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samedi, 04 décembre 2010

Les (web)feuilletonistes : quand l'histoire se répète...

La littérature d'agrément ne date pas d'hier. Mais pendant longtemps, la rupture essentielle se faisait entre les grands auteurs et les autres. Puis fut inventée la notion de l'« art pour l'art » et une autre distinction apparu, la rupture entre « littérature commerciale » et une « grande littérature ». Cette division recouvrait parfois la précédente. Mais pas toujours.


Quel rapport avec les feuilletonistes ?

Dès la première moitié du XIXe, avec la popularisation de la presse, de nombreux écrivains gagnent leur vie en publiant leurs récits par épisode dans ce que nous appellerions de nos jours des « publications périodiques ». Ces œuvres, connues sous le nom de « romans-feuilletons », se définissent uniquement par ce mode de parution. Elles sont en fait d'une infinie variété, que ce soit en genre ou en qualité. D'autant qu'en son sein naissent ou se confirment les ramifications de ce qu'on appellera plus tard les « littératures de genres ».

Très vite, les feuilletonistes apprennent à adapter leurs écrits au goût du public, à jouer avec ses émotions, à introduire un peu de suspens à la fin de chaque épisode. Tout aussi vite, les critiques se font entendre : cette littérature tournerait le dos à toute notion de style et d'esthétisme, elle jouerait sur le sensationnalisme de bas étage, bafouerait les bonnes mœurs... mais, pire que tout, elle est... populaire. Bref, elle regroupe en condensé tous les défauts de ce qu'on pourrait nommer une « sous-littérature ».

On omet souvent de rappeler que ces « rez-de chaussée » (le bas des pages des journaux où paraissent traditionnellement ces textes), tout comme un peu plus tard les « pulps » magazine américains, ont pourtant abrité une extraordinaire pépinière de grands auteurs, dont certains ont atteint le statut rutilant de «classiques littéraires ». Qui l'eût cru.

De nos jours, cependant, la publication « feuilletonnesque » a un relent de charme désuet, malgré l'énorme succès de son avatar le plus connu, la série télévisée (qui souffre d'ailleurs des mêmes critiques que le roman feuilleton en son temps). On ne voit plus que fort rarement des romans tronçonnés dans un périodique, sauf coup commercial pour un ouvrage très attendu.

Cependant, l'écriture feuilletoniste est loin d'être morte. Elle connaît même un sacré renouveau... sur le web. A présent que la case édition n'a pas besoin de d'être cochée pour offrir sa prose (ou ses vers) au public, à moins de caresser encore les espoirs utopiques d'une éventuelle édition, l'auteur peut d'un clic ou deux dévoiler sa production. Et de là, tomber dans un immense puits au fonds duquel rampent les formes sombres et dangereuses des préjugés.

Dans l'opinion générale, si un auteur publie sur le web, c'est forcément qu'il n'est pas assez bon pour être publié par la voie classique. La vérité est plus complexe – du moins dans le domaine de la littérature de l'imaginaire.

La littérature de genre (et tout spécialement en littérature de l'imaginaire) subit déjà par sa nature le mépris des milieux littéraires reconnus. Ce qui n'empêche pas qu'en son sein, se recrée le même type de cénacle quelque peu intellectualiste. (C'est un peu comme les équations fractales où la même structure se reproduit à l'infini au fil de ses divisions). La grande édition joue sur des valeurs sûres, en balançant des ouvrages à succès, la plupart du temps anglo-saxons, sans politique de publication réellement concertée. La petite édition, en contrepied, se veut « art et essai », dans sa recherche louable et même parfois audacieuse de textes de qualité mais qui cependant prend assez peu en compte la pure détente. De fait, il y a sans doute beaucoup d'écrivains du web qui ne se retrouvent pas dans cette production et se sentent donc totalement découragé de soumettre quoi que ce soit à qui que ce soit ! 

Bien sûr, l'attachement à l '« objet livre », le soutien délibéré au mode de publication traditionnel, le confort de la lecture sur papier donne encore à l'édition une position prépondérante. Mais pour combien de temps ? Pour l'instant, la difficulté de s'y retrouver dans les ramifications de la toile, qui rend très difficile l'accès aux œuvres qui y sont disséminées, constitue le plus grand atout de l'édition. Ainsi, bien sûr, que l'idée que ne publient sur le web que les écrivains ratés, ceux qui n'ont jamais pu se faire éditer et qui se jugent eux-même pas assez bon pour tenter le coup.

Maintenant, voyons les choses du côté de ces « nouveaux feuilletonistes » et de leur rez-de-chaussé numérique. Ils sont très variés dans leur expérience et leur parcours. Parmi eux, beaucoup sont encore jeunes (avec l'âge, on passe moins de temps sur des fariboles comme l'écriture, à moins d'être, comme moi, profondément puéril). Tous ressentent le besoin de faire partager leurs écrits, pour exister en tant qu'auteurs, pour partager, pour évoluer. Ils s'inscrivent dans des courants variés, parfois marqué par la culture dite « populaire » : webromans ou webfictions, webséries, fanfictions, nouvelles... Leur point commun est le fait que souvent, comme les feuilletonistes de jadis, ils publient par épisode une œuvre la plupart du temps toujours en cours d'écriture. Parfois, ils parviennent à se constituer un petit lectorat fidèle, assez difficilement quantifiable vu que les retours sont statistiquement très rares.

