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vendredi, 21 mai 2010

L'Enquête - troisième partie

Suite et fin de cette petite histoire de café... ou autres boissons chaudes.

Vaber considéra le sergent : le genhum le fixait intensément, mais l'expression de son visage parfait trahissait une certaine résignation. Avait-il déjà compris en observant la nervosité de l'agent du service d'Intendance que les nouvelles qu'il allait recevoir n'étaient pas aussi bonnes que pour ses camarades ? Certes, il avait la réputation d'être plutôt pacifique – en dehors du terrain du moins, mais Vaber se méfiait d'emblée des athlètes qui le dominaient de deux têtes. 

"Par contre, pour le
tesseko, c'est un peu plus..."

Il se racla la gorge, jeta un coup d'œil – inutile – vers son
datapad avant d'achever :

"... problématique."


Six regards désolés et compatissants se tournèrent vers Guttirez, qui semblait plutôt gêné par toute cette attention.


"Quel est le problème ?" Demanda-t-il, peut-être pour faire diversion.


Vaber se gratta la tête et répondit sur le ton d'un avocat plaidant sa cause :


"Dans tout l'immeuble, il n'y a que deux personnes – vous inclus – qui ont manifesté le désir de consommer régulièrement ce produit. Hors, la fève de
tesseko n'a pas encore été acclimatée avec succès sur Terre ou dans les bases de culture hydroponiques Il faut l'importer de Gaïa, d'où un surcoût important par rapport aux autres denrées. Cependant, nous ne pouvons nous permettre de tolérer trop de disparité dans les prix des différentes offres. C'est pourquoi il est important que le rapport de l'offre et de la demande demeure correct."

Il jeta un coup d'œil timide vers l'assemblée et s'enhardit à poursuivre.


"La commission a jugé qu'on ne pouvait maintenir cette offre sur le critère d'une... préférence personnelle aussi peu répandue."


Il se félicitait déjà de cette imparable logique, quand la voix de la partie lésée se fit entendre :


"Pardonnez-moi d'intervenir,
misser Vaber, mais il ne s'agit pas d'un critère de préférence personnelle. Du moins, pas à la base. Si vous me le permettez, je peux vous expliquer..."

Le ton du sergent était calme et d'une amabilité exemplaire, mais sa seule intervention suffit à mettre Vaber mal à l'aise. Ou peut-être était-ce les six regards attentifs posés sur Guttirez. L'agent du service d'Intendance tenait trop à sa place – et à sa vie – pour ne pas prendre la peine d'écouter la requête du grand
genhum.

"Je pense que si des distributeurs de boisson chaudes sont installés au quartier général de l'ISO, c'est que les responsables de l'Intendance sont parfaitement au courant de l'importance de cette consommation – aussi bien au niveau du geste social qu'en raison de la stimulation physiologique due à la présence dans les boissons proposées d'un certain type d'alcaloïdes..."


Vaber ouvrit la bouche, sans rien trouver à en sortir. Il avait  l'impression d'entendre parler un tract d'information du service d'Intendance – enfin, si un tract avait pu s'exprimer. Le sergent marqua une pause, comme pour avoir l'assurance que son interlocuteur suivait bien, avant de poursuivre :


"Le métabolisme des
Archanges a été optimisé pour résister naturellement à un grand nombre de substances qui pourraient avoir des effets primaires ou secondaires néfastes sur l'organisme humain. Mais il se trouve que sur ce point, la génétique n'est pas une science exacte. Même si cette résistance se vérifie dans la plupart des cas, un certain nombre d'entre nous présente -   paradoxalement - une sensibilité particulière à certains alcaloïdes... particulièrement la caféine."

Il haussa un sourcil et avec un sourire, ajouta :


"Il ne s'agit pas d'effets sérieux. Ils sont comparables à ceux d'une surconsommation de café chez un individu, disons... classique.


- Comparables, je ne dirais pas que c'est le terme approprié, glissa Weiss avec un petit sourire en coin. Tu es quand même un peu plus...
optimisé qu'un individu classique."

Vaber se dit que le lieutenant n'avait pas tort : la vision d'un
genhum de presque deux mètres de haut, doté de capacités physiques dépassant celles des meilleurs athlètes des jeux de l'Intermonde, en pleine crise de surexcitation hypercaféiné le troublait un peu.

"Comme vous le savez, poursuivit le sergent sur le même ton courtois, la théine est basiquement la même substance que la caféine. Par contre, l'alcaloïde contenu dans le
tesseko a les mêmes effets stimulants que la caféine mais il semble tout à fait adapté à notre métabolisme."

