dimanche, 21 mars 2010
Emancipation - deuxième partie
Une voix profonde, passablement amusée. Bon sang, ce type sait être silencieux ! Pour quelqu'un d'aussi grand, il est sacrément discret. Je ne pensais pas que quelqu'un d'autre que moi avait des soirées assez vides pour lambiner au QG. Mais dans le fond, c'est logique. Il n'a sans doute personne qui l'attend au dehors. Pas plus que moi.
Je m'approche avec hésitation. Techniquement, son grade est inférieur au mien, mais je connais assez les hiérarchies implicites pour savoir qu'elles ne sont pas basées sur les hiérarchies théorique. Donc, profil bas...
"Et toi, Rag ? Tu restes tout le temps aussi tard ? "
Le diminutif sonne bizarrement dans ma bouche. J'ai cru comprendre que c'était un peu une tradition ici : pas de "capitaine", de "lieutenant" ou de "sergent"... Mais Lock, Cid, Rag... D'un autre côté, pouvoir prévenir quelqu'un sans faire tout un discours, ça peut sauver une vie.
Il se contente de sourire :
"La bibliothèque de l'ISO est plus fournie que le réseau multidoc, même avec abonnement spécifique. C'est l'occasion de lire au calme."
Ce n'est que maintenant que je sens les effluves qui se dégagent du mug de tesseko qu'il tient entre ses mains. Comme la majorité de la population, je suis plutôt accro au café. Le tesseko, c'est relativement récent sur Terre : la fève a été découverte sur Gaïa il y a moins d'un siècle. C'est un peu trop fade à mon goût et les alcaloïdes qu'il contient sont vite évacués par mon organisme. Mais on dit que les gencon ont des sens plus développés et un métabolisme plus sensible, alors je peux comprendre ses préférences.
"Lire quoi ?"
A son coup d'œil ironique, je déduis que je n'ai pas su cacher mon étonnement.A suivre...
Réseau multidoc :
Bibliothèque publique en ligne ; l'essentiel est gratuit. On peut accéder à des documents plus spécialisés moyennant un abonnement modique.
Tesseko :
Baie originaire de la planète Gaïa, contenant un stimulant léger. Une fois torréfiée, elle peut être employée comme le café, mais son goût et plus doux et parfumé.Gencon :
(familier) Être dont le génome a été recréé à partir de gènes humains.
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samedi, 20 mars 2010
Emancipation - première partie
Cette nouvelle a été publiée en entier sur le site dédié à Paradis XXIV. Aucune connaissance préalable de l'univers n'est requise. Cependant, un petit glossaire sera ajouté à chaque partie pour éclairer les expressions "nébuleuses".
Je n'ai pas vu le temps passer. J'avais juste vaguement conscience du jour qui baissait au dehors, de la lumière du bureau qui s'ajustait pour compenser la perte de luminosité... A quoi avais-je la tête ?
Syndrome du premier jour. La crainte de partir avant les autres et de se faire traiter de tire-au-flanc. Et soudain, derrière les grandes verrières, le jour n’est plus qu’une vague lueur dans un ciel délavé et le sol est déjà envahi par les ombres. Il ne reste des autres bâtiments de la zone administrative que de vagues ombres géométriques, piquées de lumières dépareillées.
Ma position n'est pas des plus faciles. Second lieutenant ("bébé lieutenant", comme dirait notre comptech), coincé entre des supérieurs exigeants et des sous-officiers qui en savent plus long que moi sur le métier... et sur (presque) tous les sujets de la vie. Alors ce soir, je me sens saisi par ce sentiment de transition et d’incertitude. Quelle est la vieille expression, déjà ? "Entre chien et loup"… Je me demande ce que je fais ici, maintenant, dans cet uniforme noir flambant neuf, dont la matière raide ne fait aucun d’effort pour s'adapter à mon corps. Il doit y avoir erreur sur la personne.
