mercredi, 30 septembre 2009
Cameo : n° 1
Nous roulons à faible allure au travers le banlieue nord de Paris. J'ai peu dormi cette nuit, le soleil tape sur la carrosserie ; une chaleur sourde se diffuse dans l'habitable. Je n'ai dormi que quelques heures cette nuit. Comme à l'accoutumée, en début d'après-midi, je suis surprise par cette crise de somnolence qui me fait tant redouter les réunions post-méridiennes... La fatigue et la température aidant, je ne peux plus lutter...
Mon n'hom lance le lecteur CD - une musique sinitre, inspirée, envoutante se diffuse tandis que je tombe dans un demi-sommeil.
- Il y a mieux pour dormir, lance-t-il, un sourire dans la voix.
- J'aime bien...
Au bout d'un moment, il place un boîtier dans ma main. J'ouvre suffisamment les yeux pour apercevoir le titre de la BOF : Aliens... Je replonge, tandis que mon imagination vagabonde au gré d'inquiétants accords...
15:47 Publié dans Interlude | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : musique cameo
lundi, 28 septembre 2009
Divagations
De mon enfance, je garde une impression étrange : celle d’être celle que l’on ne regardait pas, qu’on ne prenait pas en compte - ou seulement quand elle commettait des erreurs ou devenait une gêne pour les autres. Même encore aujourd’hui, la personne qui devrait m'être la plus proche ne verra en me regardant que d'hypothétiques kilos en trop, mais jamais de fatigue , de trouble ou d'inquiétude.
J’ai été élevée avec des « coups de pieds » virtuels dans le derrière, ou plutôt « dressée », protégée physiquement mais pas moralement. Les fées qui s'étaient penchées sur mon berceau avait activé un peu trop certaines parties de mon cerveau (pas assez cependant pour susciter l'extase...) mais m'avaient spoliée de bien d'autres choses. Ne serait-ce que de la beauté, de la grâce, de capacité de lire à livre ouvert le fonctionnement parental - des dons offerts à une autre. Des dons si visibles, si ostensibles, si plaisants chez un enfant... Miroir parfait d'un accomplissemnt familial. Et comme si l'étrange cruauté de ces fées ne suffisaient pas, ma parentèle humaine eut tôt fait de m'attribuer une certaine force intrinsèque puisque que cette autre ne la possédait pas – et le montrait ostensiblement. Bien souvent, la faiblesse supposée ou réelle est un puissant catalyseur d'amour parental. Quand elle se trouvait en souffrance, l’être à mon tour semblait une offense, une usurpation et l’on me le faisait bien comprendre. Comme par ce regard excédé qui a bien failli me faire fuguer un soir de novembre.
J’étais l’enfant dissipée, indisciplinée et cela surpassait de loin mes éventuels talents. Je n’étais pas l’enfant précoce dont on était fier (« on » craignait que je prenne la grosse tête…), j’étais la plaie de la famille. Je cachais parfois ma timidité maladive sous des charges dignes de la brigade légère, un comportement extraverti et envahissant qui me faisait haïr… le plus souvent surtout de mes proches, plus soucieux de leur image que de la raison qui me poussait à trop en faire. Le plus injuste, c’est que ce type de comportement aurait été toléré et admis chez d’autres… Une journée de sagesse pour moi demandait un effort de volonté qui me conduisait au bord de l’épuisement quand pour tant d’autres, c’était naturel. Chacune des mes petites entorses aux règles non écrites de l’échange social fut montée en épingle et établi au rang d’attitude habituelle, quand bien même ce n'était qu’occasionnel…
Paradoxalement, quand on parle de mes centres d’intérêt… Quand ils ne sont soit trop anticonformistes pour attirer l’approbation, ils sont considérés comme une perte de temps parce que je n’y atteins pas l’« excellence ». Je dois être Mozart sinon rien. J’ai toujours aimé créer des histoires et écrire. Passe-temps qui a suscité des moqueries qui m’ont lacérées jusqu’à l’os et ont laissé de profondes cicatrices. A présent, c’est juste du mépris – je ne suis pas autorisée à ressentir du plaisir à pratiquer des activités dans lesquelles je n’excelle pas… Quel qu’en soit l’intérêt que j’en tire à titre personnel. Encore et toujours, je devrais « représenter ». Mais ma réussite professionnelle n'est pas concrétisée par des "signes extérieurs" suffisamment explicites pour qu'on puisse la vivre "par procuration".
