vendredi, 26 septembre 2008

Quelques grammes de brutes dans un monde de finesse…

On a beau fustiger les effets de la mode, il y a des fois où l’on se laisse prendre dans ses rets et dévorer tout crus – même les tripes et les os… Les jeux flash en ligne ont tout pour séduire : rapides, plutôt jolis et ménageant nos neurones soumis le reste du temps à rude épreuve, ils nous amusent durant nos heures creuses. Sous le prétexte de « décompresser », nous cédons à nos pulsions les plus primaires et les plus infantiles en construisant des villes surréalistes, en lançant des pingouins et autres actions virtuelles aussi profondes que poétiques.

 

Après le succès des Miniville, le nouveau délire du moment touche de petits personnages très kawaii, d’inspiration vaguement manga, qui n’ont d’autres buts dans l’existence de se taper dessus. Leur heureux propriétaire n’a rien de plus à faire que de choisir un adversaire et lancer le combat, le reste est géré automatiquement au fils d'attaques choisies aléatoirement parmis un pannel d'actions possibles. C’est donc tout à la fois un jeu de gestion, un jeu de combat et un jeu de hasard.

 

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Vous pouvez choisir – jusqu’à un certain point – le sexe, l’apparence et les couleurs de votre brute. Chaque brute est générée avec des capacités, des talents et des armes, qui s'amélioreront au fil de l’expérience gagnée et des niveaux acquis. Pour créer une brute, vous devez cliquer sur l’adresse d’une brute préexistante, et l’opposer à votre propre homuncule qui deviendra son disciple. Le premier combat fini, n’oubliez pas de retourner dans la cellule de votre brute, de rentrer un mot de passe dédié pour la gestion de sa carrière, de jouer les six combats que vous pouvez lancer à la création et de revenir chaque jour honorer trois combats. Vous gagnerez un point d’expérience pour chaque combat perdu, deux pour chaque combat gagné.

 

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Si vous cherchez un maître pour débuter, voici quelques exemples des petites brutes familiales :

 

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Mirage Pourpre : une charmante combattante assez polyvalente, avec des cheveux violets, ma couleur préférée.

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Lulu Rush :  nommé ainsi en hommage au personage de Cold Case, Lily Rush, avec qui elle a pour seul point commun d'être blonde. C'est une faible combattante qui se fait écraser quatre fois sur cinq.

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Kryter : un petit costaud bourrin, bien protégé par son bouclier.

 

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Kahn Kozak : un petit nouveau qui aime à lancer des bombes.

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Endragonn : méfiez-vous du charman petit brutos de mon fils aîné : il vole les armes de ses ennemis...

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Strock Alex : comme mon plus jeune fils, un petit barbare costaud, qui a la capacité spéciale de saboter les armes de ses ennemis.

 

Pour les ennemis de la violence, vous remarquerez que personne n'est jamais tué. Dans le discours, ce n'est pas plus violent qu'une partie d'échec où, après tout, on dévaste une armée ennemie... Mais, certes, avec plus de réflexion.

jeudi, 31 juillet 2008

Ode funèbre à l'originalité vestimentaire

De la même façon que l'on lit Match et Gala chez le coiffeur ou dans la salle d'attente du docteur - voire pire encore, ces magazines qui prétendent nous imposer un gabarit de la féminité, il m'arrive d'aller sur les blogs "de mode" par inavouable curiosité. J'avoue que j'ai déjà un peu de mal à concevoir comment l'on peut remplir un écran entier sur son dernier petit "top" ou sa robe "minimaliste" très "tendance" (c'est à dire s'inscrivant dans le courant d'une norme affligeante). Mais quand on se voit offrir en prime la photo de l'intéressée revêtue de l'inintéressant, qui lui est parfois aussi seyant qu'un tutu sur une jument... Les qualificatifs me manquent (enfin, pas vraiment, mais je ne veux pas être à 100% détestable non plus).

Si ces jeunes personnes tenaient à attirer un peu de clientèle à un artisan indépendant ou à une petite boutique qui vient de se monter, la démarche serait louable. Mais le top minimaliste est, le plus souvent, acheté dans une ligne de magasins fort prospère et fabriqué par de petits indiens ou chinois courbés sur leur machine. Nous ne sommes pas tous attentifs aux origines de notre vêture, pour raisons de temps ou d'argent, mais de là à s'en vanter...
 
