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dimanche, 16 mars 2014

Visite annuelle !

Je ne suis pas du genre à pratique l'euthanasie de blog. Ici, c'est l'acharnement médical qui prévaut. Peut-être que ça me gêne trop de laisser crever la bête... :) Ou c'est mon côté professionnel. Bref.

Que dire, à part que je me suis en grande partie recentrée sur mes activités littéraires ? 

Je prépare actuellement un site qui servira de cartes routière pour trouver mes écrits. Ou plutôt, mes bouts de trucs noyés dans l'immensité du web. Au cas où quelqu'un passerait encore ici, je le préciserai quand il sera accessible. Il aura aussi une partie blog, où je recyclerai peut-être deux ou trois truc "made in ici". 

22:07 Publié dans Plume et fil | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : internet, blog

vendredi, 28 janvier 2011

Utopies et raisins éditoriaux

lafont06_t.jpgDernièrement, une des mes adorables lectrices m’a posé une question toute simple : « Comptes-tu faire publier ? »

Une question simple, certes, mais qui contenait beaucoup de pièges pour ma conscience versatile. Ma réponse fut volontairement neutre : « Ce n'est pas dans mes projets - pas dans les circuits classiques en tout cas ! Par contre, si j'arrive au bout, j'en ferai certainement un eBook pour que les lecteurs puissent l'avoir en version complète… »

Dois-je nier un relent d’« ils sont trop verts, etc.  » dans mes propos ? Mon côté « renard » face aux « raisins » éditoriaux n’est pas totalement absent, il serait malhonnête de le nier. Je suis en effet intimement persuadée qu’aucune boîte d’édition n’est susceptible d’être intéressée par mes écrits, pour diverses raisons. Les grandes boîtes, parce qu’un auteur inconnu est toujours une valeur branlante, un risque qu’il est préférable de ne pas même calculer. Les petits éditeurs… pour les failles intrinsèques (hypothétiquement) de mon œuvre : trop classique, trop compliquée, pas assez « artistique », trop politiquement correcte, ou pas assez politiquement correcte - au choix -, pas assez sombre, pas assez intellectualis… euh, intellectuelle, pas dans l’air du temps, pas pour le type de lectorat ciblé… ou peut-être, tout simplement… trop médiocre.

Mettons tout de suite les choses au point : je n’ai rien contre les éditeurs. Aucune rancœur, puisque n’ayant jamais envoyé le moindre manuscrit, je n’ai jamais connu la douleur du rejet. J’ai connu une micro-déception l’année passée en comprenant que quand un éditeur (ou un auteur, d’ailleurs) cherchait à « copiner » avec vous sur les réseaux sociaux, il ne s’intéressait ni à votre vie, ni à votre œuvre, mais au postulat sophiste :

L’écrivain écrit
Les gens qui écrivent lisent des livres
Donc l’écrivain lit des livres

(…de préférence, nos livres…)

Ce n’est pas un reproche, il s'agit d'une réaction très logique pour de petites sociétés d’édition indépendantes qui sont souvent en situation difficile et cherchent à atteindre des clients potentiels. Mais l'auteur possède, par définition, un ego fragile.

D’ailleurs, pour être encore plus honnête, nous autres écrivains auto-publiés du web faisons un peu la même chose pour élargir notre lectorat… Sauf que comme nous œuvrons à petite échelle, nous pouvons entrer dans une démarche d’échanges de bons procédés avec nos pairs : « je te lis et je te fais de la pub, tu me lis et tu me fais de la pub... », processus accompagné d’un véritable intérêt pour la personne. Et puis, notre compte en banque n’en dépend pas…

Vous vous demandez sans doute quel rapport cette digression peut entretenir avec le fond du problème. Nous y venons...

Pour revenir sur la publication potentielle de mon œuvre, il nous faut passer de l’utopie A (un éditeur accepte mon manuscrit) clairement irréalisable - puisque je n’envoie jamais de manuscrits -, à l’utopie B (un éditeur me découvre sur le web et propose de me publier). Matérielle réalisable mais fort basse sur l’échelle des probabilités : en cas de doute, voir ci-dessus. Pas ou peu de chasseurs de têtes, surtout dans le domaine des littératures de l’imaginaire où abondent tant d’écrivaillons geeks, rôlistes et/ou rêveurs qu’il est quasiment impossible de déterrer les perles dans la pile de gravas de toute nature.

S’il l’on ne connaît pas un succès ravageur, un bouche à oreille qui prend les proportions d’un raz-de-marée, qu’on ne suscite pas l’intérêt des grandes plumes de la critique et de la chronique – même webienne (laquelle faute de temps ou d’intérêt, ne se penche quasiment jamais sur le vivier grouillant du web, juste, à la rigueur sur quelques aquariums choisis), ce style de conte de Noël à l’Américaine n’arrive pas. A moins, en notre douce époque, d’être une caissière qui bave sur les clients du supermarché où elle bosse (les gens sont méchants).

Revenons à l’éventualité B. Un (petit) éditeur se fourvoie sur mes pages, parvient à passer le cap du premier paragraphe, à ignorer mes fautes et mes coquilles, apprécie suffisamment les rêveuses sur le retour à l’imagination « barrée » et dotée d’une fibre dix-neuviémiste pour trouver l’affaire jouable. Utopie quand tu nous tiens.

