lundi, 21 décembre 2009
Le fouet de l'inspiration...
L'inspiration tient. Ce qui n'a rien de bien étonnant vu que ma dernière lubie ne remonte qu'à 10 jours... Il faut tout au moins donner à ma "danseuse" du moment le crédit suivant : m'avoir ramené sur le web, sur mon blog, même si mon jeu gît encore abandonné. Aujourd'hui, j'ai publié ma première "réaction" sur la fanfiction d'un autre auteur. Ce qui est également un fait remarquable, vu ma timidité (ne ricanez pas, c'est la vérité).
J'ai déjà deux lecteurs réguliers. Trois, si je compte mon n'hom qui fait aussi office de bêta-testeur. Pas la foule, mais un début.
Le sentiment de l'auteur qui écrit dans le vide n'est pas tellement différent de celui du webmestre qui crée des sites qui n'intéressent personne ou du VIB Alternatif (le "very insignificant blogueur", si certains se souviennent de cette mini-crise qui fit de moi pendant un court lapse de temps quelqu'un de modérement intéressant, et qui ne déboucha sur... rien vu que sur Haut et Fort, les petits blogueurs n'ont toujours pas d'espace où s'exprimer...).
Il y a une bonne dose de masochisme dans la démarche. Le "créateur" sait très bien qu'il n'aura aucune audience, mais se livre cependant à l'exercice pour mieux pouvoir se plaindre ensuite de sa solitude. En révélant ce secret bien gardé, je prête le flanc à mes critiques de l'épisode "VIB alternatifs", mais je pense qu'il y a cependant un élément qui entre en ligne de compte : même si je n'ai pas le profil du "poète maudit", ignoré et incompris malgré son génie, je reste persuadée que ce que je produis n'est pas sans valeur et que j'ai juste besoin de toucher le bon public. Donc, pas de dévalorisation, pas d'autoflagélation. Ce qui est sans doute grave, vu que si l'autodévalorisation est mal vue, elle est aussi une réaction jugée "normale" et attendue de chacun. Si un homme politique, un artiste, un sportif sa déclare satisfait de lui-même, sans l'appui d'éclatantes victoires, il devient victime expiatoire de la vindicte populaire en moins de temps qu'il faut pour le dire. Sans doute est-ce la même chose pour l'auteur sans succès.
Mais je prends le risque. Je suis satisfaite de moi, malgré mes 2,5 lecteurs et zéro réaction sur mon site. Et je remercie mon papa (qui s'en moque, mais avec bienveillance), ma maman (pour qui je ne devrait pas lancer dans quoi que ce soit à moins de tutoyer l'excellence...), ma grande soeur (qui au mieux ricanera), mes amis (qui me disent : "Je note l'adresse et j'irai voir à l'occasion... qui y croit ?), mes enfants (qui râlent dès que je suis sur l'ordi parce qu'ils le veulent pour jouer), mon n'hom (le seul qui m'appuie un peu dans cette histoire, mais comme c'est mon n'hom, il n'a pas trop de mérite...)... Et surtout, le logiciel de CMS GuppY, sans qui je ne serai rien.
Mon meilleur allié est un poisson virtuel. Tout à fait moi...
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samedi, 19 décembre 2009
Partager le fil
Il y a de cela près de 18 mois, je défendais mon droit à écrire comme j'en avais envie, sans avoir à subir de préjugés liés au fait que j'aimais manipuler la langue.
Ces réflexions deviennent à nouveau d'actualité depuis que je me consacre à une activité... disons... d'écriture (je n'ose dire "littéraire", je pense que certains "littérateurs" m'arracheraient virtuellement la tête). Le fait est que je me suis toujours consacrée à des formes de "sous-littérature" - ce qui implique peut-être qu'il y a une "sur-littérature". et qu'il faut étudier où se trouve précisément la barre entre "sous'" et "sur"... Une sorte de "ligne d'horizon" ou de "ligne de flottaison", peut-être. Il y a des ingénieurs spécialisés sur la question ?
Donc, quelques articles professionnels ne peuvent plus me sauver, vu que j'ai choisi de déroger en me commettant dans des jeux d'écriture, des ateliers d'écriture, des fictions de fan et pire encore, une fiction "sérielle"... Dans le domaine de la science-fiction, de la fantasy, du fantastique, qui plus est ! Et le pire de tout, sur un blog généraliste qui... comble du mauvais goût... ne se prend pas au sérieux !
Il faut avouer que ma vision de l'écriture est terriblement surranée : j'aime échanger des idées et raconter des histoires. J'apprécie ce que j'appellerais (ne m"agressez pas, j'en suis navrée d'avance...) une littérature de partage. Si j'insiste parfois sur l'aspect personnel, carthartique, thérapeuthique de l'écriture, je dois avouer qu'il ne peut s'agir pour moi d'un exercice d'examen de nombril. Un écrivain sans lecteur n'en est pas un... il se livre à un soliloque, et quelque part, je dois avouer avoir cette méfiance instinctive envers les gens qui parlent tout seul.