Vaber hocha la tête, tentant d'avoir l'air intelligent :


"Vous considérez donc que le
tesseko est le seul choix qui vous convienne, non par goût, mais par nécessité ?

- Ça me semble une bonne synthèse du problème."


Bien évidemment, ces révélations changeaient pas mal les choses dans les perspectives de Vaber. Il baissa la tête vers son
datapad :

"Je note donc cette information... Je vais en informer la Commission aussitôt que possible...


- Merci,
misser Vaber, fit le genhum avec un sourire angélique. J'apprécie beaucoup votre compréhension."

L'agent du service d'Intendance espérait que les planqués qui touchaient une prime à statuer sur ce genre de bêtise secouerait leur flemme pour se réunir à nouveau. Après tout, ce n'était pas eux qui devaient faire face à la clientèle mécontente... En particulier une clientèle génétiquement améliorée.


Férier leva la main :


"Ajoutez que compte tenu des circonstances, supprimer le
tesseko de la sélection pourrait s'apparenter à un processus discriminatoire !"

Weiss hocha la tête avec une expression appréciatrice :


"Voilà ! Excellente formulation !"


Il croisa les bras et ajouta d'un air matois :


"En plus, nous allons bientôt fêter les vingt ans de la loi d'Emancipation, ça ne serait pas une très bonne idée de laisser penser qu'une institution aussi intègre que l'ISO donne dans ce genre de pratique..."


Son ton froidement ironique envoya un frisson le long de la colonne vertébrale de Vaber, qui espéra que ce gamin n'aurait jamais l'idée de faire de la politique. Un moment de silence passa tandis que l'agent du service d'Intendance, anxieux d'en finir, entrait les informations dans son
datapad. Il s'apprêtait à saluer et battre en retraite mais Lockhart le précéda :

"Merci de votre visite,
misser Vaber, vous serez toujours le bienvenu", lui lança le capitaine d'un enjoué, avant de se tourner vers ses troupes :

"Allez, nous avons assez rigolé. Il serait temps de travailler, vous ne croyez pas ?"


En filant vers la porte avec un soulagement intense, Vaber eut juste le temps d'entendre Férier protester :


"Mais Lock... Il n'y a RIEN de plus important que la machine à café !"

♦ ♦ ♦


A peine Vaber avait-il quitté le bureau que Berry déclara avec un grand sourire :

"C'était une bonne idée, cette enquête. Mais ils se donnent vraiment du mal pour rien."


Lock haussa les sourcils :


"Pour rien ? Comment ça ?"


Berry s'installa plus confortablement dans son fauteuil :


"Parce que la gestion des distributeurs de boissons chaudes est informatisé, comme tout le reste ici. Cela fait des années qu'ils font ces enquêtes stupides, que nous, les
comptech, nous les rectifions... Ils les rectifient à leur tour mais au final, nous avons l'entier contrôle des commandes ! "

Elle croisa les jambes, s'appuya confortablement contre le dossier et déclara, d'un ton royal :


"Pourquoi changer un système qui marche ?"


FIN

jeudi, 20 mai 2010

Changer de murs ?

Je commence de plus en plus sérieusement à songer à transbahuter mon blog ailleurs. Je me sens de plus en plus mal à l'aise dans cet immeuble, où j'habite les combles, juste sous les énormes néons qui m'empêchent de dormir et de réfléchir, tandis que les locataires de première classe font la foire au premier.

Au départ, on nous avait fait croire que nous, les petits locataires, logés à l'oeil par charité, nous pouvions quand même participer un peu aux réunions de copropriété. Mais très vite, nous avons compris qu'on avait pas besoin de nous pour attendre le quorum. Nous ne savons même pas où poser une réclamation si une ampoule est grillée dans la cage d'escalier ou si l'on a taggé un mur.

Le problème, c'est que si je souhaite partir, je vais devoir bouger tous mes meubles et les remettre à la même place - exactement - et cela risque d'être un peu compliqué. De plus, comment mes quelques amis vont-ils me retrouver ? Déjà que j'en ai peu...

L'autre dilemme est le suivant : aller de nouveau me loger gratis dans un vaste immeuble, ou bien, au contraire, entrer en colocation chez un sympathique hébergeur - mais dans ce cas, il faudra que je fasse de sacrés travaux dans l'appart ?

Ou encore... Ne pas bouger. Après tout, ce ne sont que quatre murs. Pourquoi vouloir persister à vouloir vivre en communauté ?

mercredi, 19 mai 2010

Vous n'aimez pas la SF... ?

