lundi, 28 septembre 2009
Divagations
De mon enfance, je garde une impression étrange : celle d’être celle que l’on ne regardait pas, qu’on ne prenait pas en compte - ou seulement quand elle commettait des erreurs ou devenait une gêne pour les autres. Même encore aujourd’hui, la personne qui devrait m'être la plus proche ne verra en me regardant que d'hypothétiques kilos en trop, mais jamais de fatigue , de trouble ou d'inquiétude.
J’ai été élevée avec des « coups de pieds » virtuels dans le derrière, ou plutôt « dressée », protégée physiquement mais pas moralement. Les fées qui s'étaient penchées sur mon berceau avait activé un peu trop certaines parties de mon cerveau (pas assez cependant pour susciter l'extase...) mais m'avaient spoliée de bien d'autres choses. Ne serait-ce que de la beauté, de la grâce, de capacité de lire à livre ouvert le fonctionnement parental - des dons offerts à une autre. Des dons si visibles, si ostensibles, si plaisants chez un enfant... Miroir parfait d'un accomplissemnt familial. Et comme si l'étrange cruauté de ces fées ne suffisaient pas, ma parentèle humaine eut tôt fait de m'attribuer une certaine force intrinsèque puisque que cette autre ne la possédait pas – et le montrait ostensiblement. Bien souvent, la faiblesse supposée ou réelle est un puissant catalyseur d'amour parental. Quand elle se trouvait en souffrance, l’être à mon tour semblait une offense, une usurpation et l’on me le faisait bien comprendre. Comme par ce regard excédé qui a bien failli me faire fuguer un soir de novembre.
J’étais l’enfant dissipée, indisciplinée et cela surpassait de loin mes éventuels talents. Je n’étais pas l’enfant précoce dont on était fier (« on » craignait que je prenne la grosse tête…), j’étais la plaie de la famille. Je cachais parfois ma timidité maladive sous des charges dignes de la brigade légère, un comportement extraverti et envahissant qui me faisait haïr… le plus souvent surtout de mes proches, plus soucieux de leur image que de la raison qui me poussait à trop en faire. Le plus injuste, c’est que ce type de comportement aurait été toléré et admis chez d’autres… Une journée de sagesse pour moi demandait un effort de volonté qui me conduisait au bord de l’épuisement quand pour tant d’autres, c’était naturel. Chacune des mes petites entorses aux règles non écrites de l’échange social fut montée en épingle et établi au rang d’attitude habituelle, quand bien même ce n'était qu’occasionnel…
Paradoxalement, quand on parle de mes centres d’intérêt… Quand ils ne sont soit trop anticonformistes pour attirer l’approbation, ils sont considérés comme une perte de temps parce que je n’y atteins pas l’« excellence ». Je dois être Mozart sinon rien. J’ai toujours aimé créer des histoires et écrire. Passe-temps qui a suscité des moqueries qui m’ont lacérées jusqu’à l’os et ont laissé de profondes cicatrices. A présent, c’est juste du mépris – je ne suis pas autorisée à ressentir du plaisir à pratiquer des activités dans lesquelles je n’excelle pas… Quel qu’en soit l’intérêt que j’en tire à titre personnel. Encore et toujours, je devrais « représenter ». Mais ma réussite professionnelle n'est pas concrétisée par des "signes extérieurs" suffisamment explicites pour qu'on puisse la vivre "par procuration".
Je sais à présent d’où vient mon manque total d’intuition et de compréhension dans le domaine du comportement social et j'ai compris que je n’en portais pas l’entière responsabilité. Mais cela n’aide pas. Pas toujours… Surtout face à quelqu’un qui semble incapable d’aimer autant deux personnes à la fois, chez qui l’amour repose dans une balance qui doit forcément penser d’un côté ou de l’autre. Plus d’un côté que de l’autre, la plupart du temps... et ce n'est pas le mien.
Je fus surcouvée mais pas comprise. Jamais comprise.. Le temps noircit sans doute les choses… Mais une estime de soi réduite en charpie ne guérit jamais vraiment. Surtout quand la famille, tout en luttant contre les attaques du monde entier contre vous, se met paradoxalement en subtile vibration avec les agresseurs pour contribuer à la mise à mort. Et ceux (celles… ?) qui me sont liés par le même sang ne sont toujours pas enclins à l'écoute. Par indifférence, par crainte ou surtout parce qu’écouter mon point de vue serait peut-être les premiers pas d’une remise en cause qui ne saurait exister. Même quand je n’accuse personne et que je cherche juste à expliquer.
Famille, je t’aime d’amour mais pas d’amitié. Un ami, c’est celui qui te comprends et avec qui tu peux parler en toute confiance. mais l’amour est irrationnel... et heureusement, car si j’étais rationnelle, froidement rationnelle, j’aurais peut-être trop de ressentiment pour pouvoir aimer.
17:49 Publié dans Interlude | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : famille