Je sais à présent d’où vient mon manque total d’intuition et de compréhension dans le domaine du comportement social et j'ai compris que je n’en portais pas l’entière responsabilité. Mais cela n’aide pas. Pas toujours… Surtout face à quelqu’un qui semble incapable d’aimer autant deux personnes à la fois, chez qui l’amour repose dans une balance qui doit forcément penser d’un côté ou de l’autre. Plus d’un côté que de l’autre, la plupart du temps... et ce n'est pas le mien.
Je fus surcouvée mais pas comprise. Jamais comprise.. Le temps noircit sans doute les choses… Mais une estime de soi réduite en charpie ne guérit jamais vraiment. Surtout quand la famille, tout en luttant contre les attaques du monde entier contre vous, se met paradoxalement en subtile vibration avec les agresseurs pour contribuer à la mise à mort. Et ceux (celles… ?) qui me sont liés par le même sang ne sont toujours pas enclins à l'écoute. Par indifférence, par crainte ou surtout parce qu’écouter mon point de vue serait peut-être les premiers pas d’une remise en cause qui ne saurait exister. Même quand je n’accuse personne et que je cherche juste à expliquer.
Famille, je t’aime d’amour mais pas d’amitié. Un ami, c’est celui qui te comprends et avec qui tu peux parler en toute confiance. mais l’amour est irrationnel... et heureusement, car si j’étais rationnelle, froidement rationnelle, j’aurais peut-être trop de ressentiment pour pouvoir aimer.
17:49 Publié dans Interlude | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : famille
jeudi, 22 janvier 2009
Un retour penaud...
Plus de deux mois sans bloguer... On a dû me croire morte (surtout au vu de ma dernière photo) ! Ou démotivée. En fait, pas vraiment. J'étais toujours motivée, mais plus encore pour différentes choses qui n'étaient pas le blog.
Par où commencer ? Tout d'abord, par une huis-clos fin novembre, dans le monde de la bande dessinée Fables, où j'incarnais la "Méchante Reine" (pour quelqu'obscure raison, je préfère ce terme à celui de "Vieille Reine", allez savoir pourquoi ! ;). Ce qui implique, bien sûr, le temps de couture règlementaire...

Puis il y a eu le mois de surchargé de décembre, puis le mois surchargé de janvier. Je me suis investie dans différents projets, autour du jeu de rôle par mail et forum, des enfants précoces... J'ai préparé le déménagement de mon service. J'ai pris des vacances en famille - et je me dit que je ne suis décidément pas faite pour être un animal de clan...
J'ai surtout appris à utiliser un CMS : c'est à dire un système de gestion de contenu - SGC ou en anglais, Content Management Systems. Le contenu en question, c'est celui d'un site web, mais qui grâce à ce système devient aussi aisé à gérer qu'un blog. Celui-ci s'appelle GuppY. Ce petit poisson a largement contribué à dévorer mon temps.
Pour le reste :
Mon zèbre fait des progrès sous la férule de son psychopédagogue. Pour la première fois, nous le voyons bouquiner avec ardeur un livre de Fantasy pour les enfants. Par contre, l'école a mis un moment à intégrer le fait et accepter de coopérer. Le fait qu'il s'agisse d'un spécialiste reconnu et renommé et que la directrice ait appris incidemment que j'étais un cadre scientifique surdiplômé, qui travaillait en constact avec certaines sphères du pouvoir, a sans doute joué. Tant mieux pour nous, mais il faut avouer que c'est assez écoeurant...
J'ai intégré au début du mois une nouvelle chorale, en espérant tenir le rythme. Une corale décidée à couvrir de A et Z le fameux Dixit de Haendel. Au pire, j'étendrai mon registre dans l'aigu...
Les poissons vont bien, ils persistent à dévorer toutes les plantes que nous tentons d'introduire dans l'aquarium, même les plus coriaces ! Le Shubunkin a doublé de taille, dépassant son gracieux compagnon. Deux gros escargots jaunes, presque aussi gros que leurs terrestres cousins bourguignons, broutent avec ardeur les algues qui envahissent le petit domaine aquatique.
Et vous ?
