les clients du supermarché où elle bosse (les gens sont méchants).

Revenons à l’éventualité B. Un (petit) éditeur se fourvoie sur mes pages, parvient à passer le cap du premier paragraphe, à ignorer mes fautes et mes coquilles, apprécie suffisamment les rêveuses sur le retour à l’imagination « barrée » et dotée d’une fibre dix-neuviémiste pour trouver l’affaire jouable. Utopie quand tu nous tiens.

Il est évident que l’éditeur se verrait dans l’obligation de faire signer un contrat d’exclusivité s’il veut « faire son beurre » en vendant le dit ouvrage. Ce qui impliquerait, pour moi, d’ôter mes textes du web. Décevoir et spolier de fidèles lecteurs, divers compagnons de routes, des hébergeurs et diffuseurs amateurs avec qui j’ai avancé. Je ne dis pas que je pourrais résister au chant des sirènes (les gens qui affirment ne jamais boire l’eau de telle ou telle fontaine naviguent entre inconscience et arrogance), mais que je ne franchirais pas le pas sans état d’âme. Avec ma production erratique et mon inspiration fluctuante, je doute pouvoir vendre une autre œuvre « écrite dans la même veine » sur les bases d’une vague promesse. Et de pouvoir le faire sans le support de la webpublication, qui seule me permet d’avancer.

En outre,  tous ceux qui me côtoient un tant soit peu connaissent mon côté libriste (et je dis bien libriste, pas libraire, libertaire, librettiste ou littéraire, je ne suis rien de tout ça) – au moins sur le point de la diffusion. Mes œuvres sont généralement diffusées sous Creative Commons (pour ceux qui ne savent pas de quoi il s’agit, un tour sur http://fr.creativecommons.org/ s’impose). Parmi les gens qui entretiennent les mêmes passions que moi, ce fait est connu, reconnu, voire même apprécié. Et préférer offrir ses œuvres au monde plutôt que s’attacher à une utopie a, je pense, ses mérites. Cependant, si un jour il m’était donné de ressusciter l’utopie, combien de temps mes beaux idéaux de liberté/fraternité/gratuité tiendraient-ils avant que le chant des sirènes ne les précipite sur les écueils ?

Jamais je n’irais critiquer les écrivains qui s’accrochent à leur rêve de papier, ni même ceux qui l’assouvissent sous forme l’auto-édition – au risque d’y laisser leur plume. Chacun gère comme il le souhaite ses utopies : la seule démarche condamnable à mon sens serait d’abandonner l’écriture, d’être persuadé que la création ne peut vivre sans l’utopie. Je me contente de mon côté de tuer l’utopie (pas tout à fait mais au moins un peu) pour sauver l’écriture. Parce que l’utopie est dérangeante. Qu’elle met en lumière tous les aspects les plus paradoxaux de la conscience.

Cependant, les modalités de la diffusion littéraire sont susceptibles de changer à toute allure dans les années qui viennent, et chacun d’entre nous se verra peut-être obligé de redéfinir ses utopies.

Commentaires

D'un autre côté, tu n'es pas non plus obligée de tout proposer à un éditeur. N'y a-t-il pas un de tes récits que tu verrais mieux sous forme de bouquin et un autre que tu préfèrerais consacré à l'échange du web ? Je te pose la question, car je me suis dit la même chose à un moment. Je ne pense pas qu'il soit absolument nécessaire de renoncer à l'un ou l'autre chemin. Ce n'est pas toi que tu vends heureusement, ce sont tes écrits ^^

Sinon, l'auto-édition genre "In Libro Veritas" et "The Book Edition" est toujours possible. Mais, d'après ce que tu dis, je pense que "In Libro Veritas" te conviendrait mieux.

Écrit par : Natth | samedi, 29 janvier 2011

"In Libro Veritas" propose une diffusion gratuite, je suis tout à fait prête à employer ces lignes de diffusion dès que j'aurai quelque chose de plus conséquent à montrer, que ce soit par le fond ou par la forme ! :) Même si c'est un recueil de nouvelles pour commencer. Il existe d'autres sites qui propose ce style de distribution et c'est ce genre d'initiatives que je trouve très encourageantes, tout comme les sites qui permettent aux auteurs de vendre directement leur production sous forme numérique.

Je n'ai rien, encore une fois, contre l'édition classique, ce qui m'agace, c'est l'idée que l'écrivain ne peut exister sans l'éditeur... J'ai lu des choses d'un mépris incroyable de la part de certains éditeurs. Voire aussi de certains auteurs. auteurs publiés = bon auteurs, auteurs non publiés = ratés qui s'y croient, c'est tout de même d'une arrogance rare...

Écrit par : Milathea | samedi, 29 janvier 2011

Je suis bien d'accord avec toi, surtout lorsque l'on sait que certains genres sont plus mal acceptés que d'autres. Si tu n'écris pas dans un genre populaire (au sens très demandé par la majorité), tu as vraiment beaucoup moins de chances d'être publiée.

Mais il ne faut pas désespérer ! Déjà, il existe des lecteurs et des acheteurs adeptes de l'auto-édition. Sinon, comment ces sites pourraient-ils perdurer ? Il est vrai que certains éditeurs n'apprécient pas ce changement, tout comme certains hommes politiques ou célébrités voudraient censurer le net à leur profit. Tant pis pour eux. S'ils ne veulent pas évoluer, ils resteront derrière.

Plus le temps passe, plus j'ai tendance à considérer les critiques injustifiées avec mépris, surtout quand elles sont aussi rétrogrades. J'aimerais bien que le dicton dise vrai et que parler aux c*** les instruit... Mais l'expérience me prouve que ce n'est malheureusement pas le cas.

Je file, mes partenaires de JDR viennent d'arriver XD

Écrit par : Natth | samedi, 29 janvier 2011

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