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samedi, 02 avril 2011

Un avis aux adorateurs du "dieu papier" !

Parce que je suis atteinte par une certaine lassitude en entendant des technophobes radoter sur le côté incontournable de l'édition papier et se lamenter sur la diffusion des liseuses, j'ai envie moi aussi de donner un avis tranché - par le vif !

Avant de se généraliser, le papier était un support sans noblesse, utilisé pour les "scribouilleries" des notaires et autres tabellions -  un statut à peine meilleur que celui de la tablette de cire de l'antiquité. Ce qui était sensé durer s'écrivait sur parchemin. Sans doute il y a-t-il eu des gens, d'ailleurs,  pour regretter que le parchemin ou le papyrus ait remplacé la pierre...

Je vis ma vie professionnelle au milieu de prestigieux ouvrages qui valent autant pour les témoignages qu'ils contiennent que pour le précieux écrin qu'ils représentent. Mais de nos jours, pour les préserver et pour en faciliter l'accès à tous, nous les microfilmons et les numérisons. Je pense que les professionnels ont depuis longtemps conscience de la nécessité - physique et théorique - de séparer l'information du support !

Parce que les mots se moquent un peu du support qui les reçoit. Ils sont déjà tant bringuebalés, ces pauvres mots, entre éditions de luxe et poches sur mauvais papier qui tomberont en pièces en moins de dix ans, perdant leurs feuilles comme de vieux artichauts trop cuits ! L'impression est nécessaire, oui... au moins pour quelques exemplaires préservés par des institutions dignes de ce nom, qui veilleront à leur survie. Tandis que votre bibliothèque se trouvera sans doute, tôt ou tard, sur le trottoir, par la lubie d'un vague descendant...

C'est sans le moindre état d'âme que j'ai choisi le numérique : pour lire les grands classiques, essentiellement. Sont-ils moins nobles soudains, parce que leur support n'est plus constitué de fibres de cellulose amalgamées à la colle, auxquelles s'ajoute une bonne dose de produits chimiques ? Est-ce respecter les auteurs que les réduire à un bouquet de feuilles jaunâtres ?

Je l'ai aussi choisi pour lire les auteurs amateurs, ceux qui sont méprisés par les dieux du papier mais qui me donnent autant de bonheur que bien des scribouillards acclamés...

Si vous restez fidèles au papier, c'est votre choix, mais cessez vos envolées lyriques : c'est à croire que vous ne lisez que sur éditions de la Pléïade ! Ou mieux encore, des incunables, voire des manuscrits enluminés ! Tout est relatif, très chers...

 

vendredi, 28 janvier 2011

Utopies et raisins éditoriaux

lafont06_t.jpgDernièrement, une des mes adorables lectrices m’a posé une question toute simple : « Comptes-tu faire publier ? »

Une question simple, certes, mais qui contenait beaucoup de pièges pour ma conscience versatile. Ma réponse fut volontairement neutre : « Ce n'est pas dans mes projets - pas dans les circuits classiques en tout cas ! Par contre, si j'arrive au bout, j'en ferai certainement un eBook pour que les lecteurs puissent l'avoir en version complète… »

Dois-je nier un relent d’« ils sont trop verts, etc.  » dans mes propos ? Mon côté « renard » face aux « raisins » éditoriaux n’est pas totalement absent, il serait malhonnête de le nier. Je suis en effet intimement persuadée qu’aucune boîte d’édition n’est susceptible d’être intéressée par mes écrits, pour diverses raisons. Les grandes boîtes, parce qu’un auteur inconnu est toujours une valeur branlante, un risque qu’il est préférable de ne pas même calculer. Les petits éditeurs… pour les failles intrinsèques (hypothétiquement) de mon œuvre : trop classique, trop compliquée, pas assez « artistique », trop politiquement correcte, ou pas assez politiquement correcte - au choix -, pas assez sombre, pas assez intellectualis… euh, intellectuelle, pas dans l’air du temps, pas pour le type de lectorat ciblé… ou peut-être, tout simplement… trop médiocre.

Mettons tout de suite les choses au point : je n’ai rien contre les éditeurs. Aucune rancœur, puisque n’ayant jamais envoyé le moindre manuscrit, je n’ai jamais connu la douleur du rejet. J’ai connu une micro-déception l’année passée en comprenant que quand un éditeur (ou un auteur, d’ailleurs) cherchait à « copiner » avec vous sur les réseaux sociaux, il ne s’intéressait ni à votre vie, ni à votre œuvre, mais au postulat sophiste :

L’écrivain écrit
Les gens qui écrivent lisent des livres
Donc l’écrivain lit des livres

(…de préférence, nos livres…)

Ce n’est pas un reproche, il s'agit d'une réaction très logique pour de petites sociétés d’édition indépendantes qui sont souvent en situation difficile et cherchent à atteindre des clients potentiels. Mais l'auteur possède, par définition, un ego fragile.