Je me trouve à une bonne demie-heure de mes nouveaux quartiers et j'ai la flemme de rentrer. D'un autre côté, je ne suis pas censé passer la nuit au QG des Soffies. Je dois rentrer chez moi. Sauf que ce n'est pas vraiment chez moi. D'ailleurs... je n'ai jamais vraiment eu de chez moi. Je me penche pour éteindre ma station : je n'apprendrai rien de plus ce soir. Mes yeux me refusent tout service au delà du minimum syndical. Il est temps que je bouge.
"Je me demandais quand tu te déciderais..."
A suivre...
Comptech :
(familier) Technicien de haut niveau dans le domaine informatique, souvent équipé d'une interface cybernétique humain/machine (ICHM).Soffies :
(familier) Surnom des Forces Spéciales de l'ISO (ou ISOSF). L'ISO ou Interworld Security Office est une agence gouvernementale indépendante, de structure paramilitaire, chargée de lutter contre la corruption au sein de l'Interwold Central Government et des consortiums associées à des projets gouvernementaux.
11:08 Publié dans Journal picaresque d'une écri-"vaine" | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, littérature, science-fiction, nouvelle, paradis xxiv
vendredi, 19 mars 2010
Blocage et déblocage
Tout commence par un blocage. Le blocage est fondamentalement différent du syndrome de la page blanche : là, c'est le syndrome de la page à moitié blanche. Grosse nuance !
Ce chapitre s'annonçait mal, de toute façon : l'action n'y avance quasiment pas et il cumule les facteurs de pesanteur. Une partie implique la difficulté des relations familiales, particulièrement entre parent et enfants, et les conséquences que peuvent entraîner des choix de vie... Je doit cultiver un recul nécessaire, il ne s'agit que d'artifices de fiction.
Tout le long passage impliquant Lock coule assez facilement. C'est avec Cid et le "marine général Thor-Jan Carsen que plus rien n'avance. Et le responsable est justement... Le dit "marine general". Mal cerné, sans motivation, il n'est qu'un sale type rigide et intolérant et je peine à le voir ainsi.
Au fil des extrapolations, je le dote d'une histoire pas si simple, qui le lie à d'autres personnages qui eux aussi manquaient d'une profondeur nécessaire. Face à ses propres contradictions, détenteur de lourds secrets, Jan-Thor prend chair à son tour. Une intrigue un peu étrange se trame en arrière-plan. Ainsi naissent les Seraphim (pluriel de Seraph) et leurs rapports complexes d'amour et de haine. Feront-ils un jour l'objet de leur propre saga ?
Rassérénée par cette bouffée d'inspiration, je trouve le courage de couper mon chapitre à un endroit judicieux pour l'intrigue autant que pour son calibrage et d'entamer l'écriture de deux nouvelles (l'une est terminée et en ligne sur mon site - je pense la publier ici également, en la tronçonnant un peu...) Je réalise que dans le fond, le fait d'avoir traîné sur ce passage m'a permis de créer cette intrigue secondaire. J'ai aussi développé les interactions entre Rag et Cid - quelque chose que je ne pensais pas faire - et donné plus de relief à mon Archange.
D'ailleurs, par curiosité, je me suis documentée un peu sur l'archange Raguel (modèle de notre super-flic), ce que je n'avais pas encore fait. Tout ce que je savais, c'était que cet archange "portait sa vengeance sur le monde des luminaires", c'est à dire sur le monde des apparences trompeuses. D'où le fait d'avoir donné ce nom à un modèle d'Archange "policier". Mais quand je le découvre également "archange de la justice, de l'équité et de l'harmonie", quand j'apprends qu''il est censé s'assurer que les autres anges travaillent avec les mortels d'une façon harmonieuse et ordonnée "selon l'ordre divin", je me dis que mon inspiration m'a bien guidée !
Ma pause involontaire m'aura aussi permis un peu "d'art de fan" ou plutôt d'"art d'auteur" : j'aurai tenté de donner un visage à Becka, la mécano du Moonshine Runner.

