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lundi, 22 mars 2010

Emancipation - troisième partie

"Des ouvrages de politique, d'histoire... De la philosophie, parfois.

- Oh..."

Pour appuyer ma merveilleuse réplique, je hoche la tête avec compréhension, approbation, enfin, n'importe quoi pour masquer mon désarroi. La plupart des gens pensent que les Archanges sont ignares dans tout ce qui n'est pas de leur domaine de fonction. Pas Rag, apparemment. Il faut dire qu'il est le premier gencon que j'approche d'aussi près. Bon, je vais faire un effort pour montrer plus d'intelligence qu'un ragobat des neiges en période d'hibernation.

"Il y a aussi des ouvrages scientifiques ?"

Il hausse un sourcil :

"Du style biologie, médecine, génétique... ?"

Je reste sans voix, les bras ballants. A croire qu'il me connaît mieux que moi-même.

"Je pense que tu devrais trouver ton bonheur."

Du menton, il me désigne le siège à côté du sien :

"Ne reste pas debout. Surtout si tu souhaites engager la conversation."

Ses yeux d'une bizarre couleur jaune d'or brillent d'un éclat suspect. Au moins, j'aurais amusé quelqu'un ce soir. Ma journée n'est pas perdue.

En silence, j'obtempère. Après tout, c'est le moment d'apprendre à connaître mieux un coéquipier. Quelqu'un à qui je pourrais un beau jour devoir la vie. Ou réciproquement, mais sans doute pas avant longtemps. Je me lance :

"Tu as toujours aimé lire ?"

A suivre...

Archange :

Type de soldats d'élite gencon, considérés comme une réussite ultime de l'optimisation du génome humain. En fonction de leur spécialisation, les Archanges sont répartis par grandes catégories qui portent chacune un nom d'Archange mythique comme Mikâ’él, Gabre’él, Rafâ’él, ‘Urâ’él, Râgu’él, Sari'él...

Ragobat :

Petit animal à fourrure de la planète Permafrost.

dimanche, 21 mars 2010

Intertexte

Ce titre ne veut sans doute rien dire, mais il exprime de mon point de vue ce que seront ces quelques lignes.

Le retour du "A quoi bon ?" parce que de temps en temps, il est important de ressortir cette phrase classique aux relents de nihilisme dépressif. Cependant, je peux objecter que mon trajet dans la pénombre (c'est à dire, le parcours en aveugle de l'écrivain sans retours) est à présent piqué de petits puits de lumière : quelques remarques constructives, un excellent retour sur "Émancipation", l'intérêt et la curiosité sincères de plusieurs personnes et un peu de publicité (je dois ici remercier un de mes amis qui est devenu, en quelque sorte, mon "attaché de presse" sous Facebook, merci monsieur G. !) Le "A quoi bon ?" est un grand classique qui nous donne le sentiment d'appartenir à un cénacle de génies méconnus et de poètes maudits, le pratiquer à l'occasion est salutaire pour l'ego et la profondeur créative.

Je reste toujours aussi surprise en consultant les statistiques que mon article le plus consulté demeure mon "Ode funèbre à l'originalité vestimentaire". J'ose à peine imaginer la tête des "girlies" attirées par le tag "mode" quand elles atterrissent dessus. Aucune n'a hélas laissé de commentaire. Mais de toute façon, je pense qu'il en est de l'attitude "girlie" comme de la lecture de Télérama : on sait que c'est bourré d'âneries, mais on continue à pratiquer pour des raisons sociales. (Je m'excuse de cet accès de méchanceté gratuite, on m'a déjà accusée de "porter des jugements" sur les dindes - c'est à dire, d'avoir un avis sur le courant "girlie"...)

Voilà, c'était le billet qui ne sert à rien. Après avoir virtuellement abandonné ce blog, je le charge et je le surcharge. Je suis en phase d'extraversion pathologique, ça finira bien par passer un jour...