D’ailleurs, pour être encore plus honnête, nous autres écrivains auto-publiés du web faisons un peu la même chose pour élargir notre lectorat… Sauf que comme nous œuvrons à petite échelle, nous pouvons entrer dans une démarche d’échanges de bons procédés avec nos pairs : « je te lis et je te fais de la pub, tu me lis et tu me fais de la pub... », processus accompagné d’un véritable intérêt pour la personne. Et puis, notre compte en banque n’en dépend pas…

Vous vous demandez sans doute quel rapport cette digression peut entretenir avec le fond du problème. Nous y venons...

Pour revenir sur la publication potentielle de mon œuvre, il nous faut passer de l’utopie A (un éditeur accepte mon manuscrit) clairement irréalisable - puisque je n’envoie jamais de manuscrits -, à l’utopie B (un éditeur me découvre sur le web et propose de me publier). Matérielle réalisable mais fort basse sur l’échelle des probabilités : en cas de doute, voir ci-dessus. Pas ou peu de chasseurs de têtes, surtout dans le domaine des littératures de l’imaginaire où abondent tant d’écrivaillons geeks, rôlistes et/ou rêveurs qu’il est quasiment impossible de déterrer les perles dans la pile de gravas de toute nature.

S’il l’on ne connaît pas un succès ravageur, un bouche à oreille qui prend les proportions d’un raz-de-marée, qu’on ne suscite pas l’intérêt des grandes plumes de la critique et de la chronique – même webienne (laquelle faute de temps ou d’intérêt, ne se penche quasiment jamais sur le vivier grouillant du web, juste, à la rigueur sur quelques aquariums choisis), ce style de conte de Noël à l’Américaine n’arrive pas. A moins, en notre douce époque, d’être une caissière qui bave sur les clients du supermarché où elle bosse (les gens sont méchants).

Revenons à l’éventualité B. Un (petit) éditeur se fourvoie sur mes pages, parvient à passer le cap du premier paragraphe, à ignorer mes fautes et mes coquilles, apprécie suffisamment les rêveuses sur le retour à l’imagination « barrée » et dotée d’une fibre dix-neuviémiste pour trouver l’affaire jouable. Utopie quand tu nous tiens.

Il est évident que l’éditeur se verrait dans l’obligation de faire signer un contrat d’exclusivité s’il veut « faire son beurre » en vendant le dit ouvrage. Ce qui impliquerait, pour moi, d’ôter mes textes du web. Décevoir et spolier de fidèles lecteurs, divers compagnons de routes, des hébergeurs et diffuseurs amateurs avec qui j’ai avancé. Je ne dis pas que je pourrais résister au chant des sirènes (les gens qui affirment ne jamais boire l’eau de telle ou telle fontaine naviguent entre inconscience et arrogance), mais que je ne franchirais pas le pas sans état d’âme. Avec ma production erratique et mon inspiration fluctuante, je doute pouvoir vendre une autre œuvre « écrite dans la même veine » sur les bases d’une vague promesse. Et de pouvoir le faire sans le support de la webpublication, qui seule me permet d’avancer.

En outre,  tous ceux qui me côtoient un tant soit peu connaissent mon côté libriste (et je dis bien libriste, pas libraire, libertaire, librettiste ou littéraire, je ne suis rien de tout ça) – au moins sur le point de la diffusion. Mes œuvres sont généralement diffusées sous Creative Commons (pour ceux qui ne savent pas de quoi il s’agit, un tour sur http://fr.creativecommons.org/ s’impose). Parmi les gens qui entretiennent les mêmes passions que moi, ce fait est connu, reconnu, voire même apprécié. Et préférer offrir ses œuvres au monde plutôt que s’attacher à une utopie a, je pense, ses mérites. Cependant, si un jour il m’était donné de ressusciter l’utopie, combien de temps mes beaux idéaux de liberté/fraternité/gratuité tiendraient-ils avant que le chant des sirènes ne les précipite sur les écueils ?

Jamais je n’irais critiquer les écrivains qui s’accrochent à leur rêve de papier, ni même ceux qui l’assouvissent sous forme l’auto-édition – au risque d’y laisser leur plume. Chacun gère comme il le souhaite ses utopies : la seule démarche condamnable à mon sens serait d’abandonner l’écriture, d’être persuadé que la création ne peut vivre sans l’utopie. Je me contente de mon côté de tuer l’utopie (pas tout à fait mais au moins un peu) pour sauver l’écriture. Parce que l’utopie est dérangeante. Qu’elle met en lumière tous les aspects les plus paradoxaux de la conscience.