23:32 Publié dans Journal picaresque d'une écri-"vaine" | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ecriture, littérature, écriture, websérie, science-fiction, dessin
vendredi, 12 mars 2010
Les mots qui tissent la toile
Dans mes ballades noctunes sur la toile, j'ai rencontré cette note sur le blog l'Exil des Mots :
J'ai trouvé des mots nécessaires, qui me rassurent un peu. Bien souvent, en relisant des conversations tenues sur des forums, des articles de blogs, voire des conversations sur messagerie instantanée, je me laisse gagner par le plaisir de la (re)lecture de ces publications, de ces échanges... Le Web est un endroit étrange où se mêlent de façon presque indissociable des pratiques littéraires, épistolaires voire proches de l'oral. Malgré la multiplication des webcams et autres supports d'échange multimédias, la transmission écrite demeure, sur le web, le mode de d'échange de prédilection.
Donc, oui, des mots nécessaires... et je comprends le sentiment de révolte qui peut accompagner les jugements dénigrant l'édition numérique sur le seul critère de son support. Cependant, je ressens une autre sorte de gêne car ces mots nécessaires sont-ils suivis des attitudes nécessaires ?
Je vois encore, à quelques exceptions notables, d'un côté des cénacles d'écrivains, qui goûtent (avec raison et pertinence) les mets rares de la "grande" littérature et y lient leur pratique. De l'autre, des essaims de marginaux : les amateurs d'écriture ludique, pratiquant les jeux d'interprétation textuelle avec un brillo parfois époustouflant, les écrivains de "fanfictions", de "webséries" ou de "webromans", nouveaux feuilletonistes qui maîtrisent souvent fort bien leur sujet, les blogueurs du banal et du quotidien alimentant leur journal ou leur chronique avec talent et conviction... Les "forumistes" de toutes sortes, qui exposent, argumentent dans le style dialectique le plus pur. Dans toutes ces communautés, il existe du bon, du moins bon, de l'excellent, du remarquable.
Il est bel et bon de rappeler la diversité des pratiques, mais pourquoi demeurent-elles si étrangères les unes aux autres ? Où commencent, où se terminent la littérature, la sous-littérature, la littérature alternative ? Qui est le véritable bâtisseur de ces invisibles murailles ? Le communautariste créatif, les préjugés de part et d'autre, la prévalence de l'image sur la réalité, de la forme sur le fond ?
Comme je l'ai abordé dans ma précédente note, mon retrait personnel est causé par une certaine timidité, un auto-dénigrement lié (comme c'est souvent le cas) à une fierté excessive. Du style "je sais que ne fais rien de transcendant, donc je préfère me le répéter plutôt que me l'entendre dire". Je vis dans la crainte que quelqu'un remonte mes commentaires et plisse du nez devant mon site, mais pour rien au monde, je ne consentirais à déposer mes remarques sans une fiche d'identité complète.
La simplicité est-elle de ce monde ?
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jeudi, 11 mars 2010
Timidités
Ces temps derniers, je n’ai pu m’empêcher d’aller faire de brèves visites sur des forums et blogs d’écrivains. Et d’observer avec un mélange de fascination/exaspération/stupéfaction un univers qui jamais n’a été, jamais ne sera le mien.
Il y a ceux qui ne se prennent pas au sérieux, qui jouent et vibrent avec les mots. Ce sont ceux par la fenêtre desquels je jette parfois un œil, avec la timidité du voyeur, ceux vers qui je pourrais idéalement me porter car j’éprouve pour eux une sympathie presque fraternelle, ou plutôt, celle de l’obscure cousine de province fière de voir sa parentèle se distinguer. Cependant, les mondes et images où ils évoluent ne sont pas les miens ; j’y serai à jamais étrangère, en raison de ma soif inextinguible d’« ailleurs ». Si je cherchais des coupables, à qui faire porter le fardeau de mon altérité, ils se nommeraient sans doute William Morris, Jules Verne, Henry Rider Haggard, Edgard Rice Burrough, Lord Dunsany… et leurs cohortes de fils et filles spirituelles qui ont fait de moi à jamais une dévoyée.