Quand il m'arrive de parler toute seule, c'est parce que mes idées sont si intenses qu'elles sortent seules de ma tête. Mais le plus souvent, c'est parce que j'espère que des oreilles autour de moi recueilleront mes récriminations ! C'est dur d'être seul avec soit-même quand on brûle de s'exprimer. D'où, peut-être, la prétention de l'écriture en soliloque. Ne pas avouer la solitude, que je connais trop, de l'auteur que personne ne lit...
16:25 Publié dans Plume et fil | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture
Le dernier archange (première partie)
Un vétéran vivant en solitaire sur la planète marécageuse Everglades fait une rencontre particulière…
Je n'ai pu résister à mettre cette histoire en ligne. Il s'agit techniquement d'une "fanfic", mais le "fandom" dans lequel cette histoire se situe est si peu connu que je préfère le passer sous silence. Vous êtes cependant libre de faire des suppositions. Cependant, je sacrifie à la tradition : le narrateur et Everglades m'appartiennent, mais j'emprunte illégalement le reste...
C'est cette histoire qui m'a donné l'idée de Paradis XXIV. Un jour, il faudra que je fasse la liste des mes inspirations ! Donc, voici la toute première partie : j'espère avoir le temps et l'énergie d'écrire la suite !
Première partie
Everglades est la dernière planète sur laquelle un homme censé établirait sa résidence secondaire. Encore moins sa résidence principale. Mais je ne suis pas un homme censé. Juste un vétéran des guerres coloniales qui commence à sentir les années qui s’entassent… Drôle d’image, je sais, mais c’est ce que fait le temps : il entasse la poussière sur le monde, les fardeaux sur nos épaules et les épaves dans les cimetières.
Pour revenir à Everglades, cette planète possède un seul avantage: sa surface est presque totalement recouverte de liquide… d’eau ou de boue plus ou moins épaisse. Peu de ressources exploitables, pas d’agrément particulier, à moins d’aimer chasser les créatures antipathiques qui y rampent. Et toute comme moi, ceux qui s’y embourbent durablement ont choisi d’y mourir lentement, loin de la fraternité humaine qui ne leur manque pas. Je ne suis pas du genre à regretter ceux qui ne remarquait ma présence que pour m’appeler « grand-père » d'un ton condescendant. Je ne le tolérerais pas même de mes propres petits-enfants, si j’en avais… Donc, Everglades est un paradis pour les exo-moutisques et les asociaux dans mon genre.
Au fil des années, je me suis bâti une véritable propriété sur pilotis. Habitation principale, dépendances, salle de stockage et même, sur un rare morceau de terre ferme, une ferraille où viennent s'entasser les carcasses que je désosse. Le tout relié par des pontons sur lesquels il fait bon s’asseoir quand la nuit tombante amène un peu de fraîcheur, au son des clapotements, des sifflement, des stridulations et autres cris d’animaux. Quand la navette de ravitaillement vient de passer, je peux même m'offrir le luxe d'une bière. Et me rappeler la planète de mon enfance, celle qui n'existe plus que dans mes souvenirs... Du moins telle que je la connaissais. La nostalgie, c'est parfois un mode de vie en soi.
Donc, je viens d'assister à l'un de ces couchers de soleils somptueux qui seuls, pendant une petite heure, donnent un peu de beauté à Everglades, comme le regard d'un amoureux sait embellir une femme sans attraits. Le ciel en feu transforme l'eau stagnante en un miroir incandescent. Les couleurs s'entrechoquent dans des nuances infinies de jaune, de rouge, d'orange et de rose, en plus de quelques teintes dont je ne saurais dire le nom. Dans ces moment-là, je me sens presque devenir poète. Puis le monde autour de moi s'assombrit, sous un ciel d'argent qui reflète sa dernière clarté dans l'étendue liquide. Un vent léger chasse les insectes et rafraîchit ma peau. La dernière gorgée de bière laisse une trace de parfum et d'amertume.
C'est alors que le bruit s'élève... Un vrombissement, plus fort que celui d'un insecte... Mécanique, j'ai gardé l'oreille, je ne me tromperais pas là dessus. Je le vois apparaître, une flèche brillante dans mon champ de vision, trop rapide pour mes yeux fatigués : un chasseur. Ils ont changé depuis mon époque. Plus profilés, affûtés comme des dards, transperçant le ciel sans une once de pitié. Quand mon regard le retrouve enfin, c'est pour réaliser qu'il se rapproche dangereusement du sol, en une courbe difficilement contrôlé. Je plisse les yeux, cherchant à déterminer si le pilote a le goût des atterrissages acrobatiques ou s'il va simplement s'écraser. Je sens mon cœur battre, comme autrefois, quand l'approche erratique d'un appareil trahissait les dommages subis au combat. Mon corps se tend, près à bondir vers le chasseur et tirer le pilote de son cockpit. Près à lui passer la gueulante de sa vie, pour le travail qu'il va me donner, mais aussi parce que c'est le plus sûr moyen de ne pas le laisser sombrer dans une panique rétrospective, de permettre à l'adrénaline de finir sa course... Les vieilles habitudes sont difficile à perdre.