Il est évident que l’éditeur se verrait dans l’obligation de faire signer un contrat d’exclusivité s’il veut « faire son beurre » en vendant le dit ouvrage. Ce qui impliquerait, pour moi, d’ôter mes textes du web. Décevoir et spolier de fidèles lecteurs, divers compagnons de routes, des hébergeurs et diffuseurs amateurs avec qui j’ai avancé. Je ne dis pas que je pourrais résister au chant des sirènes (les gens qui affirment ne jamais boire l’eau de telle ou telle fontaine naviguent entre inconscience et arrogance), mais que je ne franchirais pas le pas sans état d’âme. Avec ma production erratique et mon inspiration fluctuante, je doute pouvoir vendre une autre œuvre « écrite dans la même veine » sur les bases d’une vague promesse. Et de pouvoir le faire sans le support de la webpublication, qui seule me permet d’avancer.

En outre,  tous ceux qui me côtoient un tant soit peu connaissent mon côté libriste (et je dis bien libriste, pas libraire, libertaire, librettiste ou littéraire, je ne suis rien de tout ça) – au moins sur le point de la diffusion. Mes œuvres sont généralement diffusées sous Creative Commons (pour ceux qui ne savent pas de quoi il s’agit, un tour sur http://fr.creativecommons.org/ s’impose). Parmi les gens qui entretiennent les mêmes passions que moi, ce fait est connu, reconnu, voire même apprécié. Et préférer offrir ses œuvres au monde plutôt que s’attacher à une utopie a, je pense, ses mérites. Cependant, si un jour il m’était donné de ressusciter l’utopie, combien de temps mes beaux idéaux de liberté/fraternité/gratuité tiendraient-ils avant que le chant des sirènes ne les précipite sur les écueils ?

Jamais je n’irais critiquer les écrivains qui s’accrochent à leur rêve de papier, ni même ceux qui l’assouvissent sous forme l’auto-édition – au risque d’y laisser leur plume. Chacun gère comme il le souhaite ses utopies : la seule démarche condamnable à mon sens serait d’abandonner l’écriture, d’être persuadé que la création ne peut vivre sans l’utopie. Je me contente de mon côté de tuer l’utopie (pas tout à fait mais au moins un peu) pour sauver l’écriture. Parce que l’utopie est dérangeante. Qu’elle met en lumière tous les aspects les plus paradoxaux de la conscience.

Cependant, les modalités de la diffusion littéraire sont susceptibles de changer à toute allure dans les années qui viennent, et chacun d’entre nous se verra peut-être obligé de redéfinir ses utopies.

samedi, 04 décembre 2010

Les (web)feuilletonistes : quand l'histoire se répète...

La littérature d'agrément ne date pas d'hier. Mais pendant longtemps, la rupture essentielle se faisait entre les grands auteurs et les autres. Puis fut inventée la notion de l'« art pour l'art » et une autre distinction apparu, la rupture entre « littérature commerciale » et une « grande littérature ». Cette division recouvrait parfois la précédente. Mais pas toujours.


Quel rapport avec les feuilletonistes ?

Dès la première moitié du XIXe, avec la popularisation de la presse, de nombreux écrivains gagnent leur vie en publiant leurs récits par épisode dans ce que nous appellerions de nos jours des « publications périodiques ». Ces œuvres, connues sous le nom de « romans-feuilletons », se définissent uniquement par ce mode de parution. Elles sont en fait d'une infinie variété, que ce soit en genre ou en qualité. D'autant qu'en son sein naissent ou se confirment les ramifications de ce qu'on appellera plus tard les « littératures de genres ».

Très vite, les feuilletonistes apprennent à adapter leurs écrits au goût du public, à jouer avec ses émotions, à introduire un peu de suspens à la fin de chaque épisode. Tout aussi vite, les critiques se font entendre : cette littérature tournerait le dos à toute notion de style et d'esthétisme, elle jouerait sur le sensationnalisme de bas étage, bafouerait les bonnes mœurs... mais, pire que tout, elle est... populaire. Bref, elle regroupe en condensé tous les défauts de ce qu'on pourrait nommer une « sous-littérature ».

On omet souvent de rappeler que ces « rez-de chaussée » (le bas des pages des journaux où paraissent traditionnellement ces textes), tout comme un peu plus tard les « pulps » magazine américains, ont pourtant abrité une extraordinaire pépinière de grands auteurs, dont certains ont atteint le statut rutilant de «classiques littéraires ». Qui l'eût cru.

De nos jours, cependant, la publication « feuilletonnesque » a un relent de charme désuet, malgré l'énorme succès de son avatar le plus connu, la série télévisée (qui souffre d'ailleurs des mêmes critiques que le roman feuilleton en son temps). On ne voit plus que fort rarement des romans tronçonnés dans un périodique, sauf coup commercial pour un ouvrage très attendu.

Cependant, l'écriture feuilletoniste est loin d'être morte. Elle connaît même un sacré renouveau... sur le web. A présent que la case édition n'a pas besoin de d'être cochée pour offrir sa prose (ou ses vers) au public, à moins de caresser encore les espoirs utopiques d'une éventuelle édition, l'auteur peut d'un clic ou deux dévoiler sa production. Et de là, tomber dans un immense puits au fonds duquel rampent les formes sombres et dangereuses des préjugés.

