Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 28 avril 2010

La naissance de l'Ecrivain

Je reprendrai à titre d’introduction cette belle phrase d’un de mes contradic… commentateurs. ;)

" Pour un écrivain, l’acte d’écriture est là pour assouvir un besoin, une nécessité, une évidence. L’écrivain écrit d’abord et avant tout pour lui. Le fait d’être lu (ou non) est secondaire."

C'est une idée fort noble mais en grande partie fausse… Du moins dans sa seconde moitié.

Il existe sans aucun doute différents types d’écrivains. Et ces écrivains traversent des phases différentes dans leur vie : certaines intimistes, cartharsiques… Peut-être sont-elles des passages obligés, mais elles constituent dans l’univers de l’écriture une sorte d’exception. Je dirais que l'écriture pour soi (celle qui l'est réellement, par essence, bien plus rare qu'on ne le pense) est souvent une expérience de recherche et de formation, j'irais même jusqu'à penser qu'il s'agit d'un état immature de l'écriture, où l'on s'affronte soi-même par crainte d'affronter les autres. D'ailleurs, est-elle une écriture sans lecteur ? Tout comme un acteur se projette aussi dans le spectateur éventuel, l'auteur se place aussi en tant que son propre lecteur.

J'utilise à dessin le terme d'auteur. Comme le montre bien le critique littéraire et poète Pierre Perrin dans son remarquable texte sur la Création littéraire, c'est l'oeil du public qui fait accéder l'auteur au statut d'écrivain. Plus encore, c'est son jugement :

"Est écrivain quiconque écrit un ouvrage et puis le publie. Il rend public son travail. Que ce dernier suscite quelques éloges et fasse se découvrir des crocs alentour, c’est naturel. La publication ne suffit pas. Les critiques sont indispensables à l’écrivain. [...] Un écrivain n'existe pas sans la reconnaissance de ses pairs. "

Il n'est donc pas étonnant de rencontrer l'incompréhension formelle de ceux qui se sont vus "auteurs", mais pas "écrivains".

Carson McCullers ne disait pas autre chose en affirmant : «[...] tous les artistes savent que leur vision est sans valeur tant qu'elle n'est pas partagée ».

Selon Nabokov, « On peut considérer l’écrivain selon trois points de vue différents : on peut le considérer comme un conteur, comme un pédagogue et comme un enchanteur ».

Si le conteur parlait devant un public, on comprendrait fort bien pourquoi il n'a pas envie de parler tout seul - sauf pour se tester et s'entraîner, mais il a au final besoin de son public pour lui apprendre à perfectionner son art. Que serait le pédagogue sans ses disciples ? Et ne parlons guère de l'enchanteur qui n'enchante que lui même. Le fait que le média écrit soit censé changer drastiquement cette vision a quelque chose d’absurde.

Je reviens brièvement aux paroles de mon commentateur :

"C’est pour ça que l’acte d’écriture de l’écrivain est si intime. Et c’est pour cela que nombre d’œuvres d’auteurs (célèbres et moins célèbres) n’ont et ne seront jamais publiées."

On exagère bien trop souvent l'intimité de l'acte, en relation avec les autres formes artistiques, peut-être en raison du caractère "codifié " de l'écriture : pendant longtemps, ce savoir ne fut l'apanage que d'une élite, un savoir rarement et jalousement partagé, quasi-magique. Tandis que tous les autres arts ne nécessitaient que peu ou pas d'apprentissage pour être compris. Mais rien à ce jour ne me laisse penser qu'on confie plus de soi-même à la plume qu'au pinceau, qu'au ciseau, qu'aux touches et aux cordes ou à son souffle et ses cordes vocales, aux planches du théâtre et à la pellicule. L'on conçoit parfaitement que toutes ces formes d'art ne peuvent prendre vie, pratiquement, qu'à travers l'oeil du spectateur et de l'auditeur. Pourquoi l'écriture serait à ce point différente ?

Étant  une impertinente, je n'hésiterais pas à incriminer l'influence des "poètes maudits" : le texte était difficile à mettre à disposition  d'un public sans les moyens d'un éditeur, autant garder caché ce qu'on le crée, tandis qu'au fond de soi, on persiste à le destiner à un utopique lectorat. Comme le déclare une fable de La Fontaine : "Ils sont trop verts..." Une bonne part de cette écriture "intime et personnelle" n'est que le signe, à mon sens, d'un renoncement qui ne se nomme pas, mais ne désire pas être total. Je vous renvoie sur ce point à ma note "Des îles et des alouettes".