22:01 Publié dans Interlude | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gn, jeu de role, enfants, école, animaux, chant, musique
mercredi, 24 septembre 2008
Quand l'école jette un enfant à la benne à ordures...
J'ai un enfant différent.
Mais pas assez différent pour être "différent" (tout le monde sait ce que, de nos jours, peut recouvrir ce doux euphémisme), juste assez différent pour être évacué comme un paquet de chiffon par un instituteur qui ne veut pas s'occuper de lui.
L'école n'a qu'un discours face à ce style d'enfant : "Balancez-le chez un psy et rendez-le nous quand il ne posera plus de problèmes". Sans vouloir entendre qu'un enfant précoce, dyslexique, qui souffre sans doute en plus d'un syndrome de "peur dapprendre", ne se balance pas chez n'importe quel psy habitués aux pipis au lit, jalousies dans la fratrie ou les terreurs nocturnes. Un mauvais psy peut provoquer des dommages permanents chez des enfants de ce genre. Après trois tentatives désastreuses (dont deux nous ont délesté d'une somme conséquente...), nous avons un peu défriché et nous avons peut être trouvé la bonne personne, et ce, sans le moindre aide des structures scolaires qui ne semblent pas se souvenir de l'existence du Programme personnalisé de réussite éducative (PPRE).
Il faut dire que l'échec scolaire n'est censé exister que dans les zones défavorisées. Dans les communes "riches", les parents sont censés l'être aussi et peuvent forcément se débrouiller tout seul, au doux son du perpétuel chantage : "Pour votre enfant, vous pouvez bien faire cet effort !"
Durant deux ans, mon fils a eu des maîtresses courageuses et motivées qui prenaient du temps pour lui. Les progrès étaient lents, mais ils existaient. Mais cette année, mon fils se retrouve dans la classe d'un monsieur dont nous avions une opinion très positive... Jusqu'à ce qu'après seulement huit jours d'école, il nous décrète "ne rien pouvoir notre fils". Depuis, il esquive toutes nos tentatives de dialogue, nous refuse tout rendez-vous et nous assène sur le cahier de texte une diatribe au crayon rouge (comme si nous étions des enfants, tant l'habitude de dominer et mépriser semble profondément encrée...) : il nous récapitule d'un ton supérieur et agressif tous les déficits et lacunes de notre fils, afin de se dédouaner du fait qu'il ne peut rien faire, ne veut rien faire et ne fera rien pour lui : "Dans une classe de 30 élèves, d'autres enfants nécessitent une attention particulère..." Mais, bien sûr, pas lui.
Et pour finir, une phrase d'autant plus extrême qu'elle concerne un enfant de neuf ans : "je vous invite à méditer de façon urgente sur les perspectives d'avenir de votre fils..." Et ce de la part d'un enseignant à qui nous n'avons jamais eu l'occasion de réellement parler, envers qui nous n'avons eu aucune critique, avec qui nous avons toujours été aimables... au bout de seulement trois semaines de classe. Cette attitude reflète trait pour trait celle qui est décrite sur le site PedagoPsy :
Ces élèves en difficulté poussent l'enseignant au découragement, ils provoquent un sentiment d'impuissance, de culpabilité et parfois de haine.
Se peut-il que moins d'un mois ait suffi pour atteindre le niveau ultime de la haine ? Je tremble à l'idée que mon fils, si émotif, si perceptif, soit imprégné de cette vision de son enseignant sur lui, qui ne peut que le précipiter plus profondément dans le marasme.
Comment aimer l'école, comment lui faire confiance, quand elle vous a déjà broyé et qu'elle s'apprête à balancer aux pertes admises ce que vous avez de plus cher ? Comment supporter que votre enfant rejoigne l'énorme charnier emplis des cadavres de ceux que l'école a condamnés à la mort du talent, de l'intelligence, de la confiance en soi, de l'esprit... ceux dont on ne parle jamais car il n'ont aucun syndicat capable d'un pouvoir de nuisance ? Sans jamais se demander si elle, ultime et intouchable autorité, magnifique tour d'ivoire, n'avait pas à demander pardon... ?
Je suis la mère d'un enfant que l'école jette à la benne à ordures...