Cependant, les modalités de la diffusion littéraire sont susceptibles de changer à toute allure dans les années qui viennent, et chacun d’entre nous se verra peut-être obligé de redéfinir ses utopies.

Technolectrice

Quand suis-je devenue technogogo ? Céder à la tentation d’un gadget dans l’humeur du temps signifie-t-il perdre son âme (de geek ou de « vrai » anti-conformiste) ?

A priori, je peux être rassurée par le fait que je ne suis pas encore tombée assez bas pour craquer pour un « iMachin » (remplacez le mot « machin » par ce que vous voudrez). Je ferai toujours, par principe totalement subjectif, j’en conviens, un très large détour autour de tout ce qui est issu de la firme Apple – disons que cela découle de mon anti-conformisme personnel. Ou plutôt mon anti-anti-conformisme ordinaire – pour l’époque où donner dans la « pomme » était censé être anti-conformiste.

Ma liseuse n’est pas non plus à technologie « encre électronique » (malgré son aspect très séduisant, les produits bas de gamme ont encore un rendu médiocre et les bons produits sont trop chers…) mais une tablette tactile retro-éclairée, sous technologie Android d’une marque plus discrète que l’Ipad (le PocketBook IQ, avec une jolie coque rouge).

PocketBook-IQ-1.gif



Tout a commencé par une conversation avec un ami, l’un de mes lecteurs assidus (eh oui, il y en a !) ; j’en suis venue à considérer l’opportunité de passer à la lecture sur liseuse. Il n’a pas fallu plus de quelques semaines (quelques jours plutôt) pour qu’une idée qui me paraissait saugrenue remporte ma totale adhésion. Laps de temps durant lequel, il faut dire, je me suis mise à étudier les formats de distribution des eBooks. J’ai ainsi découvert celui qui est en passe de devenir un standard généraliste, le format ouverte ePub.

Après avoir vérifié que le site du Project Gutenberg, bibliothèque virtuelle distribuant gratuitement en version électronique des ouvrages libres de droit, fournissait également ses titres au format ePub, je me suis totalement convertie.
Au point de télécharger le logiciel libre Calibre, qui permet de convertir un certain nombre de formats (dont le RTF, le ODT – format natif d’Open Office et le HTML, entre autres) en fichiers ePub et de faire mes premiers tests. Puis, sur conseil d’un collègue écrivain, le logiciel Sigil, qui permet l’édition directe en format ePub – toujours.

Mais qu’a-t-il donc de si particulier, ce format ePub ?

  • c’est un format ouvert, pris en charge par l’immense majorité des liseuses (sauf le Kindle d’Amazon, qui reste désespérément propriétaire, ce qui n’est pas un bon point en sa faveur !
  • il peut être lu par un nombre croissant d’applications : parmi celles que je connais,  le plugin EPUBReader de Firefox, le visualisateur de Calibre, les applications Android Aldiko et FBReader, que l’on peut installer même sur les téléphones marchant sous ce système, les programmes génériques de l’immense majorité des liseuses (mettons à l’index le honteux Kindle) ;
  • il est basé sur le langage XHTML, langage de balisage rigoureux (quand il est bien employé) et simple d’approche qui permet de créer des fichiers légers et de chargement rapide.

Il ne faut surtout pas négliger le fait que progressivement, les auteurs du web vont trouver entre leurs mains des outils de plus en plus performants pour la création de livres directement exploitables sur ces supports en pleine progression que sont les tablettes, liseuses et autres pads. Tout comme la diffusion musicale, le passage par l’éditeur devient de moins en moins impératif : le coût du support matériel, de l’opération d’impression, de la diffusion ne conditionnera plus le tarif du produit fini. On commence d’ores et déjà à voir apparaître des réseaux de distribution numérique à destination des lecteurs potentiels. Les auteurs peuvent désormais faire le choix de distribuer gratuitement leurs œuvres sur un marché qui s’élargit de jour en jour, ou de les faire payer à un tarif modique qui leur assure un retour plus intéressant que le pourcentage reversé par l’éditeur classique.

Le fait que les éditeurs ne soient plus nécessairement les « découvreurs » et les « créateurs » de talents, le goulet d’étranglement d’une création littéraire passée au crible d’une évaluation qualitative nécessaire mais aussi parfois d’un jugement subjectif, intensément personnel ou purement commercial, va sans doute tôt ou tard les obliger à reconsidérer les bases de leur métier.

Ce n’est plus une simple question de changement de support. C’est toute une philosophie qui est en passe d’être remise en cause.

samedi, 04 décembre 2010

Les (web)feuilletonistes : quand l'histoire se répète...

La littérature d'agrément ne date pas d'hier. Mais pendant longtemps, la rupture essentielle se faisait entre les grands auteurs et les autres. Puis fut inventée la notion de l'« art pour l'art » et une autre distinction apparu, la rupture entre « littérature commerciale » et une « grande littérature ». Cette division recouvrait parfois la précédente. Mais pas toujours.