Dans l'opinion générale, si un auteur publie sur le web, c'est forcément qu'il n'est pas assez bon pour être publié par la voie classique. La vérité est plus complexe – du moins dans le domaine de la littérature de l'imaginaire.

La littérature de genre (et tout spécialement en littérature de l'imaginaire) subit déjà par sa nature le mépris des milieux littéraires reconnus. Ce qui n'empêche pas qu'en son sein, se recrée le même type de cénacle quelque peu intellectualiste. (C'est un peu comme les équations fractales où la même structure se reproduit à l'infini au fil de ses divisions). La grande édition joue sur des valeurs sûres, en balançant des ouvrages à succès, la plupart du temps anglo-saxons, sans politique de publication réellement concertée. La petite édition, en contrepied, se veut « art et essai », dans sa recherche louable et même parfois audacieuse de textes de qualité mais qui cependant prend assez peu en compte la pure détente. De fait, il y a sans doute beaucoup d'écrivains du web qui ne se retrouvent pas dans cette production et se sentent donc totalement découragé de soumettre quoi que ce soit à qui que ce soit ! 

Bien sûr, l'attachement à l '« objet livre », le soutien délibéré au mode de publication traditionnel, le confort de la lecture sur papier donne encore à l'édition une position prépondérante. Mais pour combien de temps ? Pour l'instant, la difficulté de s'y retrouver dans les ramifications de la toile, qui rend très difficile l'accès aux œuvres qui y sont disséminées, constitue le plus grand atout de l'édition. Ainsi, bien sûr, que l'idée que ne publient sur le web que les écrivains ratés, ceux qui n'ont jamais pu se faire éditer et qui se jugent eux-même pas assez bon pour tenter le coup.

Maintenant, voyons les choses du côté de ces « nouveaux feuilletonistes » et de leur rez-de-chaussé numérique. Ils sont très variés dans leur expérience et leur parcours. Parmi eux, beaucoup sont encore jeunes (avec l'âge, on passe moins de temps sur des fariboles comme l'écriture, à moins d'être, comme moi, profondément puéril). Tous ressentent le besoin de faire partager leurs écrits, pour exister en tant qu'auteurs, pour partager, pour évoluer. Ils s'inscrivent dans des courants variés, parfois marqué par la culture dite « populaire » : webromans ou webfictions, webséries, fanfictions, nouvelles... Leur point commun est le fait que souvent, comme les feuilletonistes de jadis, ils publient par épisode une œuvre la plupart du temps toujours en cours d'écriture. Parfois, ils parviennent à se constituer un petit lectorat fidèle, assez difficilement quantifiable vu que les retours sont statistiquement très rares.

Certains ne se considèrent pas comme des artistes : ils écrivent par jeu, par plaisir, par fantasme. L'idée d'un jour être un auteur « à part entière » ne les effleure même pas. Il y a ceux qui s'adonnent à des genres « impubliables » : comme la fanfiction, qui se situe en théorie dans l'illégalité car elle exploite l'œuvre d'autres personnes et bénéficie d'une vague marge de tolérance. D'autres enfin sont passés par une phase de renoncement ou l'abandon d'une utopie (celle de la publication), et ont finalement décidé d'avancer en se rabattant sur ce média. A noter que la plupart n'ont jamais soumis un texte de crainte du rejet et n'ont donc pas subi ce rejet. Enfin, il y a tous ceux qui n'ont jamais réussi à finaliser un texte et qui espèrent que ce mode de publication leur permettra d'aller de l'avant.

Entre parenthèses, si je prends mon propre cas, je suis pour ma part bien consciente que rien de ce que j'écris n'est "classiquement" publiable, que ce soit Paradis XXIV, sorte de salmigondis d'influences diverses sans vision majeure sous forme de « copshow » spatial sur fond de grande conspiration, ou Le Premier Cercle, roman historico-politico-fantaisiste qui joue sur des thèmes classiques. Je sais parfaitement qu'aucun éditeur n'en voudrait dans son catalogue : pour le premier, parce que c'est un récit de pur détente, pour le second, en raison du manque d'originalité des thèmes. Sans oublier la qualité même de l'écriture, qui ne tiendrait pas la route face à un critique avec des prétentions professionnelles. Ce qui ne veut pas dire que ce sont des textes sans intérêt : dans le contexte précis de la web littérature de l'imaginaire, ils se classeraient plutôt bien qualitativement et ils divertissent une poignée de gens, ce qui est le but de la chose.

Comme les feuilletonistes autrefois, donc, les feuilletonistes du web sont considérés comme une vaste nébuleuse de sous-littérateurs qui écrivent pour la plupart de la littérature de pur loisir (surtout dans les domaines lié à la culture télévisuelles, comme la fanfiction et la websérie). Même si une connaissance minimale du milieu montrerait que ce n'est pas si évident, l'idée générale est que cette littérature tourne le dos à toute notion de style et d'esthétisme, qu'elle se greffe sur une sous-culture manifeste, qu'elle joue souvent sur une sensationalisme de bas étage... Ce qui n'est pas sans rappeler quelque chose. Ajoutons aussi qu'elle est l'œuvre d'écrivaillons médiocres en manque de reconnaissance, dont les motifs pour publier sont sans doute plus que louches...