12:16 Publié dans Interlude | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : école, enseignement, éducation, précocité, dyslexie, peur d'apprendre, intolérance
lundi, 08 septembre 2008
Les Vertus de l'Acharnement
Très souvent, pour le grand public, le mot « Acharnement » revêt un sens négatif : celui du harcèlement, de la cruauté, de la férocité… Pourtant, la définition du Petit Robert n’est pas totalement négative :
Acharnement. - Ardeur furieuse et opiniâtre dans la lutte, la poursuite, l’effort.
Quand j’étais étudiante, que je trimais comme une brute sur les bancs de ma classe préparatoire, l’un de mes professeurs, qui semblait avoir quelques griefs contre mon côté anti-conformiste, avait marqué sur mon bulletin trimestriel que mon « acharnement » portait ses fruits. Sans doute une façon détournée de souligner mon manque de talent et de capacités réelles… Peut-être n’avait-il pas tort, je suis mal placée pour en juger. Mais avec du recul, je me dis que quoi qu’ait pu penser ce docte monsieur, l’acharnement peut être bel et bien une vertu.
Car enfin, l’acharnement, c’est aussi le courage, le dépassement de soi, la constance, le refus de la faiblesse. C’est ce qui permet de tenir quand tout semble contraire, de passer les caps délicats que la vie personnelle, professionnel, le travail, les loisirs peuvent présenter à intervalles réguliers, non par simple attentisme, mais en luttant pour faire plus, pour faire mieux. L’expression d’un véritable amour-propre, pas celui qui, d’un coup de tête, fait tout quitter pour une question d’orgueil froissé. Mais la véritable fierté qui refuse de se considérer comme battue.
Je dois avouer que chez moi, seules, justement, la fierté et la passion sont capable d’allumer l’« ardeur » de la définition. J’ai bien du mal à aller chercher cette indispensable vertu au fond de moi-même si le sujet ne suscite chez moi qu’ennui. C’est d’ailleurs l’un de mes principaux travers, assez gênants parfois… Me pousser à fournir un effort sur une oeuvre qui ne me fait plus vibrer est une gageure. Mais d’un autre côté, comme mes passions sont instables, je laisse souvent la « vie sauve » à mes projets dormants, au cas où il me prendrait l’envie de les réveiller.
Cet acharnement me rend plus ou moins imperméable au regard des autres, même si parfois je râle et je hurle contre leur indifférence, leur passivité, leur engourdissement mental. Si c’est ainsi, qu’à cela ne tienne : je prend les rennes et j’agis seule, quitte à porter sur mon maigre dos des projets qui devait être menés en équipe. C’est ce qui me pousse à continuer à écrire dans des blogs que personne ne lit, à maintenir en vie des forums où personne n’intervient, à réfléchir à des questions théoriques qui ne passionnent personne. Juste parce que je continue à y croire, que je demeure persuadée de la valeur et de l’intérêt de mon travail ; tant pis pour la masse bêlante qui ne comprend pas – pour l’instant - ma vie et mon œuvre. Rome ne s’est pas construite en un jour…
J’ai vu des créateurs de projets saborder leurs sites, leurs forums au bout de quelques mois en raison d’un manque d’activité. Sans même donner le temps au temps… Je ne peux m’empêcher de penser qu’un tel comportement est preuve d’une passion moins grande pour leur sujet que pour le regard des autres. Un de mes forums reçoit plus de 10000 visites par jour et a franchi les 30000 messages – en immense majorité, des interventions de qualité. Et pourtant, il a mis des mois, voire des années à décoller. Si j’avais appuyé sur le bouton « suppr. » dans mes moments de découragement, en bêlant « Ça ne marcheraaaa jaaaamais ! », je n’aurais jamais pu (modestement) me gargariser de ce succès qui, même modeste, n’en est pas moins un succès.