Quel rapport avec les feuilletonistes ?

Dès la première moitié du XIXe, avec la popularisation de la presse, de nombreux écrivains gagnent leur vie en publiant leurs récits par épisode dans ce que nous appellerions de nos jours des « publications périodiques ». Ces œuvres, connues sous le nom de « romans-feuilletons », se définissent uniquement par ce mode de parution. Elles sont en fait d'une infinie variété, que ce soit en genre ou en qualité. D'autant qu'en son sein naissent ou se confirment les ramifications de ce qu'on appellera plus tard les « littératures de genres ».

Très vite, les feuilletonistes apprennent à adapter leurs écrits au goût du public, à jouer avec ses émotions, à introduire un peu de suspens à la fin de chaque épisode. Tout aussi vite, les critiques se font entendre : cette littérature tournerait le dos à toute notion de style et d'esthétisme, elle jouerait sur le sensationnalisme de bas étage, bafouerait les bonnes mœurs... mais, pire que tout, elle est... populaire. Bref, elle regroupe en condensé tous les défauts de ce qu'on pourrait nommer une « sous-littérature ».

On omet souvent de rappeler que ces « rez-de chaussée » (le bas des pages des journaux où paraissent traditionnellement ces textes), tout comme un peu plus tard les « pulps » magazine américains, ont pourtant abrité une extraordinaire pépinière de grands auteurs, dont certains ont atteint le statut rutilant de «classiques littéraires ». Qui l'eût cru.

De nos jours, cependant, la publication « feuilletonnesque » a un relent de charme désuet, malgré l'énorme succès de son avatar le plus connu, la série télévisée (qui souffre d'ailleurs des mêmes critiques que le roman feuilleton en son temps). On ne voit plus que fort rarement des romans tronçonnés dans un périodique, sauf coup commercial pour un ouvrage très attendu.

Cependant, l'écriture feuilletoniste est loin d'être morte. Elle connaît même un sacré renouveau... sur le web. A présent que la case édition n'a pas besoin de d'être cochée pour offrir sa prose (ou ses vers) au public, à moins de caresser encore les espoirs utopiques d'une éventuelle édition, l'auteur peut d'un clic ou deux dévoiler sa production. Et de là, tomber dans un immense puits au fonds duquel rampent les formes sombres et dangereuses des préjugés.

Dans l'opinion générale, si un auteur publie sur le web, c'est forcément qu'il n'est pas assez bon pour être publié par la voie classique. La vérité est plus complexe – du moins dans le domaine de la littérature de l'imaginaire.

La littérature de genre (et tout spécialement en littérature de l'imaginaire) subit déjà par sa nature le mépris des milieux littéraires reconnus. Ce qui n'empêche pas qu'en son sein, se recrée le même type de cénacle quelque peu intellectualiste. (C'est un peu comme les équations fractales où la même structure se reproduit à l'infini au fil de ses divisions). La grande édition joue sur des valeurs sûres, en balançant des ouvrages à succès, la plupart du temps anglo-saxons, sans politique de publication réellement concertée. La petite édition, en contrepied, se veut « art et essai », dans sa recherche louable et même parfois audacieuse de textes de qualité mais qui cependant prend assez peu en compte la pure détente. De fait, il y a sans doute beaucoup d'écrivains du web qui ne se retrouvent pas dans cette production et se sentent donc totalement découragé de soumettre quoi que ce soit à qui que ce soit ! 

Bien sûr, l'attachement à l '« objet livre », le soutien délibéré au mode de publication traditionnel, le confort de la lecture sur papier donne encore à l'édition une position prépondérante. Mais pour combien de temps ? Pour l'instant, la difficulté de s'y retrouver dans les ramifications de la toile, qui rend très difficile l'accès aux œuvres qui y sont disséminées, constitue le plus grand atout de l'édition. Ainsi, bien sûr, que l'idée que ne publient sur le web que les écrivains ratés, ceux qui n'ont jamais pu se faire éditer et qui se jugent eux-même pas assez bon pour tenter le coup.

Maintenant, voyons les choses du côté de ces « nouveaux feuilletonistes » et de leur rez-de-chaussé numérique. Ils sont très variés dans leur expérience et leur parcours. Parmi eux, beaucoup sont encore jeunes (avec l'âge, on passe moins de temps sur des fariboles comme l'écriture, à moins d'être, comme moi, profondément puéril). Tous ressentent le besoin de faire partager leurs écrits, pour exister en tant qu'auteurs, pour partager, pour évoluer. Ils s'inscrivent dans des courants variés, parfois marqué par la culture dite « populaire » : webromans ou webfictions, webséries, fanfictions, nouvelles... Leur point commun est le fait que souvent, comme les feuilletonistes de jadis, ils publient par épisode une œuvre la plupart du temps toujours en cours d'écriture. Parfois, ils parviennent à se constituer un petit lectorat fidèle, assez difficilement quantifiable vu que les retours sont statistiquement très rares.