Faut-il réellement s'interroger "sur les raisons réelles qui poussent ces auteurs en herbe à publier ainsi aux yeux de tous leurs œuvres avec plus ou moins de bonheur" ? Pas plus, il me semble, que sur les raisons qui poussent toute personne à embrasser une passion artistique.

Car toute passion est "un besoin, une nécessité, une évidence". Je prendrais l'exemple du chant, que je pratique depuis des années. Même quand on l'exerce en chœur, c'est une démarche intensément personnelle, qui force à travailler énormément sur soi-même pour être juste dans le fond comme dans la forme... Mais elle ne se réalise que devant un public : la démarche de "prestation" donne un but, celui d'avoir un retour positif (ou non) de son travail à travers les yeux des autres. Pourtant, ici, aucun soupçon de narcissisme, alors que l'écrivain tombe  sous le joug cruel de cette suspicion.

Il y a mille raisons positives d'offrir ses textes à un public : pour partager avec lui un imaginaire enfermé dans la prison de son esprit, pour le divertir, pour l'enchanter, pour lui permettre de s'évader, pour échanger avec lui une vision, une inspiration. Les chagrins seuls cherchent des raisons négatives : comme dans toute démarche artistique, la tentation narcissique, le désir de reconnaissance, la crainte de la solitude, de la mort, de l'oubli jouent un rôle, mais à quoi bon stigmatiser l'auteur quand on ne stigmatise ni le sculpteur, ni le peintre, ni l'acteur, ni le musicien, ni le chanteur ? Pourquoi vouloir déterrer toutes ces raisons grises derrière la blancheur de l'intention ? Est-ce seulement possible ? Comme l'écrit Pierre Perrin, "Sait-on pourquoi on vit ?"

Enfin... Est-ce parce qu'un écrivain est médiocre, il n'a pas le droit de montrer ses œuvres ? D'ailleurs, selon quels critères est-on médiocre ? Se permettre de se voir par le regard des autres, n'est-ce pas la meilleure façon de progresser ? De hâter la maturation plus aisément qu'en était son unique juge ?

L'écrivain pourtant n'agresse ni les yeux, ni les oreilles ; il est facile d'exclure sa prose de son champ de vision. Pourquoi est-il au coeur de si cruelles réflexions ? Je ne lèverai pas ce mystère aujourd'hui, d'autres s'y sont essayés, mais si j'ai pu réussir - un moins un peu - à instiller une compréhension de visions que je tente sans succès de faire passer à longueur de notes, j'aurais atteint une forme de félicité...

Pourquoi le meneur devient écri-"vain"

En tant que meneur-déserteur (je ne trouve pas de féminin à ces mots), je vais tenter d'expliquer pourquoi le "meneur", conteur qui entraîne ses joueurs dans les méandres de son imaginaire, peut éprouver le besoin de retourner aux sources de l'écriture...

Le jeu de rôle par mail est par définition « social » : on ne peut le pratiquer seul. C'est un jeu d'échange somme toutes assez égalitaire, quoi qu'on n'en dise : à l'action répond la réaction. De part et d'autre. Mais contrairement à ce que l'on pourrait penser, le jeu d'interprétation écrite n'est pas la meilleure garantie d'un retour pour l'auteur.

Dans le jeu d'interprétation écrite, l'écriture n'est pas un moyen d'expression, mais un média : si sa qualité aide à la fluidité du jeu, elle n'est pas un but en soi. En faire le fond de tout le jeu revient bien souvent à tuer l'élément ludique. Les deux ne peuvent coexister que pas concessions mutuelles.

Le jeu de rôle représente l'interpénétration de deux fantasmes, celui du meneur et celui du joueur et deux fantasmes ne vibrent pas forcément au même diapason. Dans le cadre d'une écriture unilatérale, c'est moindre mal dans la mesure où elle n'influe pas sur la construction intime de l'œuvre. Mais cette différence d'appréhension peut parfois être la cause d'incompréhension, de frustrations, de malentendus aussi bien sur le fond que sur la forme.

