mercredi, 24 septembre 2008

Quand l'école jette un enfant à la benne à ordures...

J'ai un enfant différent.

Mais pas assez différent pour être "différent" (tout le monde sait ce que, de nos jours, peut recouvrir ce doux euphémisme), juste assez différent pour être évacué comme un paquet de chiffon par un instituteur qui ne veut pas s'occuper de lui.

L'école n'a qu'un discours face à ce style d'enfant : "Balancez-le chez un psy et rendez-le nous quand il ne posera plus de problèmes". Sans vouloir entendre qu'un enfant précoce, dyslexique, qui souffre sans doute en plus d'un syndrome de "peur dapprendre", ne se balance pas chez n'importe quel psy habitués aux pipis au lit, jalousies dans la fratrie ou les terreurs nocturnes. Un mauvais psy peut provoquer des dommages permanents chez des enfants de ce genre. Après trois tentatives désastreuses (dont deux nous ont délesté d'une somme conséquente...), nous avons un peu défriché et nous avons peut être trouvé la bonne personne, et ce, sans le moindre aide des structures scolaires qui ne semblent pas se souvenir de l'existence du Programme personnalisé de réussite éducative (PPRE).

Il faut dire que l'échec scolaire n'est censé exister que dans les zones défavorisées. Dans les communes "riches", les parents sont censés l'être aussi et peuvent forcément se débrouiller tout seul, au doux son du perpétuel chantage : "Pour votre enfant, vous pouvez bien faire cet effort !"

Durant deux ans, mon fils a eu des maîtresses courageuses et motivées qui prenaient du temps pour lui. Les progrès étaient lents, mais ils existaient.  Mais cette année, mon fils se retrouve dans la classe d'un monsieur dont nous avions une opinion très positive... Jusqu'à  ce qu'après seulement huit jours d'école, il nous décrète "ne rien pouvoir notre fils". Depuis, il esquive toutes nos tentatives de dialogue, nous refuse tout rendez-vous et nous assène sur le cahier de texte une diatribe au crayon rouge (comme si nous étions des enfants, tant l'habitude de dominer et mépriser semble profondément encrée...) : il nous récapitule d'un ton supérieur et agressif tous les déficits et lacunes de notre fils, afin de se dédouaner du fait qu'il ne peut rien faire, ne veut rien faire et ne fera rien pour lui : "Dans une classe de 30 élèves, d'autres enfants nécessitent une attention particulère..." Mais, bien sûr, pas lui.

Et pour finir, une phrase d'autant plus extrême qu'elle concerne un enfant de neuf ans : "je vous invite  à méditer de façon urgente sur les perspectives d'avenir de votre fils..." Et ce de la part d'un enseignant à qui nous n'avons jamais eu l'occasion de réellement parler, envers qui nous n'avons eu aucune critique, avec qui nous avons toujours été aimables... au bout de seulement trois semaines de classe. Cette attitude reflète trait pour trait celle qui est décrite sur le site PedagoPsy :

Ces élèves en difficulté poussent l'enseignant au découragement, ils provoquent un sentiment d'impuissance, de culpabilité et parfois de haine.

Se peut-il que moins d'un mois ait suffi pour atteindre le niveau ultime de la haine ? Je tremble à l'idée que mon fils, si émotif, si perceptif, soit imprégné de cette vision de son enseignant sur lui, qui ne peut que le précipiter plus profondément dans le marasme.

Comment aimer l'école, comment lui faire confiance, quand elle vous a déjà broyé et qu'elle s'apprête à balancer aux pertes admises ce que vous avez de plus cher ? Comment supporter que votre enfant rejoigne l'énorme charnier emplis des cadavres de ceux que l'école a condamnés à la mort du talent, de l'intelligence, de la confiance en soi, de l'esprit... ceux dont on ne parle jamais car il n'ont aucun syndicat capable d'un pouvoir de nuisance ? Sans jamais se demander si elle, ultime et intouchable autorité, magnifique tour d'ivoire, n'avait pas à demander pardon... ?

Je suis la mère d'un enfant que l'école jette à la benne à ordures...