Donc, M. B., merci a posteriori pour votre appréciation. Je revendique, ne vous déplaise, l’acharnement comme une vertu et je vous remercie de m’avoir ouvert les yeux sur ce côté admirable de ma personnalité…
10:59 Publié dans Interlude | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : travail, projets, suivi
jeudi, 31 juillet 2008
Ode funèbre à l'originalité vestimentaire
Témoins de cette paresse grandissante des dits (sic) doigts, les merceries et les magasins de tissu agonisent à tour de bras. Quand je me suis installée dans ma ville il y a dix ans, trois merceries se faisaient concurrence et l'on comptait même un marchand de coupons. Deux des merceries ont aujourd'hui disparu, l'une par fermeture pure et simple, l'autre, également perlerie pour le plus grand plaisir des filles comme des mères, s'est transformée en stupide fringuerie comme tant d'autres. Le marchand de coupons est parti à la retraite et personne n'a pris sa suite. J'avais déjà évoqué la disparition du rayon Mercerie des Galeries La Fayette. Aujourd'hui, c'est le magasin Bouchara Haussmann, qui existait dans le quartier des grands magasins depuis 1936, qui meurt dans les dernières soubresauts des soldes (étonnement, leur site Internet omet de le signaler...) et devinez ce qui va prendre sa place... Un friperie/fringuerie d'une franchise connue (je ne lui ferait pas l'honneur de la citer, histoire qu'elle aille alimenter les tags). Je prévois déjà, ça et là sur les blogs, les piaillements émoustillées d'aucunes de ces demoiselles à l'apparition de cette nouvelle boutique de fringues banales...
Ah, dernière chose : si Bouchara Haussmann ferme, c'est parce que la direction du groupe se recentre sur une autre de ses enseignes : Eurodif. On y trouve (dans le meilleur des cas) linge de maison, un peu de mercerie, mais surtout de la fringue bas de gamme. Ni l'histoire, ni le prestige n'ont le moindre poids face à la logique financière.
23:54 Publié dans Interlude | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : couture, mode, mercerie, tissu, vêtement, consommation, bouchara
lundi, 28 juillet 2008
De linguae nobilitate… ou : "J’écris comme je veux !"
J’ai vaguement pu comprendre, au fil de commentaires échangés en d’autres lieux, que mes choix de mots rares, précieux, farfelus ou désuets ne faisaient pas l’unanimité. D’aucuns seraient susceptibles de les trouver abscons, prétentieux ou snobs - c’est à dire sine nobilitate, sans noblesse, bref, langage de parvenus… J’aimerais comprendre comment l’on peut être un « parvenu » du langage et à qui la linguae nobilitas, la noblesse de langue peut légitimement appartenir. Le mot rare doit-il rester l’apanage des écrivains prétendus ou reconnus ou des littéraires – quoi que ce mot veuille dire ?
Mes études ont porté sur l’histoire ou plutôt, l’exploitation des sources de l’histoire. Cette discipline, à mon avis, relève de la science (qualifiée d’humaine, de non exacte, mais science tout de même) et non, comme on le considère bien trop souvent et à tort, de la littérature. Ce qui ne veut pas dire que l’histoire ne fasse pas bon ménage avec l’amour du langage : d’ailleurs, elle fait bien meilleur ménage avec la prose littéraire qu’avec la philosophie, car cette dernière tend trop souvent à courber et déformer les faits – comme les courges qu’on fait pousser dans des bouteilles – pour qu’ils se conforment à la théorie de départ. Mais pas plus, dans le fond, que la physique quantique ou la physiologie des oursins, tant il est important de savoir en toute discipline présenter des faits, des théories et des arguments avec clarté et conviction.
Si cela peut amuser, il semblerait que dans le domaine professionnel, la rédaction soit l’un de mes points faibles, tant je souffre sous le joug du sujet imposé. Quand je dois courber l’échine sur un travail qui ne me passionne pas, mon attention cherche à fuir de tous les côtés et, de fait, la présence de fautes et autres coquilles m’échappe trop souvent. Alors que sur ce qui me tiens à cœur ou que je désire faire partager, les mots coulent comme de l’eau et que je regrette que mes doigts soient encore trop gourds sur le clavier (ce qui n’implique hélas pas l’absence des dites fautes et coquilles…)
Donc, après mes sept années d’études qui n’ont pas eu l’heur d’être « littéraires » et mes treize années d’un travail que je ne prétendrais pas « intellectuel », ne me considérant pas comme un écrivain (pas plus que comme une écri-« vaine »), je suppose que je fais partie des « usurpateurs » et autres « parvenus de la langue » à qui serait barrée la fantaisie de langage. Je suis une farfelue qui aime écrire, qui prise les mots bizarres ou anachroniques (n’ai-je pas ému jadis tout un groupe d’atelier d’écriture par l’emploi du mot « sibilant »… ?), je ne possède donc pas assez de quartiers de noblesse pour prétendre au privilège du « langage choisi ». Et donc, paradoxalement, n’ayant pas la prétention d’usurper le titre d’écrivain ou d’intellectuelle ou les moyens de m’acheter l’office qui m’en parerait, je montrerais une prétention des plus graves en employant un langage qui se refuse à la simplification excessive que les tendances actuelles de la communication nous imposent.