Donc, on peut comprendre l'absence d'intérêt des éditeurs, même alternatifs. On peut comprendre le silence des milieux littéraires « autorisés » même en littérature de genre (sauf quand un auteur connu s'adonne à l'exercice pour faire mousser une popularité déjà acquise). Cependant, force est de constater que la littérature du web (à ne pas confondre avec le livre numérique !) constitue un phénomène bien réel et qui ne cesse de s'amplifier. Force est aussi de constater qu'on y trouve de bons auteurs, dont la production surpasse ce qu'on peut trouver entre les pages au plan artistique. Et même si ce n'est pas le cas, on y trouve de la littérature tout simplement plaisante, qui serait sans doute considérée comme indigne de figurer entre des pages imprimées mais offre du bonheur aux lecteurs qui ont la chance de la rencontrer. On trouve aussi nombre de textes qui ne sont pas parfaits mais dont les auteurs montrent de belles promesses.

Un autre genre dévore actuellement le web : les sites, forims et blogs littéraires, sur lesquels l'internaute fait partager sa passion pour la lecture et ses avis les publications qu'il a pu lire. Quand cela touche au domaine de l'imaginaire, il n'est pas rare que le propriétaire des lieux étende son exploration au domaine du cinéma, de la télévision, voire, bien souvent, du jeu de rôle. Mais quid de la littérature du web dans tout cela ? Elle est profondément absente, dans la majorité des cas. Passée sous silence. Inexistante. Méconnue. Pour moi qui, pour des raisons de temps, ai en grande partie abandonné la lecture "sur livre" au profit de l'écriture, la lecture de web littérature est devenue un loisir périodique, pas trop chronophage... mais aussi un engagement. C'est pour cela que me sens profondément peinée de voir que même les milieux qui pourraient aider à changer la vision du phénomène ne sont pas portés à s'y risquer. Par volonté (certes louable) de soutenir plutôt les petits éditeurs ? Par ignorance ? Par préjugé ? Ou par la simple difficulté de retrouver les perles qui s'y cachent ?

Sommes-nous condamnés à hériter de l'étroitesse de vision du XIXe siècle ? Au risque de se voir au final, moqués par nos successeurs qui se demanderont comment leurs anciens ont pu à ce point manquer de discernement, en se tenant à une vision dépassée du « bel et beau »... ?

lundi, 16 août 2010

Ecriture à thème : première session

Finalement, le règlement "première façon" a été conservée La première session d'écriture à thème tournera autour des trois thèmes suivants :

[01-01] - Le plus dur reste à venir / Aventure

[01-02] - La Magie des miroirs / Science-Fiction

[01-03] - Le sable et les étoiles / Libre

La session durera six mois, afin de donner même aux plus lents d'entre nous le temps de s'y mettre.

J'aime à croire en cette (toute) petite communauté. J'aime à croire que d'autres viendront se joindre à nous, peu m'importe par quel chemin - même si ce blog est un sentier bien déserté ; je ne suis pas particulièrement douée pour placer des panneaux indicateurs.

Cependant, on peut croire au hasard, aux miracles, aux chemins de traverse, aux sentiers creux...et se retrouver par hasard dans l'antre de la Feuilletoniste.

N'hésitez pas à franchir le seuil !

mercredi, 19 mai 2010

Vous n'aimez pas la SF... ?

Ce billet va encore une fois se complaire dans des thèmes maintes fois abordés. Autrement dit, le genre de littérature auquel j'ai choisi de me consacrer pour le moment.

Paradoxalement, on ne peut pas dire que ce soit mon genre de prédilection, même si j'ai longtemps mijoté dans une sauce imaginaire nourrie de Space Opera classique, de japanimation et de cinéma. La découverte de la Science-Fantasy et de la Fantasy a orienté mes goûts vers des univers plus aventureux, plus magiques, moins technologiques. Je n'ai jamais vraiment vibré pour van Vogt, Clarke, Asimov ou Heinlein, ni pour les chantres de la Hard Science purs et durs. Ma bibliothèque se nourrissait plutôt des ouvrages d'Edmond Hamilton, de Poul Anderson,  de Frank Herbert, de C.J. Cherryh et de David Brin - éclectisme temporel et stylistique s'il en est.

Il en est de la Science-Fiction comme du roman historique ou du roman policier : c'est un genre si vaste, si varié, qu'on y trouve transposés tous les autres genres littéraires, dans des contextes moins familiers que notre quotidien. Le récit gagne en nouveaux défits, en richesse nouvelle, en force nouvelle.

Ce qui me dérange le plus, ce sont tous ces clichés véhiculés par un imaginaire collectif qui n'a pour références que Star Trek, Cosmos 1999, Star Wars et quelques dessins animés japonais. La Science-Fiction, ce serait avant tout des univers aseptisés où les gens se tirent dessus à coup de laser (en fait, beaucoup d'univers de SF n'emploient pas le laser mais d'autres technologies bizarres mais cela, c'est au delà de la perception béotienne).

Il y a dans le lot des gens sincères, peut-être : en se basant sur les deux ou trois éléments censés être représentifs du genre (la plupart du temps, même pas littéraire...) qui ont atteint leur perception, ils en font une généralité absolue. C'est ce qu'on appelle un préjugé, qui comme tout préjugé se base sur une ignorance de bonne foi doublée d'une paresse d'aller voir plus loin.