Le pilote a réussi à maîtriser suffisamment sa courbe et le chasseur a perdu de sa vélocité quand il touche le marécage. à deux cents mètres de moi. Il trace un large sillon dans la boue, projetée de part et d’autre en murailles brunâtres qui retombent en se pulvérisant. Le hurlement des moteurs meurt en un crachotement sans dignité. Même dans la pénombre, je vois que la gadoue couvre presque tout l’appareil, laissant à découvert de larges portions de carlingue blanche et brillante. Du travail en perspective pour les équipes au sol. Parfois, on devrait laisser les pilotes se salir les mains, pour calmer leur arrogance...
L'atterrissage n'était pas trop mauvais : il devrait s'en sortir indemne et il n'en tirera aucune leçon. Avec un soupir, je me lève pour gagner mon aéroglisseur : encore un casse-cou inconscient à qui il faut sauver la mise. Ce n'est pas comme si je ne l'avais jamais fait...
11:54 Publié dans Plume et fil | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : fiction, écriture, littérature
Veine d'écriture
Contre toute attente, l'inspiration "tient". En fait, je commence à comprendre comment, au XIXe siècle, la littérature s'est épanouie sous les doigts des "feuilletonistes". Développer une histoire par étapes, sous l'attention directe d'un public (même si pour le moment, il demeure modeste et le restera sans doute) a quelque chose d'incontestablement motivant. En fait, je reviens aux sources du concept de "feuilleton", celui qui paraissait entre les feuilles du journal avant de devenir un concept télévisuel. Pour les plus jeunes, c'est ainsi qu'on appelait jadis les "séries" où chaque épisode était censé servir de suite au précédent... A présent que les concepts ne sont plus si clairs, le terme de "série" a tendance à tout couvrir.
Pour revenir aux feuilletonistes, je m'interroge à présent sur leurs procédés d'écritures. Commençaient-ils à publier quand tout était déjà écrit ? Ou écrivaient-ils au jour le jour dans le cadre d'une trame plus ou moins précise ? Etaient-ils sensibles à l'avis de leurs lecteurs, qui prennaient sans doute la plume pour réagir ? Et ne parlons pas des extrêmes, de Dumas et de ses légendaires ""nègres" qui bien souvent assuraient à sa place la régularité de la parution (je vous conseille ce petit texte de conférence sur ce point), et à qui il délégait l'écriture des parties les moins passionnantes de ses oeuvres. Ce qui parait scandaleux dans notre conception de l'écriture comme un acte intime et personnel, alors qu'il a toujours semblé naturel de voir les grands maîtres de l'art pictural abandonner à leurs apprentis les parties les moins affriolantes de leurs plus grandes oeuvres. Il faut bien dire que de nous jours, le recours à des "nègres" ne supplée pas au génie d'un Dumas, mais masque l'incompétence de soit-disant auteurs...
Je suis également confrontée à un soucis : le nombre de personnages qui évoluent dans Paradis XXIV. L'équipe des Forces spéciales de l'ISO comporte sept personnes, l'équipage du Moonshine Runner quatre, puis cinq, sans compter tous les autres personnages qui gravitent dans le coin... Je me demande si les lecteurs vont s'y reconnaître dans cette foule ! Surtout dans le cadre d'un récit par écrit. C'est un peu pour cela que les avis sont capitaux. Il y a une sorte de forum sur mon site et j'espère qu'un jour il abritera de véritables discussions que les commentaires ne permettent pas.
Pour le moment, mon n'hom me sert de bêta testeur : son expérience militaire et scientifique me permet de ne pas totalement me ridiculiser. Du moins j'espère... Je sais que le talent littéraire fait passer bien des choses, mais le mien n'étant pas garanti, la sécurité de la crédibilité n'est pas du luxe...
11:48 Publié dans Plume et fil | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ecriture, littérature, loisirs, science-fiction
lundi, 14 décembre 2009
Délit de lecture...
Mission éreintante au travail, lassitude générale, fatigue et grippe (oui, celle qui est à la mode actuellement...) Autant de "bonnes raisons" d'avoir déserté le web. Il me faut cependant révéler mon terrible secret : pendant l'été, un peu par hasard, j'ai découvert la Fanfiction. Si vous ne savez pas de quoi il s'agit, ou que vous peinez à le deviner, il s'agit simplement d'oeuvre de fictions écrites par des fans... dans l'univers de leur ouvrage / film / série télévisée préféré(es). Si vous voulez plus de détails, il y a toujours l'article de la Wikipedia. Bien entendu, l'article en Anglais est plus complet, mais il paraît que lire dans le texte de livres de Fantasy jamais traduits en Français n'est pas une nécessité vitale et que par conséquent, une portion non négligeable de la population n'a pas ressenti la nécessité de lire avec fluidité la langue d'Albion...