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Le fait est que si ces jeunes personnes osaient mettre elles-même la main à la pâte et confectionner elles-même le top qui n'est en fait que deux trapèzes de tissu cousus ensemble avec un élastique sur le haut, la question serait différente : même si le résultat leur allait comme un sac, ce sera un sac fait main et pour cela, elles mériteraient le respect. Mais rares sont celles qui se lancent dans l'aventure. La couture n'est "tendance" que si elle est exercée à des fins hautement inutiles : faire un coussin, décorer un (vrai) sac...
 
Je me prends parfois à penser que la crise va peut-être inverser le mouvement, mais alors que tout augmente, on arrive toujours à trouver une fringuerie bas de gamme proposant des vêtements à deux sous... Tandis que le tissu à la coupe se montre rare... Et pas forcément bon marché.Vous me direz : nous n'avons plus le temps, plus le savoir... Pourtant, le bricolage, qui n'est pas forcément plus simple en technique, a vent en poupe. Tout savoir peut s'acquérir. Alors, pourquoi ne pas tenter l'aventure, pour enfin pouvoir se vanter à juste titre du "top minimaliste" amoureusement créé de ses dix doigts ?

Témoins de cette paresse grandissante des dits (sic) doigts, les merceries et les magasins de tissu agonisent à tour de bras. Quand je me suis installée dans ma ville il y a dix ans, trois merceries se faisaient concurrence et l'on comptait même un marchand de coupons. Deux des merceries ont aujourd'hui disparu, l'une par fermeture pure et simple, l'autre, également perlerie pour le plus grand plaisir des filles comme des mères, s'est transformée en stupide fringuerie comme tant d'autres. Le marchand de coupons est parti à la retraite et personne n'a pris sa suite. J'avais déjà évoqué la disparition du rayon Mercerie des Galeries La Fayette. Aujourd'hui, c'est le magasin Bouchara Haussmann, qui existait dans le quartier des grands magasins depuis 1936, qui meurt dans les dernières soubresauts des soldes (étonnement, leur site Internet omet de le signaler...) et devinez ce qui va prendre sa place... Un friperie/fringuerie d'une franchise connue (je ne lui ferait pas l'honneur de la citer, histoire qu'elle aille alimenter les tags). Je prévois déjà, ça et là sur les blogs, les piaillements émoustillées d'aucunes de ces demoiselles à l'apparition de cette nouvelle boutique de fringues banales...

Ah, dernière chose : si Bouchara Haussmann ferme, c'est parce que la direction du groupe se recentre sur une autre de ses enseignes : Eurodif. On y trouve (dans le meilleur des cas) linge de maison, un peu de mercerie, mais surtout de la fringue bas de gamme. Ni l'histoire, ni le prestige n'ont le moindre poids face à la logique financière.

jeudi, 19 juin 2008

Virée aux "Galeries"

Le samedi 7 juin, après avoir animé une messe de mariage au Val-de-Grâce avec ma chorale (lieu grandiose et magique s'il en est, qui vous transporte en un autre temps...)  je suis allée, sur les conseils d'une amie, à la mercerie des Galeries Lafayette.

Ce que je cherchais est banal dans le milieu costumier : un emporte-pièce spécial étoffe, destiné à percer le tissu avant la pose d'œillets métalliques. Mon amie costumière m'a donc dirigée vers les merceries du Printemps ou des Galeries, susceptibles, à son avis, de pouvoir offrir ce style de matériel "semi-pro". Mon mari, qui fréquente ces grands magasins de façon plus assidue que moi (notamment dans les périodes d'anniversaire...) m'a indiqué le lieu exact : le quatrième étage.

Plus qu'un haut lieu de la mode, les Galeries sont pour moi un site chargé d'histoire. Ce bâtiment sublime, cette splendide coupole de verre... C'est toujours avec un terrible pincement au cœur que je pénètre dans le grand hall circulaire, aujourd'hui envahi de stupides petits stands de parfumeurs tous aussi ordinaires les uns que les autres. Jadis, à cet endroit, trônait le splendide escalier qui faisait la célébrité du lieu, démonté en 1974 dans un accès de mercantilisme, atteinte irréversible à un patrimoine architectural singulier. Et pourtant, combien de chalands pénétraient dans le bâtiment juste pour voir l'"escalier"... Ce n'était que le début du processus qui tend à priver, progressivement, ce lieu de sa mémoire et de son aura. On y voit encore les balcons qui ressemblent à autant de loges de théâtres, mais au dessus de ce jeu de cubes dédiés au luxe, au design typique du mauvais goût années 80, ils perdent une part de leur grâce première.