C'est la raison pour laquelle l'argument du "goût personnel" me semble un peu caduque : je crois que beaucoup de gens qui pensent ne pas aimer la Science-Fiction "par goût" n'ont pas rencontré "leur" type de Science-Fiction. Nous portons tous ce type d'oeillère, pour un domaine ou pour un autre.

Il y a aussi dans le lot des gens qui sont pris dans les affres de la peur de l'imaginaire. Un carcan difficile à combattre seul, d'autant que c'est un carcan socialement correct. Notre société actuelle ne fait d'ailleurs pas grand chose pour le briser : nous somme loin des années 70-80, quand Temps X berçait notre samedi après-midi.

Pour une fois, je ne mettrai pas en cause l'école, qui n'est pas forcément une tour de granit élevée à la gloire du classicisme littéraire. Enfant, c'est tout de même grâce au collège que j'ai découvert Barjavel et Tolkien. J'attribuerai plutôt la faute aux médias : à l'heure où les films de Science-Fiction n'ont jamais été aussi nombreux sur les écrans de cinéma, un certain nombre de journalistes persistent à plisser le nez et à prétendre "ne rien comprendre" (même à des histoires dont un enfant de trois ans saisirait les enjeux) voire à affirmer que ce n'est pas digne de compréhension.

Parce qu'il faut bien voir cet étrange paradoxe : les lecteurs de Science-Fiction sont en général des gens plutôt éduqués ou cultivés (ce qui n'est pas toujours la même chose), même si ce n'est pas forcément dans les domaines les plus "littéraires". Ils appartiennent cependant rarement à la frange de l'élitisme culturel le plus exacerbé (même si les rangs des lecteurs de SF ont leur propres élitistes). Ne pouvoir se rattacher ni à une culture dite "populaire" (dans le sens "populo" du terme), ni à une culture "choisie", nuit à son image publique.

Du coup, la SF reste, envers et contre tout, un "truc de geek".

Peut-être ne faut-il pas s'en plaindre...

mercredi, 28 avril 2010

La naissance de l'Ecrivain

Je reprendrai à titre d’introduction cette belle phrase d’un de mes contradic… commentateurs. ;)

" Pour un écrivain, l’acte d’écriture est là pour assouvir un besoin, une nécessité, une évidence. L’écrivain écrit d’abord et avant tout pour lui. Le fait d’être lu (ou non) est secondaire."

C'est une idée fort noble mais en grande partie fausse… Du moins dans sa seconde moitié.

Il existe sans aucun doute différents types d’écrivains. Et ces écrivains traversent des phases différentes dans leur vie : certaines intimistes, cartharsiques… Peut-être sont-elles des passages obligés, mais elles constituent dans l’univers de l’écriture une sorte d’exception. Je dirais que l'écriture pour soi (celle qui l'est réellement, par essence, bien plus rare qu'on ne le pense) est souvent une expérience de recherche et de formation, j'irais même jusqu'à penser qu'il s'agit d'un état immature de l'écriture, où l'on s'affronte soi-même par crainte d'affronter les autres. D'ailleurs, est-elle une écriture sans lecteur ? Tout comme un acteur se projette aussi dans le spectateur éventuel, l'auteur se place aussi en tant que son propre lecteur.

J'utilise à dessin le terme d'auteur. Comme le montre bien le critique littéraire et poète Pierre Perrin dans son remarquable texte sur la Création littéraire, c'est l'oeil du public qui fait accéder l'auteur au statut d'écrivain. Plus encore, c'est son jugement :

"Est écrivain quiconque écrit un ouvrage et puis le publie. Il rend public son travail. Que ce dernier suscite quelques éloges et fasse se découvrir des crocs alentour, c’est naturel. La publication ne suffit pas. Les critiques sont indispensables à l’écrivain. [...] Un écrivain n'existe pas sans la reconnaissance de ses pairs. "

Il n'est donc pas étonnant de rencontrer l'incompréhension formelle de ceux qui se sont vus "auteurs", mais pas "écrivains".

Carson McCullers ne disait pas autre chose en affirmant : «[...] tous les artistes savent que leur vision est sans valeur tant qu'elle n'est pas partagée ».

Selon Nabokov, « On peut considérer l’écrivain selon trois points de vue différents : on peut le considérer comme un conteur, comme un pédagogue et comme un enchanteur ».

Si le conteur parlait devant un public, on comprendrait fort bien pourquoi il n'a pas envie de parler tout seul - sauf pour se tester et s'entraîner, mais il a au final besoin de son public pour lui apprendre à perfectionner son art. Que serait le pédagogue sans ses disciples ? Et ne parlons guère de l'enchanteur qui n'enchante que lui même. Le fait que le média écrit soit censé changer drastiquement cette vision a quelque chose d’absurde.

Je reviens brièvement aux paroles de mon commentateur :

"C’est pour ça que l’acte d’écriture de l’écrivain est si intime. Et c’est pour cela que nombre d’œuvres d’auteurs (célèbres et moins célèbres) n’ont et ne seront jamais publiées."