Évidemment, pour revenir à la production susdite, on y trouve de tout : du pire (voire de l'innommable), du meilleur (voire de l'excellent), en passant pour toutes les étapes intermédiaires, avec un petit détour par le bizarre. Pas mal de nostalgie - à une ou deux exceptions près, je me suis surtout plongée dans les prolongements para-littéraires de séries des années 80, voire 70 et 60... Grâce à des auteurs imaginatifs et observateurs, un programme télévisé jugé comme le niveau zéro de la réflexion non seulement par la gent téléramesque, mais par une partie conséquente de la population tentant de dissimuler qu'elle l'a suivie avec assiduité, peut être à l'origine d'un véritable bijou...
Cette occupation, hélas passive, a pris l'ampleur d'une drogue qui m'a tenue non seulement éveillée trop tard le soir mais éloignée de mes habituelles passions (sauf du chant... cela va de soi !) D'un autre côté, j'ai mieux entretenu ma compréhension de l'anglais écrit que dans les dix dernières années. Je n'ai pas trouvé (à vrai dire... même pas cherché) les équivalents français.
L'étape suivante, en écrire moi-même, pourrait sembler une évidence... Mais ce n'est pas le cas. Déjà, il y a la barrière de la langue. La traduction française des séries américaines nuit considérablement à l'ambiance, voir à la teneur des programmes. Et lire en anglais et écrire en anglais sont deux réalités très différentes, que je ne pratique pas avec la même fluidité. A moins de trouver des enregistrements des quelques programmes français qui mériteraient une approche fanfictionnelle (par exemple, les Brigades du Tigre ou la presque oubliée Brigade des Maléfices...) : une mission (presque) impossible...
J'ai donc choisi une autre voie : celle de la Websérie. La création "littéraire" d'une série virtuelle, pratique bizarre dont vous trouverez la définition sur le Wikipedia. L'avantage : créer de la fanfic dans son propre univers. Ce qui est absurde et paradoxal. Bref, c'est tout moi...
Si vous voulez en savoir plus sur ma websérie, vous la trouverez ici : Paradis XXIV. Je ferai sans doute un article spécifique pour en parler. en attendant, vous pouvez vous inscrire, commenter, etc. Bref, faire ce que mes rares visiteurs ne font pas. Vous mériterez mon éternelle reconnaissance...
20:24 Publié dans Plume et fil | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ecriture, fanfiction, littérature, lecture
samedi, 29 août 2009
La peur de l'imaginaire
Oups, on ne peut pas vraiment dire que j'ai été très fidèle à mes résolutions pendant ces vacances. Après l'EFFRAYANT mois de mai et le TERRIBLE mois de juin (il faudra que je revienne sur la fois où j'ai "sauvé un concert"), l'arrivée de juillet, mois d'été officiel, m'a poussée à passer en mode "économie d'énergie". J'ai bien essayé d'écrire, de tricoter et de coudre, sans grand résultat. Pire encore, je n'ai quasiment pas travaillé mon chant... Ajoutons à cela des pannes d'informatique en cascade...
Aussi vais-je agir à l'économie : je me contente de finaliser un petit article congelé dans mes réserves depuis des mois. Il porte sur un sujet qui me tiens à coeur : la peur de l’imaginaire. En tant que lectrice de très longue date d’ouvrages de science-fiction, de fantastique et de fantasy, avec une bonne connaissance de ce dernier genre, j’ai bien entendu été confrontée à tous les jugements à l’emporte-pièce qui traînent chez les gens « trop-sérieux-pour-lire-de-telles-bêtises ». Mon analyse risque d'en faire bondir quelques-uns (chouette !)... Je ne suis pas diplômée en psychologie, mais j'ose penser que près de 20 ans passés à côtoyer les amateurs et les détracteurs peuvent tout de même me donner quelques pistes sur ce sujet.
Mise en cause répétitive
Les reproches sont toujours les mêmes : d’ordre qualitatif (c’est de la littérature de mauvaise qualité, c’est toujours la même chose…) mais aussi d’ordre, pourrait-on dire, « social» : c’est infantile (puisque ça décrit des choses impossibles) ; ce sont des bêtises (puisque ça décrit des choses impossibles) ; c’est dangereux (puisque ce n’est pas la réalité)… Et cætera…
Tout amateur du genre possède assez d’atouts dans ses manches pour contrer aisément le premier type de reproches, issus d’ailleurs bien souvent de personnages qui ne sont pas forcément les plus qualifiés en matière de critique littéraire… Sans même tenir compte leur méconnaissance totale des genres qu’ils méprisent !
Le second type, par contre, me semble assez inquiétant. Non pour les amateurs de littérature de l’imaginaire eux-même, mais plutôt pour ceux qui la rejettent en bloc. En effet, avec le temps, on en vient à comprendre que le reproche des "antis" est motivé soit par une certaine rigidité des structures de pensées, soit par une forme de peur issue du système éducatif ou de la pression de la société, soit par les deux.
Une gymnatique de l'esprit
La littérature de l'imaginaire nous demande d'accepter, le temps de la lecture, un monde dont les règles et les postulats diffèrent des nôtres : existence de la magie, de règles physiques et évolutives différentes, de créatures fantastiques... Contrairement à ce que l'on pense souvent, elle ne demande pas tant d'exercer sa capacité imaginative que sa faculté d'adaptation et d'extrapolation.