Et il y a les autres, qui ne peuvent écrire une seule phrase dont le sens est transparent, évident, qui s’expriment par métaphores compliquées et figures de style plus qu’obscures, dans un langage qui pourrait être philosophique s’il contenait une logique et une clarté que j’ai peine à y trouver, sous les yeux béats de lecteurs « ravis ». Je nage ici en pleine étrangéité, moi qui aime à défendre des idées, à conter des histoires… J’ai le sentiment de me trouver devant les cabinets de curiosité de méandres de l’esprit humain. Je pense aux monstres, que j’ai fréquentés avec tant d’assiduité, en tant que « choses remarquables » qui défient les règles supposées intangibles de la nature et de la création (divine et littéraire). Un écrivain qui produit des textes-monstres est-il lui aussi digne de figurer parmi les monstra des anciens ?
En dépôt de mon amour des monstres quand ils arpentent les contrées imaginaires de l’esprit, mon retrait prend ici l’apparence de la fuite, non de la timidité.
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lundi, 08 février 2010
Savoir ou ne pas savoir…
Savoir ou ne pas savoir… Telle est la question.
Il y a des gens qui lisent. Il doit bien y en avoir quelques-uns… mais le majestueux silence qui entoure mon lectorat (sans doute composé en grande partie de « bots » de sept lieues sautillant de lien en lien) est, tout bien réfléchi, impressionnant.
Quand je regarde des blogs d'écriture, je suis sidérée par le nombre des « habitués ». Je ne dis pas que cette fréquentation est injustifiée, je suis parfois clairement admirative (même si parfois, aussi, je le suis nettement moins). Je me demande quelles circonstances poussent à la rencontre, à l’échange.
Aurais-je plus d’écho si j’écrivais « sérieux » ? Si je parlais de maux de sociétés, d’amour terne, de solitude, d’intolérance ? Si je faisais du « drame psychologique » - quintessence de l’excellence dans notre société, que ce soit en matière de cinéma comme en toute autre chose ? Serais-je déjà assez talentueuse ou assez imbue de moi même pour le faire croire, pour attirer l’intérêt de quelques-uns et de quelques autres ? Ou serais-je frappée par la même malédiction qui me retient toujours à la périphérie de toute société ? Tout cénacle où je tente de pénétrer me salue chaleureusement puis m’oublie dans un coin.
Ai-je besoin d’avoir une « claque » ? Certes non. Mais un avis extérieur, oui. D’un autre côté, je creuse ma propre tombe. A écrire léger, je ne dois rencontrer que des lecteurs-bulles de savon et étoiles filantes. A vouloir conter une histoire, plus que me servir de cette histoire pour l’art ou l’idéologie, je ne capture que des esprits enfantins, avides de choses simples. Pas le genre à se regarder le nombril en flattant le nombril des autres. D’un autre côté, je n’ai jamais voulu être écrivain, ni même écri-« vaine » : je voulais devenir archéologue, je suis tombée un peu à côté de la plaque mais pas si loin quand même. Tout cela pour dire que ce n’est pas vital, que ça ne m’empêche pas de dormir.
A mieux y réfléchir, mon besoin d’échange ne vient ni d’un désir de gloire ni d’une envie de reconnaissance, mais tout simplement du regret de n’avoir personne – ou presque – avec qui parler de ce qui actuellement me passionne, car je n’ai pas besoin d’un aréopage suivant béatement l’apparition de chacun de mes mots. Prêts à me juger et à peut-être, tuer dans l’œuf l’inspiration incandescente.
Pour revenir au rayon du « pourquoi », il se pourrait aussi que le silence soit simplement un désaveu. Mieux ne rien dire que de blesser ou peiner. Ou de critiquer en un âge qui n’admet pas la critique. Mais quand je constate le succès de certaines créations que j'oserais juger inférieures aux miennes, je m'interroge. Peut-être répondent-elles simplement plus à l’attente, au désir d’un public.
