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mercredi, 14 avril 2010

Le doux charme de la vulgarité

Voici un an et demi (déjà), j'explorais l'emploi paradoxal de la stupidité comme "argument de vente". Au risque, encore une fois, d'être accusée de "juger" de pauvres "victimes" parce que je donne une opinion tranchée sur une pratique populaire dans l'univers bloguesque, je vais aujourd'hui aborder le registre "populo". Vu mon décalage permanent avec la bien-pensance web-sociale, je ne risque plus grand chose, n'est-ce pas ? Eh puis, vu l'intérêt majeur que suscitent généralement mes articles et le torrent (version oued à la saison sèche) de commentaires qu'ils entraînent, je peux dire à peu près n'importe quoi en toute tranquilité.

Tout comme j'avais du mal à accepter (plutôt que comprendre) que l'on puisse considérer comme un argument de communication le fait de projeter une image intellectuellement limitée, je ne comprends pas plus l'intérêt de paraître en déficit de - bonne - éducation. Je suppose qu'émailler son discours d'onomatopées, d'expression triviales et de mots grossiers est censé créer une impression de simplicité, de proximité. Le soucis, c'est que cette forme d'expression appartient à un registre plus sophistiqué qu'il n'en a l'air et implicitement exclusif tout à la fois des personnes qui se refusent à entrer dans le jeu et de celles qui n'ont pas la chance d'être issues d'un milieu "néo-bobo modo-victimisé" qui est tout sauf populaire.

Donc, ce registre d'expression est faussement populo, bien évidemment - je dirais même "populo" tout court. pour la bonne raison que pour moi, le terme de "populo" désigne déjà une caricature souvent forcée du "populaire". Le "populaire", j'ai un certain respect pour lui. Que je n'ai pas pour le "populo", qui se veut et se croit populaire mais constitue en fait un sabir branché totalement artificiel. Il suffit de l'analyser un peu : il est basé sur un étrange mélange de vulgarité et de maniement correct de la langue française. Les faux populos ne font pas de fautes d'orthographe ni de syntaxe, ils truffent juste leurs écrits des mots que leur maman ne voulaient pas qu'ils prononcent - même s'ils ont dépassé l'âge de la révolte enfantine et adolescente.

Certes, comme pour la "dinditude", il y a sans doute des avantages. Je peux même en trouver, moi-même, quelques-uns. Soyez vulgaires , car ainsi :

  • vous donnerez l'impression d'être dur(e), rebelle, ce qui plaît toujours ;
  • vous braverez un interdit social implicite sans rien risquer ;
  • vous entrerez de plain-pied dans la conformité anti-conformisme, le créneau le plus porteur ;
  • vous aurez l'impression de vous montrer simple, proche des gens - quelle que soit leur origine - en vous mettant au niveau  que vous estimez le plus bas  ;
  • vous n'aurez pas l'air trop "éduqué(e)" - ce qui semble assez ringard...

Qu'on ne se méprenne pas : mon accent et ma façon de m'exprimer, sauf si les circonstances l'exigent, n'ont pas grand chose de châtié. Mais pour rien au monde, je ne voudrais me vendre comme "populo". Tout d'abord, comme mentionné supra, par respect du "vrai" populaire. Ensuite, parce qu'employer un langage de niveau choisi, c'est témoigner du respect pour l'ensemble de ses lecteurs, quel que soit leur milieu, en évitant de leur projeter une caricature d'eux-même, en n'exigeant pas d'eux de se conformer à un code d'expression pour qu'ils soient accepté dans le cénacle.

Certains regimbent dès qu'on leur parle de "vulgarité" : ce serait une notion dépassée qui n'a plus lieu d'être. Certes. Il me semble cependant que la notion de "registre de langage" existe encore, assez largement pour que ces mêmes personnes l'emploient pour se bâtir un personnage. Ce discours peut-être d'ailleurs être très dommageable à destination des plus jeunes, qui  doivent apprendre à acquérir la notion de respect d'autrui, de respect de soi-même. Et que ce fameux "registre de langage", ils doivent apprendre à l'acquérir pour faire leur chemin dans la vie, sans l'interférence d'adolescents attardés.