Accepter que les données définissant un système ou un environnement puissent s'écarter des normes familières sera plus facile à des esprits plastiques capables de prendre en compte ces variations de données et d'en admettre les conséquences. Certains y arrivent mieux que d'autres.
Certains n'y arrivent pas du tout. Ils ne parviendrons pas à entrer dans des récits reposant sur des systèmes logiques, des règles scientifiques différentes de celles qui leur sont familiers. D'où un rejet instinctifs de récits considérés comme "absurdes" puisqu'ils ne peuvent en intégrer les rouages. Malheureusement, leur voix prédomine souvent, car leur incompréhension rencontre une autre cause de dénigrement largement répandue : la peur.
Le spectre de la crédulité
Dans notre civilisation "éduquée", nous séparons de façon artificielle (par carence de preuves d'existence autant que de non-existence) le "possible" de l'"impossible". Ce qui est décrété "impossible" est rejeté dans le domaine de l'ignorance, de la naïveté et de la crédulité, de l'enfant, individu incomplet et pas encore formé. L'individu crédule est donc jugé défiscient. D'où une méfiance instinctive de bon nombre de personnes par rapport à des récits comportant le moindre élément "irrationnel". Même si l'adhésion demandée au lecteur n'est pas plus profonde que pour type de fiction "réaliste" !
C'est ainsi que si certaines personnes sont capables d'accepter un jeu de règles alternatives, elles craignent aussi - souvent inconsciemment - que l'acceptation même de ces règles ne les fassent passer du côté des "crédules", donc des faibles ou des marginaux. Ces mêmes personnes reporteront ce soupçon sur les amateurs du genre... Forcément des rêveurs irresponsables et... crédules.
Une perception inégale
Il est intéressant de remarquer que les récits les mieux admis parmi les différents genres de la littérature de l'imaginaire appartiennent au fantastique. L'irrationnel fait irruption dans monde semblable au nôtre et se trouve souvent vécu comme une source de malaise voire une menace. Ce qui rend ce genre plus à même d'être accepté autant par la première catégorie de détracteurs que par la seconde. Il est cependant intéressant de noter que ce public est plus à même de développer des comportements de crédulité "réelle" que le public de formes plus avancées de littérature imaginaire, du fait même de la vraisemblance accrue du fantastique.
La littérature de science-fiction a meilleure réputation car elle repose sur un postulat de "vraisemblance scientifique" (toute relative !) qui écarte le soupçon de crédulité. Pourtant, la plupart du temps, la science qui y est décrite tient plus de la "magie scientifique" ou d'extrapolation à la limite de la fantasmagorie que d'une froide perception cartésienne. Au delà du goût personnel de chacun, on peut constater la conséquence, non pas tant qu'une certaine rigidité de l'esprit, car l'acceptation de l'extrapolation scientifique demande souvent autant d'effort que celle de l'extrapolation "pseudo-scientifique", mais plus de la perception que le lecteur a de lui-même et de son image vis à vis de la société.
La fantasy, souvent située dans des mondes dits "secondaires" (distinct du nôtre et n'appartenant à aucun univers "physique" clairement défini), qui obéissent à des lois sans justifications pseudo-scientifiques souffre principalement du rejet du grand public.
Le "danger fictionnel"
On peut noter que le rejet de la littérature de l'imaginaire n'entraîne pas le rejet généra de la fiction. Cependant, si l'on considère qu'un danger de coupure effective de la réalité existe au niveau de la littérature de l'imaginaire, on ne peut que s'inquiéter du danger qui existe en bloc dans la littérature, voire le cinéma de fiction. En effet, la proximité du monde décrit avec le nôtre ne demande aucune adaptation des postulats de base, mais une adhésion entière, comme si l'histoire était de fait "vraie"... !
La limite entre vérité et récit frictionnel est de fait bien plus ténue et fragile dans la littéraire classique de fiction que dans la littérature de l'imaginaire. Pourtant, ce type de récit n'est pas plus vrai qu'un récit faisant intervenir une part de fantastique. J'ai vu des personnes intelligentes et éduquées se laisser prendre au piège de cette limite ténue... Mais jamais parmi les amateurs d'imaginaire !
Le Geek et les Cornichons...
Une petite parenthèse : auprès des gens dit "normaux", la littérature de l'imaginaire fait partie de l'apanage des geeks... Pourquoi est-ce le cas ?
Un geek est souvent un "doué". Son cerveau perçoit les problèmes de façon globale au lieu de les analyser, péniblement, brique par brique comme celui des gens normaux. Le geek a un esprit ludique : pour lui, tout est défi, mais posé à lui même, à ses capacités. La compétition doit se faire dans le but de surmonter ses propres limites plutôt qu'écraser l'autre. Le geek a appris à penser de façon imaginative : ce qui le rend efficace dans son activité de prédilection et qui lui donne la capacité de facilement se transposer dans un univers imaginaire. L'individu standard craint, s'il rompt avec la réalité, de ne pouvoir la retrouver. Le Geek n'a pas cette peur, car il fait l'aller-retour sans la moindre crainte ni la moindre difficulté.