Certains ne se considèrent pas comme des artistes : ils écrivent par jeu, par plaisir, par fantasme. L'idée d'un jour être un auteur « à part entière » ne les effleure même pas. Il y a ceux qui s'adonnent à des genres « impubliables » : comme la fanfiction, qui se situe en théorie dans l'illégalité car elle exploite l'œuvre d'autres personnes et bénéficie d'une vague marge de tolérance. D'autres enfin sont passés par une phase de renoncement ou l'abandon d'une utopie (celle de la publication), et ont finalement décidé d'avancer en se rabattant sur ce média. A noter que la plupart n'ont jamais soumis un texte de crainte du rejet et n'ont donc pas subi ce rejet. Enfin, il y a tous ceux qui n'ont jamais réussi à finaliser un texte et qui espèrent que ce mode de publication leur permettra d'aller de l'avant.

Entre parenthèses, si je prends mon propre cas, je suis pour ma part bien consciente que rien de ce que j'écris n'est "classiquement" publiable, que ce soit Paradis XXIV, sorte de salmigondis d'influences diverses sans vision majeure sous forme de « copshow » spatial sur fond de grande conspiration, ou Le Premier Cercle, roman historico-politico-fantaisiste qui joue sur des thèmes classiques. Je sais parfaitement qu'aucun éditeur n'en voudrait dans son catalogue : pour le premier, parce que c'est un récit de pur détente, pour le second, en raison du manque d'originalité des thèmes. Sans oublier la qualité même de l'écriture, qui ne tiendrait pas la route face à un critique avec des prétentions professionnelles. Ce qui ne veut pas dire que ce sont des textes sans intérêt : dans le contexte précis de la web littérature de l'imaginaire, ils se classeraient plutôt bien qualitativement et ils divertissent une poignée de gens, ce qui est le but de la chose.

Comme les feuilletonistes autrefois, donc, les feuilletonistes du web sont considérés comme une vaste nébuleuse de sous-littérateurs qui écrivent pour la plupart de la littérature de pur loisir (surtout dans les domaines lié à la culture télévisuelles, comme la fanfiction et la websérie). Même si une connaissance minimale du milieu montrerait que ce n'est pas si évident, l'idée générale est que cette littérature tourne le dos à toute notion de style et d'esthétisme, qu'elle se greffe sur une sous-culture manifeste, qu'elle joue souvent sur une sensationalisme de bas étage... Ce qui n'est pas sans rappeler quelque chose. Ajoutons aussi qu'elle est l'œuvre d'écrivaillons médiocres en manque de reconnaissance, dont les motifs pour publier sont sans doute plus que louches...

Donc, on peut comprendre l'absence d'intérêt des éditeurs, même alternatifs. On peut comprendre le silence des milieux littéraires « autorisés » même en littérature de genre (sauf quand un auteur connu s'adonne à l'exercice pour faire mousser une popularité déjà acquise). Cependant, force est de constater que la littérature du web (à ne pas confondre avec le livre numérique !) constitue un phénomène bien réel et qui ne cesse de s'amplifier. Force est aussi de constater qu'on y trouve de bons auteurs, dont la production surpasse ce qu'on peut trouver entre les pages au plan artistique. Et même si ce n'est pas le cas, on y trouve de la littérature tout simplement plaisante, qui serait sans doute considérée comme indigne de figurer entre des pages imprimées mais offre du bonheur aux lecteurs qui ont la chance de la rencontrer. On trouve aussi nombre de textes qui ne sont pas parfaits mais dont les auteurs montrent de belles promesses.

Un autre genre dévore actuellement le web : les sites, forims et blogs littéraires, sur lesquels l'internaute fait partager sa passion pour la lecture et ses avis les publications qu'il a pu lire. Quand cela touche au domaine de l'imaginaire, il n'est pas rare que le propriétaire des lieux étende son exploration au domaine du cinéma, de la télévision, voire, bien souvent, du jeu de rôle. Mais quid de la littérature du web dans tout cela ? Elle est profondément absente, dans la majorité des cas. Passée sous silence. Inexistante. Méconnue. Pour moi qui, pour des raisons de temps, ai en grande partie abandonné la lecture "sur livre" au profit de l'écriture, la lecture de web littérature est devenue un loisir périodique, pas trop chronophage... mais aussi un engagement. C'est pour cela que me sens profondément peinée de voir que même les milieux qui pourraient aider à changer la vision du phénomène ne sont pas portés à s'y risquer. Par volonté (certes louable) de soutenir plutôt les petits éditeurs ? Par ignorance ? Par préjugé ? Ou par la simple difficulté de retrouver les perles qui s'y cachent ?