En vilaine hérétique, je prétends que la langue appartient à tous, quels que soient le niveau d’étude ou la discipline : aux intellectuels et aux (dits) manuels, aux scientifiques et aux littéraires, aux professeurs de faculté et aux balayeurs, pourvu qu’ils en aient le goût… Et non à une classe sociale, professionnelle ou de littérateurs autoproclamés. L’usage d’un mot peu usité ne doit choquer que s’il détonne du registre général d’un texte, non par sa seule utilisation. Une précision ou une correction sur le juste emploi d’un mot doit se faire avec courtoisie et dans le désir d’instruire, non dans une philosophie de prise de pouvoir sur l’autre ou de règlement de compte. De même, l’emploi d’un mot rare ne doit se faire que par esprit ludique, appétence du beau langage ou par soucis extrême de la nuance et non pour se donner une aura d’intellectualisme triomphant. L’invention d’un mot ou son emploi hors contexte ne doit pas être critiqué si elle est annoncée et assumée comme telle. Le passé simple est un temps délicieux, qui doit survivre au moins par écrit face à la cruelle concurrence du passé composé.
Et vous, chers lecteurs, si vous ne comprenez pas un mot, n’en ayez aucune honte ! Au lieu de laisser votre sentiment d’infériorité se manifester par une réaction âpre ou agressive, ouvrez un dictionnaire ou ayez recours à ceux qui sont accessibles sur le web : placez dans vos favoris le portail Lexilogos, mine inépuisable de savoir linguistique, autant sur notre belle langue que sur les langues et dialectes locaux ou étrangers.
Sinon, pour ceux qui demandent en toute curiosité ce qu’est la « langue xyloglotte » ou « xylolangue » à laquelle je fis tantôt référence, voici le lien du Dictionnaire de langue Xyloglotte.
12:04 Publié dans Interlude | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : language, langue, littérature, dictionnaires
samedi, 28 juin 2008
Les Geeks et les "autres"
J'avais écrit une partie du texte suivant pour réagir à un article sur les "geeks" sur le blog Mes Doudoux et compagnie, à la suite de commentaires qui m'avaient atterrée tant ils étaient typiques des préjugés et de l'incompréhension profonde de 95% de la population face aux individus classés dans cette catégorie vaste et floue. Je vous renvoie à la définition du Geek sur la Wikipedia. Connaissant intimement un certain nombre de geeks et en étant moi aussi un peu une, d'une certaine manière, j'ai voulu livrer ce que je considérais comme la vérité profonde que je percevais "de l'intérieur". J'ai sans doute jeté un froid...
Pour reprendre ce commentaire, un geek est souvent un surdoué. Son cerveau perçoit les problèmes de façon globale au lieu de les analyser, péniblement, brique par brique comme celui des gens normaux. Pour lui, tout doit être logique : hors, les relations sociales ne fonctionnent pas de façon logique... Elles sont bourrées de prérequis, de règles implicites et de codes qui sont pour lui totalement opaques... voire parfaitement absurdes. Les luttes de pouvoir, d'influence, le besoin de briller, les réflexes de troupeau sont pour lui contre-productifs et donc autant de manifestations éclatantes d'ineptie.
Le geek a un esprit ludique : pour lui, tout est défi, mais posé à lui-même, à ses capacités. La compétition doit se faire dans le but de surmonter ses propres limites plutôt qu'écraser l'autre. D'où son attrait pour les nouvelles technologies, qui sont une source constante de défi et pour le jeu de rôle, un des seuls jeux sans compétition.
Le geek a appris à penser de façon imaginative : ce qui le rend efficace dans son activité de prédilection et qui lui donne la capacité de facilement se transposer dans un univers imaginaire. L'individu standard craint, s'il rompt avec la réalité, de ne pouvoir la retrouver. Le Geek n'a pas cette peur, car il fait l'aller-retour sans la moindre crainte ni la moindre difficulté.