En fait, c’est le propre du silence d’être silencieux. Il y a donc peu de chances pour que je sache...
Savoir ou ne pas savoir… Telle est la question.
23:08 Publié dans Plume et fil | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, littérature
dimanche, 07 février 2010
Habitudes d'écriture : métamorphoses...
Si je devais remonter aux origines de ma pratique de l'écriture, cela remonterait à mes cinq ans et trois mois - un texte bref que j'avais rédigé à la requête d'une gentille stagiaire pour occuper l'encombrante fillette que j'étais pendant que les autres faisaient des lignes de "aaaa" et de "bbbb". Ce devait être "Le rossignol chante dans la clairière". Je me rappelle encore l'embarras de la pauvre femme quand j'ai quasiment piqué une crise de nerfs parce que je ne savais pas écrire "clairière" et que cette incertitude a été cause d'une rature. C'est sans doute pour cela que je préfère, encore aujourd'hui, la mine de graphite au stylo bille.
Faisons un saut dans le temps, vers la fin des années 8Os et plongeons dans les abîmes de la bureautique : je me sens enfin libérée de la lourdeur de la main, des incertitudes et des hésitations qui couvraient ma page de ratures (je ne les aime toujours pas).
Entre les deux, nombre de tentatives littéraires : des stylos plumes, des stylos feutres, une vieille Underwood puis une machine à écrire électrique. Des poèmes, de la fantasy, des récits d'aventures exotiques... Des dizaines de pages noircies, passées aux pertes et profits.
Donc, nous en étions au traitement de texte : le miracle grâce auquel, j'en était sûre, mon potentiel d'écrivain se révèlerait enfin. Je vous avouerais qu'à ma grande honte, ce miracle n'a pas eu lieu. il y a bien eu quelques nouvelles achevées, dont une publiée dans un recueil par souscription, quelques articles amateurs et professionnels... Des fiches de personnages pour des jeux de rôle grandeur nature... mais rien de plus concret.
En fait, ma plus grosse production dans le domaine de l'écriture a été réalisée depuis 2004, dans le cadre de jeux de rôle par mail et forum. Des kilo-octets et des méga-octets de texte envoyés par ci et par là. De la prose perdue, faute souvent d'avoir été sauvegardée. Mais j'en ai gardé une aisance de l'improvisation littéraire : avec sept jeux simultanés au plus fort de cette activité, je devais être capable de rapidement aligner du texte sans pour autant bâcler ! De plus, j'en ai gardé l'habitude de jeter des petits éléments par ci par là, façon "meneur de jeu", des fils qui traînent, que je choisis de ramasser ou pas. Peu ou pas de planification, quelques scènes-clefs autour desquelles tout peut fluctuer en fonction des actions des personnages. Il est clair que même en tant que "simple écri-vaine", j'ai gardé en grande partie cette façon de travailler.
Étrangement, depuis que je me suis lancée dans l'aventure de ma Websérie, je reviens aux fondamentaux : le bloc à petits carreaux et le stylo-mine - ce brave crayon qui ne se taille pas et possède à son extrémité une gomme salvatrice. Toujours dans un coin de mon sac, le bloc voit la lumière dans les lieux où je suis soumise à une attente excessive : grandes surfaces, quais de RER, siège de voiture... Même quand mon inspiration est en berne, ma page semble moins blanche que si j'attaquais directement celle de mon traitement de texte. Ce n'est qu'un premier jet, que je retape dès que j'en ai l'occasion, parfois même sans vraiment regarder le texte d'origine. Il faut dire que le style de mon écriture est assez "marathonien" : avancer, tout droit, aussi vite que possible pour suivre le fil du récit que je visualise dans ma tête. Je ne suis pas une orfèvre du mot. Très loin de là. J'ai tenté, ça ne me réussit pas : n'est pas Flaubert qui veut (d'ailleurs Flaubert me fait dormir, et donc...). Quelques relectures, quelques corrections ponctuelles...
