mardi, 19 février 2008

Chantage et magie noire

786154071fb38f736b5d158bb233ff97.jpgIl y a une époque de ma vie où je tenais un calendrier de lecture - ce qui veut dire que je me contentais de noter l'auteur, le titre, la date de début de lecture et la date de fin. J'ajoutais aussi une liste de lecture prévisionnelles. Au bout de deux bonnes années, j'ai lâché le fil.  Il faut aussi dire qu'à cette époque, je devais dévorer entre six et dix livres par mois, sans compter ceux que lisais pour mes études : 60 pages d'un livre en français et 60 pages d'un livre en anglais par jour. Je vais arrêter ici pour ne pas passer pour une sorte de maniaque (mais c'est sans doute déjà trop tard). Le blog me permet de renouer avec cette vieille habitude !

L'oeuvre que je viens de terminer est parue aux Editions 10-18, collection "grands détectives". Avec un temps de retard (comme d'habitude en France), 10-18 a permis à la vogue anglo-saxonne du polar historique, et particulièrement du polar médiéval, de déferler sur la France - et d'y faire des émules. L'ouvrage 10-18 possède une grande qualité : il est consensuel. Même les milieux les plus cultivés (ou qui veulent le paraître) le tolèrent comme lecture de détente qu'on peut exhiber sans déshonneur... Mais je m'égare.

L'ouvrage dont nous traitons se passe au XVe siècle et a pour protagoniste Kathryn Swinbrooke, apothicaire de la ville de Cantorbéry et jeune femme à l'esprit sagace. Ceux que cette série intéresse pourront trouver plus d'informations sur la wikipedia.

On peut dire d'emblée que ce n'est pas le plus grand des C.L. Grace (alias Paul Doherty). Le thème de la magie noire (la victime était sorcier et maître chanteur) est quelque peu sous-exploité, l'intrigue qui tourne autour du "meurtre en chambre close" est un grand poncif "dohertien". On y retrouve le schéma classique des deux intrigues indépendantes, des meurtres sanglants décrits avec luxe de détails. Le fil se révèle astucieux mais sans plus, avec un dénouement sans audace ni vraie surprise.

Le talent principal de Doherty réside dans sa description d'un Moyen Age bruyant, charnel, lumineux, crasseux, cruel, admirable, brutal... Ses personnages sont réalistes, vivants, parfois haut en couleur. Il ne néglige ni l'angoisse, ni l'humour, ni l'hémoglobine. Kathryn est un personnage féminin sensible et réaliste, au point qu'on a du mal à réaliser que c'est un homme qui lui a donné vie. Et son histoire d'amour avec son soupirant irlandais (je suis sûre que pas mal de filles rêvent d'avoir le même à la maison) flatte subtilement notre fibre romantique...

Pour le reste, je me suis amusée à rechercher quelle était la plante représentée sur la couverture, sous le nom (voir au dos) de Herba Poleximas, tirée du Liber Herbarius una cum rationibus conficiendi medicamenta d'Orgione Rizzardo. C'est bien dommage, car il semblerait, d'après le texte latin sous l'image, qu'elle soit souveraine contre les maux de tête... D'ailleurs, c'est la même image recadrée qui sert de couverture au Lacrima Christi, autre enquête de Kathryn Swinbrooke. Rien ne se perd.

 GRACE C.L.,  Le Livre des ombres. Paris,10-18, 2000.