 

Emancipation - deuxième partie

Une voix profonde, passablement amusée. Bon sang, ce type sait être silencieux ! Pour quelqu'un d'aussi grand, il est sacrément discret. Je ne pensais pas que quelqu'un d'autre que moi avait des soirées assez vides pour lambiner au QG. Mais dans le fond, c'est logique. Il n'a sans doute personne qui l'attend au dehors. Pas plus que moi.

Je m'approche avec hésitation. Techniquement, son grade est inférieur au mien, mais je connais assez les hiérarchies implicites pour savoir qu'elles ne sont pas basées sur les hiérarchies théorique. Donc, profil bas... 

"Et toi, Rag ? Tu restes tout le temps aussi tard ? "

Le diminutif sonne bizarrement dans ma bouche. J'ai cru comprendre que c'était un peu une tradition ici : pas de "capitaine", de "lieutenant" ou de "sergent"... Mais Lock, Cid, Rag... D'un autre côté, pouvoir prévenir quelqu'un sans faire tout un discours, ça peut sauver une vie.

Il se contente de sourire :

"La bibliothèque de l'ISO est plus fournie que le réseau multidoc, même avec abonnement spécifique. C'est l'occasion de lire au calme."

Ce n'est que maintenant que je sens les effluves qui se dégagent du mug de tesseko qu'il tient entre ses mains. Comme la majorité de la population, je suis plutôt accro au café. Le tesseko, c'est relativement récent sur Terre : la fève a été découverte sur Gaïa il y a moins d'un siècle. C'est un peu trop fade à mon goût et les alcaloïdes qu'il contient sont vite évacués par mon organisme. Mais on dit que les gencon ont des sens plus développés et un métabolisme plus sensible, alors je peux comprendre ses préférences.

"Lire quoi ?"

A son coup d'œil ironique, je déduis que je n'ai pas su cacher mon étonnement.

A suivre...

Réseau multidoc :

Bibliothèque publique en ligne ; l'essentiel est gratuit. On peut accéder à des documents plus spécialisés moyennant un abonnement modique.

Tesseko :

Baie originaire de la planète Gaïa, contenant un stimulant léger. Une fois torréfiée, elle peut être employée comme le café, mais son goût et plus doux et parfumé.

Gencon :

(familier) Être dont le génome a été recréé à partir de gènes humains.

samedi, 20 mars 2010

Emancipation - première partie

Cette nouvelle a été publiée en entier sur le site dédié à Paradis XXIV. Aucune connaissance préalable de l'univers n'est requise. Cependant, un petit glossaire sera ajouté à chaque partie pour éclairer les expressions "nébuleuses".

 

Je n'ai pas vu le temps passer. J'avais juste vaguement conscience du jour qui baissait au dehors, de la lumière du bureau qui s'ajustait pour compenser la perte de luminosité... A quoi avais-je la tête ?

Syndrome du premier jour. La crainte de partir avant les autres et de se faire traiter de tire-au-flanc. Et soudain, derrière les grandes verrières, le jour n’est plus qu’une vague lueur dans un ciel délavé et le sol est déjà envahi par les ombres. Il ne reste des autres bâtiments de la zone administrative que de vagues ombres géométriques, piquées de lumières dépareillées.

Ma position n'est pas des plus faciles. Second lieutenant ("bébé lieutenant", comme dirait notre comptech), coincé entre des supérieurs exigeants et des sous-officiers qui en savent plus long que moi sur le métier... et sur (presque) tous les sujets de la vie. Alors ce soir, je me sens saisi par ce sentiment de transition et d’incertitude. Quelle est la vieille expression, déjà ? "Entre chien et loup"… Je me demande ce que je fais ici, maintenant, dans cet uniforme noir flambant neuf, dont la matière raide ne fait aucun d’effort pour s'adapter à mon corps. Il doit y avoir erreur sur la personne.