Comme l'écrit Scott Adams : "notre planète est peuplée de près de 6 milliards de cornichons qui vivent dans une civilisation conçue par quelques milliers de déviants fabuleusement intelligents." Si les "déviants" n'avaient pas acquis la capacité d'extrapoler, nous serons toujours assis par terre à tailler des silex...
La force de l'extrapolation
En conclusion, je renverrai nos « antis » aux études des psychologies qui ont déterminé que les enfants capables de jouer de façon imaginative développaient leur capacité de réflexion et d'adaptation et devenaient mieux armés, dans leur vie d’adultes, pour résoudre des problèmes complexes et inattendus. Or, les lecteurs de l’imaginaire sont pour la plupart des individus ayant gardé cette faculté d’adaptation, d’extrapolation et de souplesse de pensée.
Le mépris dont ils sont accablés par les adeptes des schémas établis reflète une autre peur : celle de voir la société autour d’eux muter, changer, évoluer. Or, tant que ces derniers seront considérés comme les uniques représentants de ce qui est « bon pour la société » (des gens « sérieux », les « pieds sur terre »…), nous n’aurons que peu d’espoir de voir s’installer une nouvelle vision capable de faire passer notre monde, une bonne fois pour toute, dans une ère nouvelle.
11:40 Publié dans Entre les pages | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, société, fantastique, science-fiction, fiction
lundi, 28 juillet 2008
De linguae nobilitate… ou : "J’écris comme je veux !"
J’ai vaguement pu comprendre, au fil de commentaires échangés en d’autres lieux, que mes choix de mots rares, précieux, farfelus ou désuets ne faisaient pas l’unanimité. D’aucuns seraient susceptibles de les trouver abscons, prétentieux ou snobs - c’est à dire sine nobilitate, sans noblesse, bref, langage de parvenus… J’aimerais comprendre comment l’on peut être un « parvenu » du langage et à qui la linguae nobilitas, la noblesse de langue peut légitimement appartenir. Le mot rare doit-il rester l’apanage des écrivains prétendus ou reconnus ou des littéraires – quoi que ce mot veuille dire ?
Mes études ont porté sur l’histoire ou plutôt, l’exploitation des sources de l’histoire. Cette discipline, à mon avis, relève de la science (qualifiée d’humaine, de non exacte, mais science tout de même) et non, comme on le considère bien trop souvent et à tort, de la littérature. Ce qui ne veut pas dire que l’histoire ne fasse pas bon ménage avec l’amour du langage : d’ailleurs, elle fait bien meilleur ménage avec la prose littéraire qu’avec la philosophie, car cette dernière tend trop souvent à courber et déformer les faits – comme les courges qu’on fait pousser dans des bouteilles – pour qu’ils se conforment à la théorie de départ. Mais pas plus, dans le fond, que la physique quantique ou la physiologie des oursins, tant il est important de savoir en toute discipline présenter des faits, des théories et des arguments avec clarté et conviction.
Si cela peut amuser, il semblerait que dans le domaine professionnel, la rédaction soit l’un de mes points faibles, tant je souffre sous le joug du sujet imposé. Quand je dois courber l’échine sur un travail qui ne me passionne pas, mon attention cherche à fuir de tous les côtés et, de fait, la présence de fautes et autres coquilles m’échappe trop souvent. Alors que sur ce qui me tiens à cœur ou que je désire faire partager, les mots coulent comme de l’eau et que je regrette que mes doigts soient encore trop gourds sur le clavier (ce qui n’implique hélas pas l’absence des dites fautes et coquilles…)
Donc, après mes sept années d’études qui n’ont pas eu l’heur d’être « littéraires » et mes treize années d’un travail que je ne prétendrais pas « intellectuel », ne me considérant pas comme un écrivain (pas plus que comme une écri-« vaine »), je suppose que je fais partie des « usurpateurs » et autres « parvenus de la langue » à qui serait barrée la fantaisie de langage. Je suis une farfelue qui aime écrire, qui prise les mots bizarres ou anachroniques (n’ai-je pas ému jadis tout un groupe d’atelier d’écriture par l’emploi du mot « sibilant »… ?), je ne possède donc pas assez de quartiers de noblesse pour prétendre au privilège du « langage choisi ». Et donc, paradoxalement, n’ayant pas la prétention d’usurper le titre d’écrivain ou d’intellectuelle ou les moyens de m’acheter l’office qui m’en parerait, je montrerais une prétention des plus graves en employant un langage qui se refuse à la simplification excessive que les tendances actuelles de la communication nous imposent.
En vilaine hérétique, je prétends que la langue appartient à tous, quels que soient le niveau d’étude ou la discipline : aux intellectuels et aux (dits) manuels, aux scientifiques et aux littéraires, aux professeurs de faculté et aux balayeurs, pourvu qu’ils en aient le goût… Et non à une classe sociale, professionnelle ou de littérateurs autoproclamés. L’usage d’un mot peu usité ne doit choquer que s’il détonne du registre général d’un texte, non par sa seule utilisation. Une précision ou une correction sur le juste emploi d’un mot doit se faire avec courtoisie et dans le désir d’instruire, non dans une philosophie de prise de pouvoir sur l’autre ou de règlement de compte. De même, l’emploi d’un mot rare ne doit se faire que par esprit ludique, appétence du beau langage ou par soucis extrême de la nuance et non pour se donner une aura d’intellectualisme triomphant. L’invention d’un mot ou son emploi hors contexte ne doit pas être critiqué si elle est annoncée et assumée comme telle. Le passé simple est un temps délicieux, qui doit survivre au moins par écrit face à la cruelle concurrence du passé composé.