Sommes-nous condamnés à hériter de l'étroitesse de vision du XIXe siècle ? Au risque de se voir au final, moqués par nos successeurs qui se demanderont comment leurs anciens ont pu à ce point manquer de discernement, en se tenant à une vision dépassée du « bel et beau »... ?

jeudi, 28 octobre 2010

Le délit d'écriture : un aveu compliqué

Cette note est tirée d'une intervention sur mon forum, l'Atelier de la Feuilletoniste. Je me suis dit qu'elle méritait peut-être d'être mise en valeur, cristalisée. C'est encore un complainte de l'écrivain incompris, mais j'espère qu'elle fera au moins un peu sourire...

L'expression écrite fait partie des enseignements dispensés à tous à l'école, tout au long de notre cursus primaire et secondaire. Il n'y a sans doute pas une seule activité à laquelle nous ayons été plus systématiquement formés (depuis la rédaction dans laquelle nous devons raconter nos vacances chez Mémé, jusqu'à l'essai pompeusement littéraire à rédiger pour les besoins du bac français et l'essai pseudo-philosophique du bac "tout court").

Étrangement, cependant, à part peut-être le chant (et je suis bien placée pour le savoir), il y a peu de loisirs qui suscitent tant d'ironie en société - et pire encore, une ironie qui repose sur la médiocrité supposée d'un exercice dont on n'a même pas pris la peine de prendre connaissance. Comme le chanteur doit (au choix) être classé au top 50 ou se produire à l'Opéra Bastille pour être pris au sérieux, l'écrivain doit vivre de sa plume ou donner dans un genre particulièrement sérieux (voire rasoir) ou grinçant pour être pris au sérieux. Je ne parle même pas des littératures de l'imaginaire...

Il faut cependant comprendre l'entourage, qui craint - légitimement sans doute - que s'il exprime trop ouvertement sa sympathie, il se trouvera obligé de lire des kilomètres des kilomètres de prose médiocre ou de vers de mirliton. Par contre, la pratique en atelier d'écriture semble recueillir une approbation assez large, sans doute parce qu'il y a un aspect "socialisant" dans la démarche, que peut comprendre celui ou celle qui se rend au club de gym ou à son cours d'ikébana, et que l'exercice demeurera supposément dans le cercle clos des amateurs.

En résulte chez beaucoup d'entre nous une attitude étrangement timide, liée à un réseau de peurs diffuses : de l'ironie, de la moquerie des autres, des critiques acerbes des pairs... Nous écrivons dans le noir, à la chandelle, au fond d'une cave. Il est très difficile en la circonstance d'avouer que l'on écrit, et pire encore de soumettre ses œuvres à quelqu'un d'autre. Sans doute est-ce pour cette raison toute prosaïque que certains considèrent que l'écriture est un acte "intime", voire "intimiste". Tout simplement une conséquence de l'absence de reconnaissance sociale de l'écrivain amateur, ce laminage de l'amour-propre que ne rencontrera pas le joueur de tennis, le violoniste dilettante ou l'adepte du point de croix. L'écrivain est au mieux un doux rêveur... au pire, un mythomane qui donne libre cours à l'expression de son ubris.

Le milieu des "gens qui écrivent" (terme plus neutre qu'"écrivains" ou "auteurs") manque lui-même singulièrement de réflexes solidaires. Sur pas mal de forums, de bogosphères et autres communautés, donner son avis sur le travail des autres signifie plus souvent faire briller sa propre plume ou marquer sa position dans un réseau social que porter un intérêt sincère au travail d'autrui (et si vous êtes ici, c'est que vous êtes au moins partiellement libre de ce soupçon, car vous pouvez être sûrs que vous ne gagnerez rien à me lire !).

mercredi, 27 octobre 2010

Voyage dans le tag "Ecriture"

Les "tags les plus populaires" d'HautetFort (à traduire en langage normal par : les tags les plus employés par une foule de gens qui se sentent forcés de tous parler de la même chose) représentent sans doute l'entrée que je fréquente le plus, car c'est la seule qui au final - au-delà de la manifeste carence d'originalité - ne discrimine pas. Petits et gros se retrouvent à peu près au même niveau.

Il y a eu, certes, la période amusante des "blogs spammeurs" qui employaient ces tags populaires au hasard pour apparaître dans ces listes, mais cet interlude est terminé. Fort heureusement, car les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures.

Mon tag de prédilection, depuis que je me suis jetée dans l'assemblage aléatoire de mots, est Ecriture. Cependant, ce tag Ecriture n'est pas des plus "populaires", contrairement au terme Littérature qui rassemble en un vaste magma scribouilleurs et bouquineurs.