Comme chaque étape de mon existence pseudo-littéraire, j'espère que Paradis XXIV m'aura apporté, avant de retomber dans les limbes, quelque chose de nouveau question réflexion et méthode - le style de chose auquel, jusqu'à présent, je n'avais pas consacré plus de 3 mn de réflexion. Je parle de la méthode d'écriture, pas de la méthode de composition d'une histoire, d'une intrigue... Je reviendrai peut-être sur ce point précis un jour ou l'autre.
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lundi, 21 décembre 2009
Le fouet de l'inspiration...
L'inspiration tient. Ce qui n'a rien de bien étonnant vu que ma dernière lubie ne remonte qu'à 10 jours... Il faut tout au moins donner à ma "danseuse" du moment le crédit suivant : m'avoir ramené sur le web, sur mon blog, même si mon jeu gît encore abandonné. Aujourd'hui, j'ai publié ma première "réaction" sur la fanfiction d'un autre auteur. Ce qui est également un fait remarquable, vu ma timidité (ne ricanez pas, c'est la vérité).
J'ai déjà deux lecteurs réguliers. Trois, si je compte mon n'hom qui fait aussi office de bêta-testeur. Pas la foule, mais un début.
Le sentiment de l'auteur qui écrit dans le vide n'est pas tellement différent de celui du webmestre qui crée des sites qui n'intéressent personne ou du VIB Alternatif (le "very insignificant blogueur", si certains se souviennent de cette mini-crise qui fit de moi pendant un court lapse de temps quelqu'un de modérement intéressant, et qui ne déboucha sur... rien vu que sur Haut et Fort, les petits blogueurs n'ont toujours pas d'espace où s'exprimer...).
Il y a une bonne dose de masochisme dans la démarche. Le "créateur" sait très bien qu'il n'aura aucune audience, mais se livre cependant à l'exercice pour mieux pouvoir se plaindre ensuite de sa solitude. En révélant ce secret bien gardé, je prête le flanc à mes critiques de l'épisode "VIB alternatifs", mais je pense qu'il y a cependant un élément qui entre en ligne de compte : même si je n'ai pas le profil du "poète maudit", ignoré et incompris malgré son génie, je reste persuadée que ce que je produis n'est pas sans valeur et que j'ai juste besoin de toucher le bon public. Donc, pas de dévalorisation, pas d'autoflagélation. Ce qui est sans doute grave, vu que si l'autodévalorisation est mal vue, elle est aussi une réaction jugée "normale" et attendue de chacun. Si un homme politique, un artiste, un sportif sa déclare satisfait de lui-même, sans l'appui d'éclatantes victoires, il devient victime expiatoire de la vindicte populaire en moins de temps qu'il faut pour le dire. Sans doute est-ce la même chose pour l'auteur sans succès.
Mais je prends le risque. Je suis satisfaite de moi, malgré mes 2,5 lecteurs et zéro réaction sur mon site. Et je remercie mon papa (qui s'en moque, mais avec bienveillance), ma maman (pour qui je ne devrait pas lancer dans quoi que ce soit à moins de tutoyer l'excellence...), ma grande soeur (qui au mieux ricanera), mes amis (qui me disent : "Je note l'adresse et j'irai voir à l'occasion... qui y croit ?), mes enfants (qui râlent dès que je suis sur l'ordi parce qu'ils le veulent pour jouer), mon n'hom (le seul qui m'appuie un peu dans cette histoire, mais comme c'est mon n'hom, il n'a pas trop de mérite...)... Et surtout, le logiciel de CMS GuppY, sans qui je ne serai rien.
Mon meilleur allié est un poisson virtuel. Tout à fait moi...
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samedi, 19 décembre 2009
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Il y a de cela près de 18 mois, je défendais mon droit à écrire comme j'en avais envie, sans avoir à subir de préjugés liés au fait que j'aimais manipuler la langue.