On exagère bien trop souvent l'intimité de l'acte, en relation avec les autres formes artistiques, peut-être en raison du caractère "codifié " de l'écriture : pendant longtemps, ce savoir ne fut l'apanage que d'une élite, un savoir rarement et jalousement partagé, quasi-magique. Tandis que tous les autres arts ne nécessitaient que peu ou pas d'apprentissage pour être compris. Mais rien à ce jour ne me laisse penser qu'on confie plus de soi-même à la plume qu'au pinceau, qu'au ciseau, qu'aux touches et aux cordes ou à son souffle et ses cordes vocales, aux planches du théâtre et à la pellicule. L'on conçoit parfaitement que toutes ces formes d'art ne peuvent prendre vie, pratiquement, qu'à travers l'oeil du spectateur et de l'auditeur. Pourquoi l'écriture serait à ce point différente ?

Étant  une impertinente, je n'hésiterais pas à incriminer l'influence des "poètes maudits" : le texte était difficile à mettre à disposition  d'un public sans les moyens d'un éditeur, autant garder caché ce qu'on le crée, tandis qu'au fond de soi, on persiste à le destiner à un utopique lectorat. Comme le déclare une fable de La Fontaine : "Ils sont trop verts..." Une bonne part de cette écriture "intime et personnelle" n'est que le signe, à mon sens, d'un renoncement qui ne se nomme pas, mais ne désire pas être total. Je vous renvoie sur ce point à ma note "Des îles et des alouettes".

Faut-il réellement s'interroger "sur les raisons réelles qui poussent ces auteurs en herbe à publier ainsi aux yeux de tous leurs œuvres avec plus ou moins de bonheur" ? Pas plus, il me semble, que sur les raisons qui poussent toute personne à embrasser une passion artistique.

Car toute passion est "un besoin, une nécessité, une évidence". Je prendrais l'exemple du chant, que je pratique depuis des années. Même quand on l'exerce en chœur, c'est une démarche intensément personnelle, qui force à travailler énormément sur soi-même pour être juste dans le fond comme dans la forme... Mais elle ne se réalise que devant un public : la démarche de "prestation" donne un but, celui d'avoir un retour positif (ou non) de son travail à travers les yeux des autres. Pourtant, ici, aucun soupçon de narcissisme, alors que l'écrivain tombe  sous le joug cruel de cette suspicion.

Il y a mille raisons positives d'offrir ses textes à un public : pour partager avec lui un imaginaire enfermé dans la prison de son esprit, pour le divertir, pour l'enchanter, pour lui permettre de s'évader, pour échanger avec lui une vision, une inspiration. Les chagrins seuls cherchent des raisons négatives : comme dans toute démarche artistique, la tentation narcissique, le désir de reconnaissance, la crainte de la solitude, de la mort, de l'oubli jouent un rôle, mais à quoi bon stigmatiser l'auteur quand on ne stigmatise ni le sculpteur, ni le peintre, ni l'acteur, ni le musicien, ni le chanteur ? Pourquoi vouloir déterrer toutes ces raisons grises derrière la blancheur de l'intention ? Est-ce seulement possible ? Comme l'écrit Pierre Perrin, "Sait-on pourquoi on vit ?"

Enfin... Est-ce parce qu'un écrivain est médiocre, il n'a pas le droit de montrer ses œuvres ? D'ailleurs, selon quels critères est-on médiocre ? Se permettre de se voir par le regard des autres, n'est-ce pas la meilleure façon de progresser ? De hâter la maturation plus aisément qu'en était son unique juge ?

L'écrivain pourtant n'agresse ni les yeux, ni les oreilles ; il est facile d'exclure sa prose de son champ de vision. Pourquoi est-il au coeur de si cruelles réflexions ? Je ne lèverai pas ce mystère aujourd'hui, d'autres s'y sont essayés, mais si j'ai pu réussir - un moins un peu - à instiller une compréhension de visions que je tente sans succès de faire passer à longueur de notes, j'aurais atteint une forme de félicité...

vendredi, 12 mars 2010

Les mots qui tissent la toile

Dans mes ballades noctunes sur la toile, j'ai rencontré cette note sur le blog  l'Exil des Mots :

Que vous apporte ce site ?

J'ai trouvé des mots nécessaires, qui me rassurent un peu. Bien souvent, en relisant des conversations tenues sur des forums, des articles de blogs, voire des conversations sur messagerie instantanée, je me laisse gagner par le plaisir de la (re)lecture de ces publications, de ces échanges... Le Web est un endroit étrange où se mêlent de façon presque indissociable des pratiques littéraires, épistolaires voire proches de l'oral. Malgré la multiplication des webcams et autres supports d'échange multimédias, la transmission écrite demeure, sur le web, le mode de d'échange de prédilection.

Donc, oui, des mots nécessaires... et je comprends le sentiment de révolte qui peut accompagner les jugements dénigrant l'édition numérique sur le seul critère de son support. Cependant, je ressens une autre sorte de gêne car ces mots nécessaires sont-ils suivis des attitudes nécessaires ?

Je vois encore, à quelques exceptions notables, d'un côté des cénacles d'écrivains, qui goûtent (avec raison et pertinence) les mets rares de la "grande" littérature et y lient leur pratique. De l'autre, des essaims de marginaux : les amateurs d'écriture ludique, pratiquant les jeux d'interprétation textuelle avec un brillo parfois époustouflant, les écrivains de "fanfictions", de "webséries" ou de "webromans", nouveaux feuilletonistes qui maîtrisent souvent fort bien leur sujet, les blogueurs du banal et du quotidien alimentant leur journal ou leur chronique avec talent et conviction... Les "forumistes" de toutes sortes, qui exposent, argumentent dans le style dialectique le plus pur. Dans toutes ces communautés, il existe du bon, du moins bon, de l'excellent, du remarquable.