La littérature relève de l'art. L'écriture de l'artisanat. C'est sans doute l'explication. Et l'une des raisons pour lesquelles je ne serai jamais un véritable "auteur", juste une dilettante.

Ca me convient.

lundi, 16 août 2010

Ecriture à thème : première session

Finalement, le règlement "première façon" a été conservée La première session d'écriture à thème tournera autour des trois thèmes suivants :

[01-01] - Le plus dur reste à venir / Aventure

[01-02] - La Magie des miroirs / Science-Fiction

[01-03] - Le sable et les étoiles / Libre

La session durera six mois, afin de donner même aux plus lents d'entre nous le temps de s'y mettre.

J'aime à croire en cette (toute) petite communauté. J'aime à croire que d'autres viendront se joindre à nous, peu m'importe par quel chemin - même si ce blog est un sentier bien déserté ; je ne suis pas particulièrement douée pour placer des panneaux indicateurs.

Cependant, on peut croire au hasard, aux miracles, aux chemins de traverse, aux sentiers creux...et se retrouver par hasard dans l'antre de la Feuilletoniste.

N'hésitez pas à franchir le seuil !

mardi, 10 août 2010

Ecriture à thème, un soucis de règlement !

"La Feuilletoniste" poursuit son petit chemin, avec un petite communauté sympathique.

Après avoir commencé à échanger sur nos travaux respectifs, nous nous portons vers des sessions d'écriture à thème. J'ai tenté de rédiger un règlement... que voici :

Les thèmes

Choix des thèmes : utilisation d'un générateur de thèmes afin que tout le monde soit sur un pied d'égalité.

Désignation des thèmes :
chaque thème est défini par une thématique et un genre et se voit attribué un code (numéro de session + numéro de thème).

Nombre de thèmes : trois thèmes sont proposés à chaque session, dans des genres différents (littérature générale, littérature de l’imaginaire, « libre »).

Exemple :
[01-01] Moment de vérité / Aventure
[01-02] Il ne pleuvait même pas / Science Fiction...
[01-03] Tenir l'univers dans sa main / Libre


Fréquence des thèmes : une nouvelle série de trois thèmes est proposée tous les trois mois.

Durée des thèmes : les thèmes restent actifs durant une période de six mois. Au delà de cette période, les participants peuvent toujours exploiter ces thèmes, mais leur participation sera considérée comme "hors session".

Bilans : au terme de chaque session de six mois, est effectué un bilan des participations. Les contributions de chaque session seront regroupées dans une petite anthologie sous forme PDF.

Participants

Tout participant peut proposer une contribution, même s'il ne fait pas partie des membres actifs du forum. Il lui sera juste demandé de s'inscrire sur le forum et de se présenter dans la rubrique : "Introduction des visiteurs" avant toute contribution.

Publication des contributions

Les contributions seront publiées sous forme de sujets dans ce forum.

Le titre de la participation doit comporter : le code du thème (entre crochets) et le titre de la contribution (ou une version abrégée s'il est trop long).

Exemple :
[01-02] Escale sur Floko
[01-03] La solitude du démiurge amateur


Si la contribution est « hors session », le sigle HS doit figurer dans le code.

Exemple :
[01-01 HS] Sur un pont, dans la brume…


Une contribution peut être publiée en plusieurs messages à suivre si le texte est long et/ou se divise en plusieurs parties.

Une fois la contribution en ligne, elle doit être refermée par un message comportant la mention : "Contribution terminée". Une contribution non "refermée" au bout de six mois sera considérée comme hors-session.

Seules les contributions "fermées" pourront faire l'objet de critiques et de remarques, qui seront postées par les lecteurs à la suite de la contribution.

Une contribution peut être modifiée tant que la session est ouverte.

Forme des contributions

Chaque publication doit être précédée par le rappel de la thématique et du style.

Exemple :
Thème : Il ne pleuvait même pas...
Style : Science-Fiction
Remarque : (éventuellement)


Remarques annexes :

Les participants peuvent publier autant de contributions, sur autant de thèmes qu’ils le souhaitent

Les contributions doivent appartenir au domaine narratif, théâtral ou poétique.

Les contributions dérivées du domaine de la fanfiction ou des webséries sont parfaitement autorisées. Il est juste demandé, dans le cas de l'emploi de personnages dont l'auteur n'est pas le créateur, de le préciser en introduction.

En cas de citations extensives d'une œuvre littéraire ou de paroles de chansons, prière d'en mettre la référence sous les "remarques" en en-tête.

En dehors de ces quelques contraintes de forme, pas de contrainte de longueur, nous vous faisons confiance !