Le Geek n'est ni plus laid, ni moins laid que la plupart des gens. Mais comme il n'est pas "dans le coup", ni bardé de marques, qu'il ne remplace pas ses lunettes par des lentilles de contact et qu'il attend qu'on le juge sur ce qu'il est et non sur l'image qu'il donne, il ne sera jamais "cool"...
Comme l'écrit Scott Adams : "notre planète est peuplée de près de 6 milliards de cornichons qui vivent dans une civilisation conçue par quelques milliers de déviants fabuleusement intelligents." Nul doute que ces déviants appartiennent à l'espèce des geeks...
Sans nul doute, l'attitude du Geek met en exergue toute l'absurdité profonde des règles de notre société. Qui aime qu'on lui dise, ou même qu'on lui fasse comprendre que sa façon de se conduire est idiote, que tous les principes qu'il suit n'ont aucun sens, que les fondements de son attitude sociale sont vides ? Pas grand monde... Sans doute est-ce la raison pour laquelle on persécute autant les geeks (même par des persécution physiques, d'ailleurs...)
Plus grave : selon certaines constatations actuelles, il semblerait que chez certaines personnes présentant des troubles liés au syndrome d'Asperger, forme "atténuée" d'autisme, (assez fréquent chez les Geek, fait-il préciser ?), il s'agisse de traits non pas innés mais acquis... A force de contraintes imposées par une société qui nivelle les individus, ces individus finissent par adopter une attitude de défense et d'isolement. Sans aller jusqu'à cet extrême, des comportements de repli et d'auto-mutilation mentale sont fréquents sur les enfants dits précoces et autres surdoués.
Cela devrait faire réfléchir ces messieurs et mesdames "Toul'monde" qui se gaussent des geeks et autres individus bizarres, en les considérant comme des animaux de foire. Votre intolérance et votre absence de compréhension peut mutiler leur esprit et les précipiter dans des comportements de repli qui les mettra à vie en marge de la société. Hors, paradoxalement, les seuls individus qui sont peut être réellement sociables, car cherchant la compagnie des autres pour autre chose que pour le pouvoir, le paraître et l'intérêt, sont peut-être ces fameux "inadaptés"...
16:46 Publié dans Interlude | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : geeks, surdoués, préjugés, vérités, cornichons, scott adams, intolérance
jeudi, 19 juin 2008
Différence... avec deux ailes !
Différence. D'après mon dictionnaire : "Caractère ou ensemble des caractères qui distingue une chose d'une autre, un être d'un autre". Nous sommes tous différents. Mais certains plus que d'autre.
La notion de différence, je l'ai vécu très tôt. Pas forcément très mal dans un contexte qui se gargarisait moins de grands principes que celui où je suis tombé par la suite. A partir de là, jamais de façon assez politiquement correcte pour que la « bien-pensance » sociale et enseignante me prenne sous son aile. Au contraire. J'étais une brebis noire, un mouche du coche, un créature qui ne rentrait pas dans les petites cases bien définies.
Car dans l'océan sirupeux du politiquement correct, la différence désigne forcément et uniquement les disparités qui font de leurs victimes celles de la fatalité ou de la société. Ainsi, très tôt, j'ai appris que la tolérance était à géométrie variable. Que certaines persécutions étaient inacceptables, mais que d'autres l'était au nom de je ne sais quelle justice à rétablir.
Merci, l'école ! Sans toi, ô grand temple républicain, je n'aurais jamais su que l'on vous défend si vous être d'une origine ethnique différente, si vous êtes pauvre ou handicapé (et encore, si vous ne cherchez pas à sortir de ces cases bien pratiques...). Par contre, si les autres vous cognent parce que (supposément) vous êtes "une sale gosse de riche" (c'est à dire, dans certains milieux, vaguement de classe moyenne), la persécution est justifié, acceptée, puisque ce sont les victimes - pas les vôtres, celles du système, qui vous cognent. De fait, elles deviennent vos victimes si vous avez le malheur de vous plaindre, puisque vous osez leur nuire. Y'a plus de justice, ma petite dame...