 

samedi, 28 juin 2008

Les Geeks et les "autres"

J'avais écrit une partie du texte suivant pour réagir à un article sur les "geeks" sur le blog Mes Doudoux et compagnie, à la suite de commentaires qui m'avaient atterrée tant ils étaient typiques des préjugés et de l'incompréhension profonde de 95% de la population face aux individus classés dans cette catégorie vaste et floue.  Je vous renvoie à la définition du Geek sur la Wikipedia. Connaissant intimement un certain nombre de geeks et en étant moi aussi un peu une, d'une certaine manière, j'ai voulu livrer ce que je considérais comme la vérité profonde que je percevais "de l'intérieur". J'ai sans doute jeté un froid...

Pour reprendre ce commentaire, un geek est souvent un surdoué. Son cerveau perçoit les problèmes de façon globale au lieu de les analyser, péniblement, brique par brique comme celui des gens normaux. Pour lui, tout doit être logique : hors, les relations sociales ne fonctionnent pas de façon logique... Elles sont bourrées de prérequis, de règles implicites et de codes qui sont pour lui totalement opaques... voire parfaitement absurdes. Les luttes de pouvoir, d'influence, le besoin de briller, les réflexes de troupeau sont pour lui contre-productifs et donc autant de manifestations éclatantes d'ineptie.

Le geek a un esprit ludique : pour lui, tout est défi, mais posé à lui-même, à ses capacités. La compétition doit se faire dans le but de surmonter ses propres limites plutôt qu'écraser l'autre. D'où son attrait pour les nouvelles technologies, qui sont une source constante de défi et pour le jeu de rôle, un des seuls jeux sans compétition.

Le geek a appris à penser de façon imaginative : ce qui le rend efficace dans son activité de prédilection et qui lui donne la capacité de facilement se transposer dans un univers imaginaire. L'individu standard craint, s'il rompt avec la réalité, de ne pouvoir la retrouver. Le Geek n'a pas cette peur, car il fait l'aller-retour sans la moindre crainte ni la moindre difficulté.

Le Geek n'est ni plus laid, ni moins laid que la plupart des gens. Mais comme il n'est pas "dans le coup", ni bardé de marques, qu'il ne remplace pas ses lunettes par des lentilles de contact et qu'il attend qu'on le juge sur ce qu'il est et non sur l'image qu'il donne, il ne sera jamais "cool"...

Comme l'écrit Scott Adams : "notre planète est peuplée de près de 6 milliards de cornichons qui vivent dans une civilisation conçue par quelques milliers de déviants fabuleusement intelligents." Nul doute que ces déviants appartiennent à l'espèce des geeks...

 Sans nul doute, l'attitude du Geek met en exergue toute l'absurdité profonde des règles de notre société. Qui aime qu'on lui dise, ou même qu'on lui fasse comprendre que sa façon de se conduire est idiote, que tous les principes qu'il suit n'ont aucun sens, que les fondements de son attitude sociale sont vides ? Pas grand monde... Sans doute est-ce la raison pour laquelle on persécute autant les geeks (même par des persécution physiques, d'ailleurs...)

 Plus grave : selon certaines constatations actuelles, il semblerait que chez certaines personnes présentant des troubles liés au syndrome d'Asperger, forme "atténuée" d'autisme, (assez fréquent chez les Geek, fait-il préciser ?), il s'agisse de traits non pas innés mais acquis... A force de contraintes imposées par une société qui nivelle les individus, ces individus finissent par adopter une attitude de défense et d'isolement. Sans aller jusqu'à cet extrême, des comportements de repli et d'auto-mutilation mentale sont fréquents sur les enfants dits précoces et autres surdoués.

Cela devrait faire réfléchir ces messieurs et mesdames "Toul'monde" qui se gaussent des geeks et autres individus bizarres, en les considérant comme des animaux de foire. Votre intolérance et votre absence de compréhension peut mutiler leur esprit et les précipiter dans des comportements de repli qui les mettra à vie en marge de la société. Hors, paradoxalement, les seuls individus qui sont peut être réellement sociables, car cherchant la compagnie des autres pour autre chose que pour le pouvoir, le paraître et l'intérêt, sont peut-être ces fameux "inadaptés"...