Ces réflexions deviennent à nouveau d'actualité depuis que je me consacre à une activité... disons... d'écriture (je n'ose dire "littéraire", je pense que certains "littérateurs" m'arracheraient virtuellement la tête). Le fait est que je me suis toujours consacrée à des formes de "sous-littérature" - ce qui implique peut-être qu'il y a une "sur-littérature". et qu'il faut étudier où se trouve précisément la barre entre "sous'" et "sur"... Une sorte de "ligne d'horizon" ou de "ligne de flottaison", peut-être. Il y a des ingénieurs spécialisés sur la question ?
Donc, quelques articles professionnels ne peuvent plus me sauver, vu que j'ai choisi de déroger en me commettant dans des jeux d'écriture, des ateliers d'écriture, des fictions de fan et pire encore, une fiction "sérielle"... Dans le domaine de la science-fiction, de la fantasy, du fantastique, qui plus est ! Et le pire de tout, sur un blog généraliste qui... comble du mauvais goût... ne se prend pas au sérieux !
Il faut avouer que ma vision de l'écriture est terriblement surranée : j'aime échanger des idées et raconter des histoires. J'apprécie ce que j'appellerais (ne m"agressez pas, j'en suis navrée d'avance...) une littérature de partage. Si j'insiste parfois sur l'aspect personnel, carthartique, thérapeuthique de l'écriture, je dois avouer qu'il ne peut s'agir pour moi d'un exercice d'examen de nombril. Un écrivain sans lecteur n'en est pas un... il se livre à un soliloque, et quelque part, je dois avouer avoir cette méfiance instinctive envers les gens qui parlent tout seul.
Quand il m'arrive de parler toute seule, c'est parce que mes idées sont si intenses qu'elles sortent seules de ma tête. Mais le plus souvent, c'est parce que j'espère que des oreilles autour de moi recueilleront mes récriminations ! C'est dur d'être seul avec soit-même quand on brûle de s'exprimer. D'où, peut-être, la prétention de l'écriture en soliloque. Ne pas avouer la solitude, que je connais trop, de l'auteur que personne ne lit...
16:25 Publié dans Plume et fil | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture
Le dernier archange (première partie)
Un vétéran vivant en solitaire sur la planète marécageuse Everglades fait une rencontre particulière…
Je n'ai pu résister à mettre cette histoire en ligne. Il s'agit techniquement d'une "fanfic", mais le "fandom" dans lequel cette histoire se situe est si peu connu que je préfère le passer sous silence. Vous êtes cependant libre de faire des suppositions. Cependant, je sacrifie à la tradition : le narrateur et Everglades m'appartiennent, mais j'emprunte illégalement le reste...
C'est cette histoire qui m'a donné l'idée de Paradis XXIV. Un jour, il faudra que je fasse la liste des mes inspirations ! Donc, voici la toute première partie : j'espère avoir le temps et l'énergie d'écrire la suite !
Première partie
Everglades est la dernière planète sur laquelle un homme censé établirait sa résidence secondaire. Encore moins sa résidence principale. Mais je ne suis pas un homme censé. Juste un vétéran des guerres coloniales qui commence à sentir les années qui s’entassent… Drôle d’image, je sais, mais c’est ce que fait le temps : il entasse la poussière sur le monde, les fardeaux sur nos épaules et les épaves dans les cimetières.
Pour revenir à Everglades, cette planète possède un seul avantage: sa surface est presque totalement recouverte de liquide… d’eau ou de boue plus ou moins épaisse. Peu de ressources exploitables, pas d’agrément particulier, à moins d’aimer chasser les créatures antipathiques qui y rampent. Et toute comme moi, ceux qui s’y embourbent durablement ont choisi d’y mourir lentement, loin de la fraternité humaine qui ne leur manque pas. Je ne suis pas du genre à regretter ceux qui ne remarquait ma présence que pour m’appeler « grand-père » d'un ton condescendant. Je ne le tolérerais pas même de mes propres petits-enfants, si j’en avais… Donc, Everglades est un paradis pour les exo-moutisques et les asociaux dans mon genre.