 

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Photo : Wikipedia

 Les galeries sont envahies de touristes, de midinettes, de femmes actives branchées, de "barbies girls" en quête de l’accessoire qui tue. Quelques personnes plus "ordinaires" semblent presque perdues dans cette foule qui se prosterne dans le temple des apparences. La variété des marchandises offertes semble reculer devant l'assaut de la fringue, des produits de beauté, de l'accessoire inutile. 

Enfin, j'arrive au quatrième. J'ai un peu de mal à trouver ma terre promise (si vous avez suivi : la mercerie). Je longe des parois de verre de couleur (vert, bleu, rose, rouge...) qui donnent sur la base de la grande coupole. Ces parois étaient-elles jadis en plein air ? Le bâtiment a, sans nul doute, été rehaussé, mais à quelle époque et de combien de niveaux ? Curieuse, je scrute les néons qui derrière les dites parois simulent la lumière du jour pour rendre à la base ouvragée de la coupole sa transparence et sa luminosité premières. Je ne peux cependant m'empêcher de me demander quel pouvait être l'effet de ces jeux de lumières colorées, qui devaient teinter chaque partie des vitraux de la base d'une nuance différente. Personne ne semble remarquer mon comportement bizarre et déplacé. Il faut dire qu'en ces lieux, il y a nettement moins de monde...

Enfin, je trouve, relégué dans un petit coin sombre, le rayon tant convoité. Après avoir tourné en rond parmi les rubans, attaches et autres galons, je finis par trouver, sur indication d'une vendeuse solitaire, l'objet que je cherche. Matériel allemand, gage de robustesse... enfin j'espère. Elle m'assure de qualité du matériel sur lequel elle a de « bons retours ». Ici errent quelques autres originales : une jeune maman avec poussette qui cherche des boutons pour un chemisier, une dame antillaise d'un certain âge en quête d'un cube d'une substance miraculeuse qui permettait de fixer les plis des pantalons. « On en trouvait ici, à l'époque... »

La vendeuse est agréable, d'autant que la fatalité va s'abattre sur son rayon : à l'instar de celui du Printemps, déjà disparu, le rayon mercerie des Galeries doit s'évanouir en décembre de cette année. Je ne suis même plus étonnée, je ne me donne pas la peine d’être déçue. La Mecque de la couture, le Marché Saint-Pierre, montre lui-même d'inquiétants signes de déclin, alors ce pauvre petite rayon abandonné et planqué derrière les tenues "détentes", quel espoir a-t-il de survivre ? Il faut dire que de nos jours, la couture, ça ne sert plus à faire du vêtement... Tout juste, à la rigueur, des sacs customisés et du patchwork. La mercerie, il faudra aller chercher ce qu'il en reste dans les rayons du "Loisir créatif" avec son florilège de façons inutiles d'occuper ses dix doigts.

Avant de partir, je décide quand même d'aller faire un tour aux bijoux "fantaisie" : voilà pas si longtemps, on trouvait à la pelle, à des prix raisonnables, de ces colliers et boucles d'oreilles gracieux, délicieusement rétro ornés de cristaux colorés. Hélas, les seuls bijoux qui attirent encore mon regard sont des productions de créateurs à des tarifs prohibitifs. Mes bijoux de rêve ont été remplacés par des horreurs de plastique aux couleurs criardes ou d'énormes pacotilles pseudo-ethniques qui semblent devoir aux pires heures des années 80, le côté "fun" en moins. 

Bah, j'ai mon emporte-pièce et il y a de pires déceptions dans la vie. Mais je m'interroge quand même sur le monde qu'on nous bâtit, un monde où l'on nous fait avaler tout et n'importe quoi dans un joyeux conformisme, où l'on nous prive de la possibilité de donner vie à notre imaginaire. Le goût de l'apparence oui, mais formaté, assisté...

Mais ce n'est pas comme si c'était nouveau...