Si vous n'êtes pas sensibles aux pré-requis sociaux (petit problème fréquent chez les enfants précoces...), que vous refusez de vous soumettre aux forts du troupeaux, à ceux qui ont gagné l'intérêt du souverain enseignant par leur faculté à flatter l'adulte, vous êtes aussi parfaitement cognable. Si votre caractère est extraverti, facilement (sur)enthousiaste, si vous avez du mal à tenir en place et que votre émotivité est à fleur de peau (encore un gros problème des enfants précoces, et que l'on ne parle pas d'immaturité, c'est une analyse fallacieuse qui arrange bien l'adulte incapable de comprendre ce qu'il ne veut pas chercher à comprendre) vous êtes derechef cognables.
Après, quand vous entendez les mots de "différence" et de "tolérance", vous avez tendance à vous raidir. Vous pouvez être consciente de l'une, capable de l'envisager si possible avec compassion, et vous pouvez pratiquer - de façon raisonnable, faut pas pousser - de pratiquer la seconde, mais sans leur donner des noms qui pour vous seront devenus des termes chargé d'une sordide hypocrisie.
Après avoir traversé les persécutions, la solitude, avoir rencontré sur votre chemin quelques enseignants et autres adultes "encadrants" plus humains que la moyenne, et aussi plus intelligent - ça va souvent de pair, d'ailleurs... - vous finissez par vous construire et parvenir à voir la force là ou les autres voient la faiblesse, dans cette "différence" qui vient d'une variation subtile de fonctionnement de votre cerveau... Cette différence qui serait, au dire de certains "impossible à expliquer à d'autres enfants" (tu parles !) et même à pas mal d'adultes.
Vous apprenez à faire de cette différence une différence, non avec deux ff... mais avec deux ailes.
16:43 Publié dans Interlude | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : précocité, précocité intellectuelle, persécution, école, solitude, tolérance, différence
jeudi, 29 mai 2008
Sex and the Stupidity
Déjà qu'il faut le subir à la télé... Et voilà que ça grimpe sur les écrans ! Moi qui ne vais pas souvent au ciné, mais je n'irai jamais voir "ça" même si on m'offre la place.
J'ai dû voir deux ou trois fois le début de Sex and the City, parce que ça passait après une série qui m'intéressait et que j'avais la flemme d'aller éteindre la télé. J'ai même poussé le vice jusqu'à regarder un épisode en entier. Pour me dire que j'aurais mieux fait de me coucher plus tôt. Il faut au moins une voix discordante dans un concert dithyrambique. Ce sera donc la mienne.
Je n'ai vu aucun intérêt à regarder quatre nymphos qui partagent un neurone à elles toutes s'exciter sur des frivolités et s'abreuver de piques verbales aussi cruelles que gratuites. Il paraît que le personnage le plus important, c'est en fait la ville de New York et que les gens qui la connaissent prennent plaisir à retrouver les lieux visités. Je ne fais pas partie de ces "happy few" et je préfère les personnages de chair et de sang.
De toute façon, je n'ai jamais été très accro aux "trucs de fille". J'aime la mode, les froufrous, les bijoux, les (mon) mec (s)... mais à dose raisonnable, parallèlement à d'autres activités. Si je vais à un atelier couture avec seulement des filles, c'est parce que se sont essentiellement les filles s'intéressent à cette activité, ou pour être avec des personnes que j'aime bien, pas pour être exclusivement avec d'autres filles. Mis à part mes passe-temps bizarres, j'ai une vie plutôt rangée, je ne peux même pas abreuver les "copines" des mes aventures de passage et mes déboires sentimentaux. De toute façon, en bonne ex-précoce intellectuelle, il me manque la plupart des clefs et des prérequis pour fonctionner "normalement" en société. Et au bout d'un moment, mon cerveau m'envoie des électrochocs si le niveau de vacuité ou stupidité des propos tenus autour de moi dépasse le seuil de tolérance. Sans compter qu'au-delà de ce côté "blonde inside - voire outside", il y a dans les milieux féminins une perversité cachée, un subtil jeu de pouvoir qui se fait par l'assassinat verbal, pour des résultats si mesquins que c'est est pitoyable.
Les questions de filles, ça peut exister, dans des domaines sociaux, médicaux, éventuellement sentimentaux... Sur certains points, les filles se comprennent mieux entre elles. Mais assister à un repli du communautarisme féminin sur la base des clichés qui nous plombent le plus, c'est tout bonnement affligeant.
La femme est un homme comme les autres. Qu'on se le dise.
01:07 Publié dans Interlude | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, société, blabla de fille, sex and the city