Et vous, chers lecteurs, si vous ne comprenez pas un mot, n’en ayez aucune honte ! Au lieu de laisser votre sentiment d’infériorité se manifester par une réaction âpre ou agressive, ouvrez un dictionnaire ou ayez recours à ceux qui sont accessibles sur le web : placez dans vos favoris le portail Lexilogos, mine inépuisable de savoir linguistique, autant sur notre belle langue que sur les langues et dialectes locaux ou étrangers.
Sinon, pour ceux qui demandent en toute curiosité ce qu’est la « langue xyloglotte » ou « xylolangue » à laquelle je fis tantôt référence, voici le lien du Dictionnaire de langue Xyloglotte.
12:04 Publié dans Plume et fil | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : language, langue, littérature, dictionnaires
jeudi, 19 juin 2008
Le jeu des cinq tags - 19 juin, 12 h 28 !
Voilà, les tags ont assez changé pour que je m'amuse à nouveau à pratiquer le jeu des cinq tags. Je n'ai pas encore initié une mode, mais peut-être, au gré des années, certains blogueurs apprendront à jouer de l'actualité avec humour. Tiens, en passant, j'ai vu sur mes stats que le staff de "Blogspirit" était passé par chez moi. J'aimerais savoir si cela fait partie de procédure de surveillandce "aléatoire" ou si des mouchards les alertent des cas d'impertinence !
Revenons à nos moutons. Aujourd'hui, voici les tags capturés : Politique, Littérature, Europe, Irlande, Sarkozy. Pas très emballant... Mais il faut faire avec.
Quand je dis que je ne m'intéresse pas à la politique, c'est faux. Je trouve que la politique en tant en qu'art et science peut être passionnante : le traité de politique en tant qu'oeuvre de littérature est hélas un genre devenu rare. Au lieu de commentateurs stériles, d'analystes sentencieux, de populistes verbeux et de biographes hargneux, nous aurions besoin de fins littérateurs prêts à écrit de nouveaux "bréviaires du politicien", à la fois cours d'habileté pour leurs contemporains et clefs de compréhension pour les profanes que nous sommes. Mais ça, c'est peut-être dangereux... Par définition, les masses n'ont d'utilité que quand elles restent à leur place... de masse...
Cas typique, en ce moment, autour de l'Europe. Tout d'abord, à la sauce mercantilo-sportive avec le coupe de football, dans la plus grande tradition du principe "Du pain et des jeux" qui rend la foule docile comme de gentils toutous... Je ne peux que regretter que la médiocrité de l'équipe de France ne calme pas les ardeurs des passionnés au point d'ébranler l'hégémonie imposée du "jeu de baballe". Ensuite, l'Europe mise à mal par le référendum en Irlande. Pour ma part, je me garde bien de juger car je ne suis pas dans la tête des Irlandais. Il est souvent un peu facile de hurler à la stupidité du bon peuple quand il prend une direction contraire à l'opinion jugée "correcte" par les élites - ce "bon peuple" irait, sans un poil de réflexion en plus, dans le "bon" sens, on s'extasierait de son réalisme et de son intelligence.
De toute façon, afin d'éviter toute réflexion, le plus simple est de trouver un coupable ultime. Je vais ressortir ma sous-culture générationnelle et télévisuelle : qui se souvient de la chanson de Corbier, gratte-guitare attitré des émissions de Dorothée, qui mettait tous les maux du monde sur le dos du réalisateur de l'émission, le malheureux Pat Le Guen (qui, avouons-le, savait prendre) ? Remplaçons le nom de monsieur Le Guen par celui du président Sarkozy et le tour est joué !
Aux cas où, je signale quand même que ce petit texte est avant tout un exercice de style imposé, qui n'a pas vocation à initier de débat d'opinion ! Sait-on jamais...

14:17 Publié dans Sur le fil | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, tags, politique, littérature, europe, irlande, sarkozy
jeudi, 05 juin 2008
Le jeu des cinq tags !
Sur la page d'accueil de Hautetfort, figurent les tags les plus "chauds" : les plus utilisés du moins... Sont-ils les plus consultés ? J'aimerais bien le savoir.
Étant de tempérament ludique, voilà ce que je propose aux potentiels VIB alternatifs : utiliser périodiquement les cing "tags les plus chauds" dans un article, en rédigeant un texte qui s'y rapporte (même s'il est fumeux, surtout s'il est fumeux).