Ensuite, il existe entre joueur et meneur une obligation « contractuelle » qui donne à chacun des droits et de devoirs. Le meneur fournit une « prestation de service ». Le joueur est un « consommateur responsable ». Bien entendu, cette interdépendance existe sur le mode du plaisir mutuel ... normalement. Mais ce fait n'empêche pas que chacun estime pouvoir revendiquer une part de temps de l'autre ainsi qu'une tendance à juger "la performance" en tant que client et non qu'amateur dilettante. Ni de remettre en cause les nouvelles passions de son vis à vis : je sais à présent combien cela peut blesser et, au final, provoquer le repli dans la passion incriminée et méprisée au profit de la prestation de service.

Au final, la disparité de motivation est ce qui pèse le plus durement. Même quand les joueurs interviennent en groupe, le couple joueur/meneur garde un aspect privilégié. La seule chose qui diffère est le degré de contrôle de l'intervenant sur l'univers. Ni le maître, ni le joueur ne peuvent (sur)vivre seuls. Quand la motivation est égale, tout se passe de façon fluide. Mais il suffit que d'un côté, la motivation baisse pour que le « couple » devienne boiteux. Je ne reviendrai pas sur la difficulté ajoutée par la présence de l'écran entre les deux individualités.

A ceux qui s'étonneront de ma longue syncope, moi qui fut si motivée, je pourrais leur parler de ces années passées à tirer, traîner, supplier, motiver des joueurs qui tôt ou tard m'ont tous fait plus ou moins faux bond un jour, pour une raison ou pour une autre.

Un écrivain est plus libre qu'un meneur d'avancer au gré de ses envies, de ses disponibilités. Il lui est légitime de choisir l'esthétisme sur la clarté, de se contenter de sous-entendre et d'effleurer sans crainte des conséquences d'une incompréhension de la partie d'en face. Il peut placer une part de lui même en chacun de ses personnages, donner libre cours à ses préférences en la matière, tenir leur destin intégralement entre ses mains et le façonner àn son gré. Il est libre des contraintes et du contrat qui le lie aux autres, il n'est responsable que de lui même.

Le revers de la médaille, c'est la solitude : aucun contrat ne le lie à son lectorat. Étant donné que même les joueurs, responsables du contrat mutuel, se donnent largement le droit de l'ignorer à leur convenance, que dire du lectorat, présence papillonnante qui effleure et se pose trop rarement, quand bien même il n'a aucune contrainte à redouter. Parfois, il y a cette rare gemme : le lecteur qui dépose un avis, une critique, un encouragement. Mais il est aussi rare que la perle fine. Ce qui le rend d'autant plus précieux, c'est que rien ne l'y oblige.

Ce papillon qui se pose, il y en a sans doutes un sur mille... il faut attendre bien longtemps avant de le voir approcher sa floraison créative, s'il vient un jour.

mercredi, 14 avril 2010

Le doux charme de la vulgarité

Voici un an et demi (déjà), j'explorais l'emploi paradoxal de la stupidité comme "argument de vente". Au risque, encore une fois, d'être accusée de "juger" de pauvres "victimes" parce que je donne une opinion tranchée sur une pratique populaire dans l'univers bloguesque, je vais aujourd'hui aborder le registre "populo". Vu mon décalage permanent avec la bien-pensance web-sociale, je ne risque plus grand chose, n'est-ce pas ? Eh puis, vu l'intérêt majeur que suscitent généralement mes articles et le torrent (version oued à la saison sèche) de commentaires qu'ils entraînent, je peux dire à peu près n'importe quoi en toute tranquilité.

Tout comme j'avais du mal à accepter (plutôt que comprendre) que l'on puisse considérer comme un argument de communication le fait de projeter une image intellectuellement limitée, je ne comprends pas plus l'intérêt de paraître en déficit de - bonne - éducation. Je suppose qu'émailler son discours d'onomatopées, d'expression triviales et de mots grossiers est censé créer une impression de simplicité, de proximité. Le soucis, c'est que cette forme d'expression appartient à un registre plus sophistiqué qu'il n'en a l'air et implicitement exclusif tout à la fois des personnes qui se refusent à entrer dans le jeu et de celles qui n'ont pas la chance d'être issues d'un milieu "néo-bobo modo-victimisé" qui est tout sauf populaire.