Il est bel et bon de rappeler la diversité des pratiques, mais pourquoi demeurent-elles si étrangères les unes aux autres ? Où commencent, où se terminent la littérature, la sous-littérature, la littérature alternative ? Qui est le véritable bâtisseur de ces invisibles murailles ? Le communautariste créatif, les préjugés de part et d'autre, la prévalence de l'image sur la réalité, de la forme sur le fond ?

Comme je l'ai abordé dans ma précédente note, mon retrait personnel est causé par une certaine timidité, un auto-dénigrement lié (comme c'est souvent le cas) à une fierté excessive. Du style "je sais que ne fais rien de transcendant, donc je préfère me le répéter plutôt que me l'entendre  dire". Je vis dans la crainte que quelqu'un remonte mes commentaires et plisse du nez devant mon site, mais pour rien au monde, je ne consentirais à déposer mes remarques sans une fiche d'identité complète.

La simplicité est-elle de ce monde ?

 

jeudi, 11 mars 2010

Timidités

Ces temps derniers, je n’ai pu m’empêcher d’aller faire de brèves visites sur des forums et blogs d’écrivains. Et d’observer avec un mélange de fascination/exaspération/stupéfaction un univers qui jamais n’a été, jamais ne sera le mien.

Il y a ceux qui ne se prennent pas au sérieux, qui jouent et vibrent avec les mots. Ce sont ceux par la fenêtre desquels je jette parfois un œil, avec la timidité du voyeur, ceux vers qui je pourrais idéalement me porter car j’éprouve pour eux une sympathie presque fraternelle, ou plutôt, celle de l’obscure cousine de province fière de voir sa parentèle se distinguer. Cependant, les mondes et images où ils évoluent ne sont pas les miens ; j’y serai à jamais étrangère, en raison de ma soif inextinguible d’« ailleurs ». Si je cherchais des  coupables, à qui faire porter le fardeau de mon altérité, ils se nommeraient sans doute William Morris, Jules Verne, Henry Rider Haggard, Edgard Rice Burrough, Lord Dunsany… et leurs cohortes de fils et filles spirituelles qui ont fait de moi à jamais une dévoyée.

Et il y a les autres, qui ne peuvent écrire une seule phrase dont le sens est transparent, évident, qui s’expriment par métaphores compliquées et figures de style plus qu’obscures, dans un langage qui pourrait être philosophique s’il contenait une logique et une clarté que j’ai peine à y trouver, sous les yeux béats de lecteurs « ravis ». Je nage ici en pleine étrangéité, moi qui aime à défendre des idées, à conter des histoires… J’ai le sentiment de me trouver devant les cabinets de curiosité de méandres de l’esprit humain. Je pense aux monstres, que j’ai fréquentés avec tant d’assiduité, en tant que « choses remarquables » qui défient les règles supposées intangibles de la nature et de la création (divine et littéraire). Un écrivain qui produit des textes-monstres est-il lui aussi digne de figurer parmi les monstra des anciens ?

En dépôt de mon amour des monstres quand ils arpentent les contrées imaginaires de l’esprit, mon retrait prend ici l’apparence de la fuite, non de la timidité.

lundi, 08 février 2010

Savoir ou ne pas savoir…

Savoir ou ne pas savoir… Telle est la question.

Il y a des gens qui lisent. Il doit bien y en avoir quelques-uns… mais le majestueux silence qui entoure mon lectorat (sans doute composé en grande partie de « bots » de sept lieues sautillant de lien en lien) est, tout bien réfléchi, impressionnant.

Quand je regarde des blogs d'écriture, je suis sidérée par le nombre des « habitués ». Je ne dis pas que cette fréquentation est injustifiée, je suis parfois clairement admirative (même si parfois, aussi, je le suis nettement moins). Je me demande quelles circonstances poussent à la rencontre, à l’échange.

Aurais-je plus d’écho si j’écrivais « sérieux » ? Si je parlais de maux de sociétés, d’amour terne, de solitude, d’intolérance ? Si je faisais du « drame psychologique » - quintessence de l’excellence dans notre société, que ce soit en matière de cinéma comme en toute autre chose ? Serais-je déjà assez talentueuse ou assez imbue de moi même pour le faire croire, pour attirer l’intérêt de quelques-uns et de quelques autres ? Ou serais-je frappée par la même malédiction qui me retient toujours à la périphérie de toute société ? Tout cénacle où je tente de pénétrer me salue chaleureusement puis m’oublie dans un coin.

Ai-je besoin d’avoir une « claque » ? Certes non. Mais un avis extérieur, oui. D’un autre côté, je creuse ma propre tombe. A écrire léger, je ne dois rencontrer que des lecteurs-bulles de savon et étoiles filantes. A vouloir conter une histoire, plus que me servir de cette histoire pour l’art ou l’idéologie, je ne capture que des esprits enfantins, avides de choses simples. Pas le genre à se regarder le nombril en flattant le nombril des autres. D’un autre côté, je n’ai jamais voulu être écrivain, ni même écri-« vaine » : je voulais devenir archéologue, je suis tombée un peu à côté de la plaque mais pas si loin quand même. Tout cela pour dire que ce n’est pas vital, que ça ne m’empêche pas de dormir.