Ce billet va encore une fois se complaire dans des thèmes maintes fois abordés. Autrement dit, le genre de littérature auquel j'ai choisi de me consacrer pour le moment.

Paradoxalement, on ne peut pas dire que ce soit mon genre de prédilection, même si j'ai longtemps mijoté dans une sauce imaginaire nourrie de Space Opera classique, de japanimation et de cinéma. La découverte de la Science-Fantasy et de la Fantasy a orienté mes goûts vers des univers plus aventureux, plus magiques, moins technologiques. Je n'ai jamais vraiment vibré pour van Vogt, Clarke, Asimov ou Heinlein, ni pour les chantres de la Hard Science purs et durs. Ma bibliothèque se nourrissait plutôt des ouvrages d'Edmond Hamilton, de Poul Anderson,  de Frank Herbert, de C.J. Cherryh et de David Brin - éclectisme temporel et stylistique s'il en est.

Il en est de la Science-Fiction comme du roman historique ou du roman policier : c'est un genre si vaste, si varié, qu'on y trouve transposés tous les autres genres littéraires, dans des contextes moins familiers que notre quotidien. Le récit gagne en nouveaux défits, en richesse nouvelle, en force nouvelle.

Ce qui me dérange le plus, ce sont tous ces clichés véhiculés par un imaginaire collectif qui n'a pour références que Star Trek, Cosmos 1999, Star Wars et quelques dessins animés japonais. La Science-Fiction, ce serait avant tout des univers aseptisés où les gens se tirent dessus à coup de laser (en fait, beaucoup d'univers de SF n'emploient pas le laser mais d'autres technologies bizarres mais cela, c'est au delà de la perception béotienne).

Il y a dans le lot des gens sincères, peut-être : en se basant sur les deux ou trois éléments censés être représentifs du genre (la plupart du temps, même pas littéraire...) qui ont atteint leur perception, ils en font une généralité absolue. C'est ce qu'on appelle un préjugé, qui comme tout préjugé se base sur une ignorance de bonne foi doublée d'une paresse d'aller voir plus loin.

C'est la raison pour laquelle l'argument du "goût personnel" me semble un peu caduque : je crois que beaucoup de gens qui pensent ne pas aimer la Science-Fiction "par goût" n'ont pas rencontré "leur" type de Science-Fiction. Nous portons tous ce type d'oeillère, pour un domaine ou pour un autre.

Il y a aussi dans le lot des gens qui sont pris dans les affres de la peur de l'imaginaire. Un carcan difficile à combattre seul, d'autant que c'est un carcan socialement correct. Notre société actuelle ne fait d'ailleurs pas grand chose pour le briser : nous somme loin des années 70-80, quand Temps X berçait notre samedi après-midi.

Pour une fois, je ne mettrai pas en cause l'école, qui n'est pas forcément une tour de granit élevée à la gloire du classicisme littéraire. Enfant, c'est tout de même grâce au collège que j'ai découvert Barjavel et Tolkien. J'attribuerai plutôt la faute aux médias : à l'heure où les films de Science-Fiction n'ont jamais été aussi nombreux sur les écrans de cinéma, un certain nombre de journalistes persistent à plisser le nez et à prétendre "ne rien comprendre" (même à des histoires dont un enfant de trois ans saisirait les enjeux) voire à affirmer que ce n'est pas digne de compréhension.

Parce qu'il faut bien voir cet étrange paradoxe : les lecteurs de Science-Fiction sont en général des gens plutôt éduqués ou cultivés (ce qui n'est pas toujours la même chose), même si ce n'est pas forcément dans les domaines les plus "littéraires". Ils appartiennent cependant rarement à la frange de l'élitisme culturel le plus exacerbé (même si les rangs des lecteurs de SF ont leur propres élitistes). Ne pouvoir se rattacher ni à une culture dite "populaire" (dans le sens "populo" du terme), ni à une culture "choisie", nuit à son image publique.

Du coup, la SF reste, envers et contre tout, un "truc de geek".

Peut-être ne faut-il pas s'en plaindre...

dimanche, 16 mai 2010

L'Enquête - deuxième partie

La suite de l'enquête de Jack Vaber dans le monde impitoyable de l'ISO...

Vaber semblait porter le poids du monde sur ses épaules : pourquoi son supérieur avait-il décidé que ses subordonnés devraient délivrer les résultats de l'enquête en personne et que l'équipe de Lockhart ferait partie de sa zone ?