Au fil des années, je me suis bâti une véritable propriété sur pilotis. Habitation principale, dépendances, salle de stockage et même, sur un rare morceau de terre ferme, une ferraille où viennent s'entasser les carcasses que je désosse. Le tout relié par des pontons sur lesquels il fait bon s’asseoir quand la nuit tombante amène un peu de fraîcheur, au son des clapotements, des sifflement, des stridulations et autres cris d’animaux. Quand la navette de ravitaillement vient de passer, je peux même m'offrir le luxe d'une bière. Et me rappeler la planète de mon enfance, celle qui n'existe plus que dans mes souvenirs... Du moins telle que je la connaissais. La nostalgie, c'est parfois un mode de vie en soi.
Donc, je viens d'assister à l'un de ces couchers de soleils somptueux qui seuls, pendant une petite heure, donnent un peu de beauté à Everglades, comme le regard d'un amoureux sait embellir une femme sans attraits. Le ciel en feu transforme l'eau stagnante en un miroir incandescent. Les couleurs s'entrechoquent dans des nuances infinies de jaune, de rouge, d'orange et de rose, en plus de quelques teintes dont je ne saurais dire le nom. Dans ces moment-là, je me sens presque devenir poète. Puis le monde autour de moi s'assombrit, sous un ciel d'argent qui reflète sa dernière clarté dans l'étendue liquide. Un vent léger chasse les insectes et rafraîchit ma peau. La dernière gorgée de bière laisse une trace de parfum et d'amertume.
C'est alors que le bruit s'élève... Un vrombissement, plus fort que celui d'un insecte... Mécanique, j'ai gardé l'oreille, je ne me tromperais pas là dessus. Je le vois apparaître, une flèche brillante dans mon champ de vision, trop rapide pour mes yeux fatigués : un chasseur. Ils ont changé depuis mon époque. Plus profilés, affûtés comme des dards, transperçant le ciel sans une once de pitié. Quand mon regard le retrouve enfin, c'est pour réaliser qu'il se rapproche dangereusement du sol, en une courbe difficilement contrôlé. Je plisse les yeux, cherchant à déterminer si le pilote a le goût des atterrissages acrobatiques ou s'il va simplement s'écraser. Je sens mon cœur battre, comme autrefois, quand l'approche erratique d'un appareil trahissait les dommages subis au combat. Mon corps se tend, près à bondir vers le chasseur et tirer le pilote de son cockpit. Près à lui passer la gueulante de sa vie, pour le travail qu'il va me donner, mais aussi parce que c'est le plus sûr moyen de ne pas le laisser sombrer dans une panique rétrospective, de permettre à l'adrénaline de finir sa course... Les vieilles habitudes sont difficile à perdre.
Le pilote a réussi à maîtriser suffisamment sa courbe et le chasseur a perdu de sa vélocité quand il touche le marécage. à deux cents mètres de moi. Il trace un large sillon dans la boue, projetée de part et d’autre en murailles brunâtres qui retombent en se pulvérisant. Le hurlement des moteurs meurt en un crachotement sans dignité. Même dans la pénombre, je vois que la gadoue couvre presque tout l’appareil, laissant à découvert de larges portions de carlingue blanche et brillante. Du travail en perspective pour les équipes au sol. Parfois, on devrait laisser les pilotes se salir les mains, pour calmer leur arrogance...
L'atterrissage n'était pas trop mauvais : il devrait s'en sortir indemne et il n'en tirera aucune leçon. Avec un soupir, je me lève pour gagner mon aéroglisseur : encore un casse-cou inconscient à qui il faut sauver la mise. Ce n'est pas comme si je ne l'avais jamais fait...
11:54 Publié dans Plume et fil | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : fiction, écriture, littérature