Remarque (pas inexacte) d'un des membres : trois thèmes, c'est bien trop pour notre petite communauté. J'ai donc présenté une seconde possibilité :


Ou alors, donner deux thématiques, deux genres, et laisser les gens faire leur mélange ? 

Ce qui donnerait :

Moment de vérité (ou) Il ne pleuvait même pas à traiter en Aventure (ou) Science-Fiction...
Ce qui peut dans le fond être assez drôle !

Personne ne semble pouvoir trancher. Et certainement pas moi.

Image

(Désolée pour la pastille jaune. J'aime particulièrement celui-ci. Je suis tombée au niveau du pictogramme. Trop écrire peut vous donner des envies de simplicité.)

vendredi, 02 juillet 2010

Forum pour blogueurs et autres écrivains du net...

Lancer des initiatives, cela me connaît. Quinze à la douzaine, s'il le faut. Cependant, la plupart ne vont pas au-delà de l'annonce puisque dès que j'ai une idée, personne ne semble en avoir réellement besoin. Soit parce que les gens ont leur propre idée, forcément meilleure, soit parce que les idées des autres ne les intéresseront jamais. Bref, les projets inutiles viennent s'entasser joyeusement au fond de mes tiroirs au milieu de tout un fatras de projets avortés - que ce soient les miens ou ceux dans lesquels je me suis imprudemment embarquée.

Ce qui manque sur certains hébergeurs de blogs (suivez mon regard...), c'est la possibilité pour les blogueurs de créer une véritable communauté - avec des outils communautaires. Mais est-ce souhaitable ? Au delà du temps et de l'énergie que peut prendre la gestion quotidienne d'un forum, surtout s'il est destiné à rassembler une vaste communauté, il faut aussi prendre en compte le fait que cela donnerait une tribune aux "petits", ceux qui pédalent dans l'ombre et qui ne sont pas assez beaux ni assez grands ni assez forts pour qu'on les pavane dans les premières pages. Et là... il y a danger.

Quand j'ai décidé de créer un nouveau forum, c'était pour donner aux lecteurs de Paradis XXIV un support d'expression digne de ce nom. Mais je me suis dit que ce serait idiot de créer un forum pour chaque projet d'écriture et ce blog est donc devenu plus généraliste, en englobant le thème de l'écriture sur le Web.

Mais bien entendu, je ne me base sur les attentes de personne sinon les miennes. Je n'ai pas l'âme d'une commerciale, d'une gestionnaire ou d'une chargée de communication. Encore un forum qui vivotera péniblement avec un ou deux messages par mois, mais comme il est beau, je pourrai toujours venir le regarder, juste pour le plaisir de yeux.

LA FEUILLETONISTE

Je l'ai aussi lié à ce blog, sans raison particulière, sinon peut-être d'inciter mes rares connaissances de la blogosphère à venir le découvrir. Si quelqu'un veut profiter de l'invitation, il est bien sûr le bienvenu, mais je peux rester sereine : ce forum ne fera pas de moi une webmestre débordée.

 

 

mercredi, 30 juin 2010

Petite recette pour blogueur peu inspiré

Ces derniers temps, je n'ai pas vraiment été au rendez-vous sur mon blog. Ce n'est pas qu'il n'y avait rien à dire : il y a eu la saison chorale, tragi-comique en un sens, mais qui se termine sur quelques bonnes nouvelles, le mois de juin en général, dont nous avons loupé quelques jalons important à cause d'une panne de voiture, mon activité professionnelle qui s'est vengée de mon peu d'attrait pour elle ces temps-ci en me tirant du lit à des heures malhonnêtes...

Promis, j'arrête, je sais que les phrases trop longues sont mon défaut d'écriture majeur, du moins aux yeux de gens qui ne partagent pas ma fibre dix-neuvièmiste.

J'aurais pu cependant entretenir ce blog à peu de frais, en me rabattant sur une recette qui semble très bien marcher pour les autres - même si cela demande :

- une capacité certaine pour la recherche sur Internet ;

- un ouvrage du style "La littérature pour les nuls" ou "Les plus grandes citations de la littérature ......." (remplacez les points par un pays/courant littéraire/etc.) ;

- une certaine fibre artistique - de préférence dans la catégorie "poster pour la porte de la chambre à coucher".

Le tout servant à composer des articles consistant invariablement en : une citation (plus) une photo/un dessin/une peinture très vaguement en rapport - et si ça ne l'est pas, laissons les lecteurs trouver eux-mêmes ce rapport, il faut bien qu'ils travaillent eux-aussi.

Je sais... J'avais promis de ne pas me conduire en peste, mais cela fait bien longtemps que ces phrases me titillent et cherchent à s'échapper. De toutes les façons, ce n'est pas un article de mon blog ultra-confidentiel qui va provoquer une révolution parmi les "citationistes" de la blogosphère.