Donc, ce registre d'expression est faussement populo, bien évidemment - je dirais même "populo" tout court. pour la bonne raison que pour moi, le terme de "populo" désigne déjà une caricature souvent forcée du "populaire". Le "populaire", j'ai un certain respect pour lui. Que je n'ai pas pour le "populo", qui se veut et se croit populaire mais constitue en fait un sabir branché totalement artificiel. Il suffit de l'analyser un peu : il est basé sur un étrange mélange de vulgarité et de maniement correct de la langue française. Les faux populos ne font pas de fautes d'orthographe ni de syntaxe, ils truffent juste leurs écrits des mots que leur maman ne voulaient pas qu'ils prononcent - même s'ils ont dépassé l'âge de la révolte enfantine et adolescente.

Certes, comme pour la "dinditude", il y a sans doute des avantages. Je peux même en trouver, moi-même, quelques-uns. Soyez vulgaires , car ainsi :

  • vous donnerez l'impression d'être dur(e), rebelle, ce qui plaît toujours ;
  • vous braverez un interdit social implicite sans rien risquer ;
  • vous entrerez de plain-pied dans la conformité anti-conformisme, le créneau le plus porteur ;
  • vous aurez l'impression de vous montrer simple, proche des gens - quelle que soit leur origine - en vous mettant au niveau  que vous estimez le plus bas  ;
  • vous n'aurez pas l'air trop "éduqué(e)" - ce qui semble assez ringard...

Qu'on ne se méprenne pas : mon accent et ma façon de m'exprimer, sauf si les circonstances l'exigent, n'ont pas grand chose de châtié. Mais pour rien au monde, je ne voudrais me vendre comme "populo". Tout d'abord, comme mentionné supra, par respect du "vrai" populaire. Ensuite, parce qu'employer un langage de niveau choisi, c'est témoigner du respect pour l'ensemble de ses lecteurs, quel que soit leur milieu, en évitant de leur projeter une caricature d'eux-même, en n'exigeant pas d'eux de se conformer à un code d'expression pour qu'ils soient accepté dans le cénacle.

Certains regimbent dès qu'on leur parle de "vulgarité" : ce serait une notion dépassée qui n'a plus lieu d'être. Certes. Il me semble cependant que la notion de "registre de langage" existe encore, assez largement pour que ces mêmes personnes l'emploient pour se bâtir un personnage. Ce discours peut-être d'ailleurs être très dommageable à destination des plus jeunes, qui  doivent apprendre à acquérir la notion de respect d'autrui, de respect de soi-même. Et que ce fameux "registre de langage", ils doivent apprendre à l'acquérir pour faire leur chemin dans la vie, sans l'interférence d'adolescents attardés.

mardi, 13 avril 2010

Un peu de changement...

Une nouvelle bannière  en attendant mieux : l"ancienne commençait à me sortir un peu par les yeux !

Toujours du vert, pour ne pas avoir à changer tout le reste.

choux.jpg

23:44 Publié dans Sur le fil | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : web, blog, graphisme

Embouteillage... au milieu du vide

Actuellement, l'écriture des chapitres de Paradis XXIV stagne un peu. Pas à cause d'un manque d'inspiration. Plutôt à cause d'un embouteillage d'idées. En l'espace de peu de temps, j'ai produit, en plus des livraisons habituelles, pas moins de quatre nouvelles de styles très différents. Une autre est en cours, destinée à être plus longue et éventuellement publiée... en chapitres. Même ma logique est un peu bousculée.

Certaines nouvelles semblent attirer des lecteurs... A moins que ce ne soit des bots coréens !

En attendant, j'ai pu constater que les liens sur mon blog n'attiraient personne vers le site des Paradis XXIV : un seul voyageur a fait le saut depuis le début du mois. Même selon mes modestes standards, c'est tout de même trop peu. Je me demande de plus en plus, au-delà du fantasme, qui sont mes visiteurs, ces spectres qui glissent en silence... (J'ai failli écrire en licence, étrange lapsus, non ?)

Peut-être que je commence à m'habituer à cette étrange solitude, à cette constante incertitude, parce qu'elles ne semblent plus capables de me paralyser aussi durablement qu'avant. C'est déjà cela.

Et puis j'ai découvert qu'écrire sans être lu était moins traumatisant quand il s'agissait de fiction, parce que quand je parle de moi, quand je transmets ma vision du monde et que je n'obtiens qu'indifférence, c'est moi qui suis remise en cause. tandis que si mes pitoyables tentatives d'écriture demeurent sans lecteur, c'est juste que je suis un mauvais écrivain, mais pas forcément un individu insignifiant.