Il passa une tête prudente dans le bureau : dans son habitacle aux parois vitrées, Lockhart semblait affairé. Trop affairé, sans doute, pour perdre du temps sur les résultats d'une enquête sur le distributeur de boissons chaudes. Il s'apprêtait à battre en retraite mais il avait compté sans l'œil observateur et le tempérament nuisible de Weiss :


"Lock, nous avons de la visite !"


Le capitaine se leva et fit signe à Vaber d'approcher tout en sortant de son bureau :


"Entrez ! Fit-il avec un grand sourire. Nous vous attendions."


Vaber rentra presque à reculons dans la salle :


"Vous... Vous m'attendiez ?


- Bien sûr. Nous avons été prévenus de votre passage par un message circulaire."


L'agent du service d'intendance grimaça. Il prit une longue inspiration et frémit sous le poids des regards braqués sur lui. Il plongea son regard dans l'écran de son
datapad et commença d'une voix monocorde :

"En fait, je dois juste vous avertir que nous ne nous sommes pas basés que sur les statistiques. L'enquête a été soumise à une commission qui a délibéré de l'opportunité de demandes... minoritaires."


Il releva prudemment les yeux : les membres de l'équipes l'écoutaient religieusement, suspendus à ses paroles. Il se tourna vers Lock qui attendait, les bras croisés, appuyé contre la paroi de verre de son bureau individuel :


"Bien entendu, vos préférences, ainsi que celles du lieutenant Weiss, entrent dans les normes majoritaires."


Le jeune officier secoua dramatiquement la tête :


"Si j'avais su, j'aurais essayé de me singulariser un peu plus.


- Je trouve que tu te singularises déjà bien assez comme ça", rétorqua le lieutenant Carsen, caustique.


Elle tourna des yeux verts emplis d'expectative vers Vaber :


"Lieutenant, déclara-t-il courtoisement, il a été considéré que vos préférences, bien qu'assez rares, présentaient une petite touche de classe et de sophistication qu'il était intéressant de maintenir. Nous allons d'ailleurs diversifier les choix de café aromatisés."


Bien que satisfaite, Carsen était manifestement un peu surprise que ses goûts soient qualifiés de "sophistiqués". Vaber secoua la tête : s'il y avait quelque chose de plus agaçant que les filles de famille, c'était les filles de famille quelque peu... larguées.


Il regarda de nouveau son
datapad et décida de passer à la comptech :

"
Misser, votre demande rejoignait sur le fond une cinquantaine d'autres. Nous allons mettre à disposition des produits biologiques : aussi bien café que thé. Je ne peux pas vous promettre spécifiquement de thé blanc, mais du thé vert pourra peut-être faire l'affaire ?"

La
comptech fit une petite moue :

"Éventuellement..."


Puis, brusquement, la moue se transforma en un large sourire :


"Mais c'est déjà bien !"


Vaber ne put s'empêcher de ressentir un peu de baume au cœur en voyant la charmante
comtech manifester sa satisfaction.

Les deux caporaux le regardaient, les mains sur les hanches, l'air un peu menaçant. Il décida de régler rapidement ce problème :


"La commission a pleinement conscience que votre type de consommation est assez répandue dans les zones... excentrée de l'Intermonde, fit-il en souriant un peu  nerveusement. Elle pense que l'intégrer au choix actuel montre que les cultures alternatives extra-solaires doivent être prises en compte."


Les deux hommes se regardèrent puis, finalement, Burke déclara :


"Je ne suis pas sûr d'avoir tout compris, mais ça nous convient !"


Aden asséna à son binôme une tape sur l'épaule et les deux éclatèrent de rire.


Vaber poussa un soupir de soulagement. Une bonne chose de faite.


Restait le plus difficile...

(à suivre)

L'attaque des blogs spammeurs...

Il m'arrive assez souvent de consulter les nouveaux billets sous le Tag écriture. Mais depuis quelques temps, j'ai remarqué qu'y apparaissaient des intrus assez gênants : des blogs montés uniquement pour promouvoir la vente en ligne de médicaments sans ordonnancesou la promotion de jeux d'argent... Avec un discours ressemblant trait pour trait à celui qui pourrit trop souvent nos boîtes de courrier.

Et voici que fleurissent les notes intitulées : "Achetez du (nom d'un barbiturique ou d'un stimulant sexuel)", sans oublier les "Jeux *** en ligne", associées à des tags choisis aléatoirement.

Comme je suis facétieuse, je trouverais amusant que ces blogs qui n'en sont pas atterrissent parmi les "plus visités" ou les "plus commentés".

20:35 Publié dans Sur le fil | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : blog, spam, hautetfort