Voici les cinq "tags les plus chauds" du moment : politique, littérature, blog, photo, blabla de fille
J'ai toujours aimé les débats: tout est sujet pour moi à l'argumentation et à la discussion. Cela devrait me donner du goût pour la politique : c'est tout le contraire. Le débat politique est le plus souvent le plus irrationnel qui soit. Il porte sur des opinions viscérales qu'aucun argument logique ne saurait pouvoir faire fléchir. C'est la raison pour laquelle j'aime à porter mon amour de la "dispute" (au sens antique du terme) vers des sujets moins graves : la littérature, par exemple, quoique je n'aime pas forcément le relent d'intellectualisme prétentieux qui s'y attache, et qui transparaît clairement à travers certains blogs qui tiennent plus de la culture-confiture (celle qu'on étale) que d'une réelle passion.Ainsi, il peut y avoir un gouffre entre celui qui lit pour se sentir sentir savant et celui qui lit pour son plaisir. C'est également vrai dans le domaine de l'image : entre ceux qui publient des photos pour partager un vécu, et ceux qui se prennent pour des "Photographes" avec un grand P, et qui innondent leur blog d'images farfelues ou artificielles.
Mais ce n'est pas parce que je n'aime pas qu'on se prenne trop au sérieux que j'adhère à la futilité affichée des blablas de filles... En particuliers parce qu'elle met à l'honneur la superficialité extrême de l'individu, focalisée sur l'apparence. Même si j'admets qu'écrire des pages entières sur ses cheveux ou son gel douche demande un talent qui rappelle celui de Francis Ponge quand il se focalise sur un huitre ou une orange...
Et voilà, c'est fait ! Vu que les tags ne se renouvellent pas à l'infini, il va falloir jouer serré pour arriver à faire dans la variété...

11:26 Publié dans Sur le fil | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : politique, littérature, blog, photo, blabla de fille, vib alternatifs
mardi, 19 février 2008
Chantage et magie noire
Il y a une époque de ma vie où je tenais un calendrier de lecture - ce qui veut dire que je me contentais de noter l'auteur, le titre, la date de début de lecture et la date de fin. J'ajoutais aussi une liste de lecture prévisionnelles. Au bout de deux bonnes années, j'ai lâché le fil. Il faut aussi dire qu'à cette époque, je devais dévorer entre six et dix livres par mois, sans compter ceux que lisais pour mes études : 60 pages d'un livre en français et 60 pages d'un livre en anglais par jour. Je vais arrêter ici pour ne pas passer pour une sorte de maniaque (mais c'est sans doute déjà trop tard). Le blog me permet de renouer avec cette vieille habitude !
L'oeuvre que je viens de terminer est parue aux Editions 10-18, collection "grands détectives". Avec un temps de retard (comme d'habitude en France), 10-18 a permis à la vogue anglo-saxonne du polar historique, et particulièrement du polar médiéval, de déferler sur la France - et d'y faire des émules. L'ouvrage 10-18 possède une grande qualité : il est consensuel. Même les milieux les plus cultivés (ou qui veulent le paraître) le tolèrent comme lecture de détente qu'on peut exhiber sans déshonneur... Mais je m'égare.
L'ouvrage dont nous traitons se passe au XVe siècle et a pour protagoniste Kathryn Swinbrooke, apothicaire de la ville de Cantorbéry et jeune femme à l'esprit sagace. Ceux que cette série intéresse pourront trouver plus d'informations sur la wikipedia.
On peut dire d'emblée que ce n'est pas le plus grand des C.L. Grace (alias Paul Doherty). Le thème de la magie noire (la victime était sorcier et maître chanteur) est quelque peu sous-exploité, l'intrigue qui tourne autour du "meurtre en chambre close" est un grand poncif "dohertien". On y retrouve le schéma classique des deux intrigues indépendantes, des meurtres sanglants décrits avec luxe de détails. Le fil se révèle astucieux mais sans plus, avec un dénouement sans audace ni vraie surprise.
Le talent principal de Doherty réside dans sa description d'un Moyen Age bruyant, charnel, lumineux, crasseux, cruel, admirable, brutal... Ses personnages sont réalistes, vivants, parfois haut en couleur. Il ne néglige ni l'angoisse, ni l'humour, ni l'hémoglobine. Kathryn est un personnage féminin sensible et réaliste, au point qu'on a du mal à réaliser que c'est un homme qui lui a donné vie. Et son histoire d'amour avec son soupirant irlandais (je suis sûre que pas mal de filles rêvent d'avoir le même à la maison) flatte subtilement notre fibre romantique...
Pour le reste, je me suis amusée à rechercher quelle était la plante représentée sur la couverture, sous le nom (voir au dos) de Herba Poleximas, tirée du Liber Herbarius una cum rationibus conficiendi medicamenta d'Orgione Rizzardo. C'est bien dommage, car il semblerait, d'après le texte latin sous l'image, qu'elle soit souveraine contre les maux de tête... D'ailleurs, c'est la même image recadrée qui sert de couverture au Lacrima Christi, autre enquête de Kathryn Swinbrooke. Rien ne se perd.
GRACE C.L., Le Livre des ombres. Paris,10-18, 2000.
22:00 Publié dans Entre les pages | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, histoire, DOHERTY Paul, GRACE C.L., Kathryn Swinbrooke