Je me trouve à une bonne demie-heure de mes nouveaux quartiers et j'ai la flemme de rentrer. D'un autre côté, je ne suis pas censé passer la nuit au QG des Soffies. Je dois rentrer chez moi. Sauf que ce n'est pas vraiment chez moi. D'ailleurs... je n'ai jamais vraiment eu de chez moi. Je me penche pour éteindre ma station : je n'apprendrai rien de plus ce soir. Mes yeux me refusent tout service au delà du minimum syndical. Il est temps que je bouge.

"Je me demandais quand tu te déciderais..."

A suivre...

 

Comptech :

(familier) Technicien de haut niveau dans le domaine informatique, souvent équipé d'une interface cybernétique humain/machine (ICHM).

Soffies :

(familier) Surnom des Forces Spéciales de l'ISO (ou ISOSF). L'ISO ou  Interworld Security Office est une agence gouvernementale indépendante, de structure paramilitaire, chargée de lutter contre la corruption au sein de l'Interwold Central Government et des consortiums associées à des projets gouvernementaux.

vendredi, 19 mars 2010

Blocage et déblocage

Tout commence par un blocage. Le blocage est fondamentalement différent du syndrome de la page blanche : là, c'est le syndrome de la page à moitié blanche. Grosse nuance !

Ce chapitre s'annonçait mal, de toute façon : l'action n'y avance quasiment pas et il cumule les facteurs de pesanteur. Une partie implique la difficulté des relations familiales, particulièrement entre parent et enfants, et les conséquences que peuvent entraîner des choix de vie... Je doit cultiver un recul nécessaire, il ne s'agit que d'artifices de fiction.

Tout le long passage impliquant Lock coule assez facilement. C'est avec Cid et le "marine général Thor-Jan Carsen que plus rien n'avance. Et le responsable est justement... Le dit "marine general". Mal cerné, sans motivation, il n'est qu'un sale type rigide et intolérant et je peine à le voir ainsi.

Au fil des extrapolations, je le dote d'une histoire pas si simple, qui le lie à d'autres personnages qui eux aussi manquaient d'une profondeur nécessaire. Face à ses propres contradictions, détenteur de lourds secrets, Jan-Thor prend chair à son tour. Une intrigue un peu étrange se trame en arrière-plan. Ainsi naissent les Seraphim (pluriel de Seraph) et leurs rapports complexes d'amour et de haine. Feront-ils un jour l'objet de leur propre saga ?

Rassérénée par cette bouffée d'inspiration, je trouve le courage de couper mon chapitre à un endroit judicieux pour l'intrigue autant que pour son calibrage et d'entamer l'écriture de deux nouvelles (l'une est terminée et en ligne sur mon site - je pense la publier ici également, en la tronçonnant un peu...) Je réalise que dans le fond, le fait d'avoir traîné sur ce passage m'a permis de créer cette intrigue secondaire. J'ai aussi développé les interactions entre Rag et Cid - quelque chose que je ne pensais pas faire - et donné plus de relief à mon Archange.

D'ailleurs, par curiosité, je me suis documentée un peu sur l'archange Raguel (modèle de notre super-flic), ce que je n'avais pas encore fait. Tout ce que je savais, c'était que cet archange "portait sa vengeance sur le monde des luminaires", c'est à dire sur le monde des apparences trompeuses. D'où le fait d'avoir donné ce nom à un modèle d'Archange "policier". Mais quand je le découvre également "archange de la justice, de l'équité et de l'harmonie", quand j'apprends qu''il est censé s'assurer que les autres anges travaillent  avec les mortels d'une façon harmonieuse et ordonnée "selon l'ordre divin", je me dis que mon inspiration m'a bien guidée !

Ma pause involontaire m'aura aussi permis un peu "d'art de fan" ou plutôt d'"art d'auteur" : j'aurai tenté de donner un visage à Becka, la mécano du Moonshine Runner.

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