A mieux y réfléchir, mon besoin d’échange ne vient ni d’un désir de gloire ni d’une envie de reconnaissance, mais tout simplement du regret de n’avoir personne – ou presque – avec qui parler de ce qui actuellement me passionne, car je n’ai pas besoin d’un aréopage suivant béatement l’apparition de chacun de mes mots. Prêts à me juger et à peut-être, tuer dans l’œuf l’inspiration incandescente.

Pour revenir au rayon du « pourquoi », il se pourrait aussi que le silence soit simplement un désaveu. Mieux ne rien dire que de blesser ou peiner. Ou de critiquer en un âge qui n’admet pas la critique. Mais quand je constate le succès de certaines créations  que j'oserais juger inférieures aux miennes, je m'interroge. Peut-être répondent-elles simplement plus à l’attente, au désir d’un public.

En fait, c’est le propre du silence d’être silencieux. Il y a donc peu de chances pour que je sache...

Savoir ou ne pas savoir… Telle est la question.

dimanche, 07 février 2010

Habitudes d'écriture : métamorphoses...

Si je devais remonter aux origines de ma pratique de l'écriture, cela remonterait à mes cinq ans et trois mois - un texte bref que j'avais rédigé à la requête d'une gentille stagiaire pour occuper l'encombrante fillette que j'étais pendant que les autres faisaient des lignes de "aaaa" et de "bbbb". Ce devait être "Le rossignol chante dans la clairière". Je me rappelle encore l'embarras de la pauvre femme quand j'ai quasiment piqué une crise de nerfs parce que je ne savais pas écrire "clairière" et que cette incertitude a été cause d'une rature. C'est sans doute pour cela que je préfère, encore aujourd'hui, la mine de graphite au stylo bille.

Faisons un saut dans le temps, vers la fin des années 8Os et plongeons dans les abîmes de la bureautique : je me sens enfin libérée de la lourdeur de la main, des incertitudes et des hésitations qui couvraient ma page de ratures (je ne les aime toujours pas).

Entre les deux, nombre de tentatives littéraires : des stylos plumes, des stylos feutres, une vieille Underwood puis une machine à écrire électrique. Des poèmes, de la fantasy, des récits d'aventures exotiques... Des dizaines de pages noircies, passées aux pertes et profits.

Donc, nous en étions au traitement de texte : le miracle grâce auquel, j'en était sûre, mon potentiel d'écrivain se révèlerait enfin. Je vous avouerais qu'à ma grande honte, ce miracle n'a pas eu lieu. il y a bien eu quelques nouvelles achevées, dont une publiée dans un recueil par souscription, quelques articles amateurs et professionnels... Des fiches de personnages pour des jeux de rôle grandeur nature... mais rien de plus concret.

En fait, ma plus grosse production dans le domaine de l'écriture a été réalisée depuis 2004, dans le cadre de jeux de rôle par mail et forum. Des kilo-octets et des méga-octets de texte envoyés par ci et par là. De la prose perdue, faute souvent d'avoir été sauvegardée. Mais j'en ai gardé une aisance de l'improvisation littéraire : avec sept jeux simultanés au plus fort de cette activité, je devais être capable de rapidement aligner du texte sans pour autant bâcler ! De plus, j'en ai gardé l'habitude de jeter des petits éléments par ci par là, façon "meneur de jeu", des fils qui traînent, que je choisis de ramasser ou pas. Peu ou pas de planification, quelques scènes-clefs autour desquelles tout peut fluctuer en fonction des actions des personnages. Il est clair que même en tant que "simple écri-vaine", j'ai gardé en grande partie cette façon de travailler.

Étrangement, depuis que je me suis lancée dans l'aventure de ma Websérie, je reviens aux fondamentaux : le bloc à petits carreaux et le stylo-mine - ce brave crayon qui ne se taille pas et possède à son extrémité une gomme salvatrice. Toujours dans un coin de mon sac, le bloc voit la lumière dans les lieux où je suis soumise à une attente excessive : grandes surfaces, quais de RER, siège de voiture... Même quand mon inspiration est en berne, ma page semble moins blanche que si j'attaquais directement celle de mon traitement de texte. Ce n'est qu'un premier jet, que je retape dès que j'en ai l'occasion, parfois même sans vraiment regarder le texte d'origine. Il faut dire que le style de mon écriture est assez "marathonien" : avancer, tout droit, aussi vite que possible pour suivre le fil du récit que je visualise dans ma tête. Je ne suis pas une orfèvre du mot. Très loin de là. J'ai tenté, ça ne me réussit pas : n'est pas Flaubert qui veut (d'ailleurs Flaubert me fait dormir, et donc...). Quelques relectures, quelques corrections ponctuelles...

Comme chaque étape de mon existence pseudo-littéraire, j'espère que Paradis XXIV m'aura apporté, avant de retomber dans les limbes, quelque chose de nouveau question réflexion et méthode - le style de chose auquel, jusqu'à présent, je n'avais pas consacré plus de 3 mn de réflexion. Je parle de la méthode d'écriture, pas de la méthode de composition d'une histoire, d'une intrigue... Je reviendrai peut-être sur ce point précis un jour ou l'autre.