Certains ne se considèrent pas comme des artistes : ils écrivent par jeu, par plaisir, par fantasme. L'idée d'un jour être un auteur « à part entière » ne les effleure même pas. Il y a ceux qui s'adonnent à des genres « impubliables » : comme la fanfiction, qui se situe en théorie dans l'illégalité car elle exploite l'œuvre d'autres personnes et bénéficie d'une vague marge de tolérance. D'autres enfin sont passés par une phase de renoncement ou l'abandon d'une utopie (celle de la publication), et ont finalement décidé d'avancer en se rabattant sur ce média. A noter que la plupart n'ont jamais soumis un texte de crainte du rejet et n'ont donc pas subi ce rejet. Enfin, il y a tous ceux qui n'ont jamais réussi à finaliser un texte et qui espèrent que ce mode de publication leur permettra d'aller de l'avant.

Entre parenthèses, si je prends mon propre cas, je suis pour ma part bien consciente que rien de ce que j'écris n'est "classiquement" publiable, que ce soit Paradis XXIV, sorte de salmigondis d'influences diverses sans vision majeure sous forme de « copshow » spatial sur fond de grande conspiration, ou Le Premier Cercle, roman historico-politico-fantaisiste qui joue sur des thèmes classiques. Je sais parfaitement qu'aucun éditeur n'en voudrait dans son catalogue : pour le premier, parce que c'est un récit de pur détente, pour le second, en raison du manque d'originalité des thèmes. Sans oublier la qualité même de l'écriture, qui ne tiendrait pas la route face à un critique avec des prétentions professionnelles. Ce qui ne veut pas dire que ce sont des textes sans intérêt : dans le contexte précis de la web littérature de l'imaginaire, ils se classeraient plutôt bien qualitativement et ils divertissent une poignée de gens, ce qui est le but de la chose.

Comme les feuilletonistes autrefois, donc, les feuilletonistes du web sont considérés comme une vaste nébuleuse de sous-littérateurs qui écrivent pour la plupart de la littérature de pur loisir (surtout dans les domaines lié à la culture télévisuelles, comme la fanfiction et la websérie). Même si une connaissance minimale du milieu montrerait que ce n'est pas si évident, l'idée générale est que cette littérature tourne le dos à toute notion de style et d'esthétisme, qu'elle se greffe sur une sous-culture manifeste, qu'elle joue souvent sur une sensationalisme de bas étage... Ce qui n'est pas sans rappeler quelque chose. Ajoutons aussi qu'elle est l'œuvre d'écrivaillons médiocres en manque de reconnaissance, dont les motifs pour publier sont sans doute plus que louches...

Donc, on peut comprendre l'absence d'intérêt des éditeurs, même alternatifs. On peut comprendre le silence des milieux littéraires « autorisés » même en littérature de genre (sauf quand un auteur connu s'adonne à l'exercice pour faire mousser une popularité déjà acquise). Cependant, force est de constater que la littérature du web (à ne pas confondre avec le livre numérique !) constitue un phénomène bien réel et qui ne cesse de s'amplifier. Force est aussi de constater qu'on y trouve de bons auteurs, dont la production surpasse ce qu'on peut trouver entre les pages au plan artistique. Et même si ce n'est pas le cas, on y trouve de la littérature tout simplement plaisante, qui serait sans doute considérée comme indigne de figurer entre des pages imprimées mais offre du bonheur aux lecteurs qui ont la chance de la rencontrer. On trouve aussi nombre de textes qui ne sont pas parfaits mais dont les auteurs montrent de belles promesses.

Un autre genre dévore actuellement le web : les sites, forims et blogs littéraires, sur lesquels l'internaute fait partager sa passion pour la lecture et ses avis les publications qu'il a pu lire. Quand cela touche au domaine de l'imaginaire, il n'est pas rare que le propriétaire des lieux étende son exploration au domaine du cinéma, de la télévision, voire, bien souvent, du jeu de rôle. Mais quid de la littérature du web dans tout cela ? Elle est profondément absente, dans la majorité des cas. Passée sous silence. Inexistante. Méconnue. Pour moi qui, pour des raisons de temps, ai en grande partie abandonné la lecture "sur livre" au profit de l'écriture, la lecture de web littérature est devenue un loisir périodique, pas trop chronophage... mais aussi un engagement. C'est pour cela que me sens profondément peinée de voir que même les milieux qui pourraient aider à changer la vision du phénomène ne sont pas portés à s'y risquer. Par volonté (certes louable) de soutenir plutôt les petits éditeurs ? Par ignorance ? Par préjugé ? Ou par la simple difficulté de retrouver les perles qui s'y cachent ?

Sommes-nous condamnés à hériter de l'étroitesse de vision du XIXe siècle ? Au risque de se voir au final, moqués par nos successeurs qui se demanderont comment leurs anciens ont pu à ce point manquer de discernement, en se tenant à une vision dépassée du « bel et beau »... ?

mardi, 13 avril 2010

Un peu de changement...

Une nouvelle bannière  en attendant mieux : l"ancienne commençait à me sortir un peu par les yeux !

Toujours du vert, pour ne pas avoir à changer tout le reste.

choux.jpg

23:44 Publié dans Sur le fil | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : web, blog, graphisme

samedi, 10 avril 2010

Geek-ification : usurpation d'identité !

"Toi, tu n'es pas un Geek... Tu es un "gamer", tout au plus..."

Par cette petite phrase, mon mari exprimait à un de ses amis son agacement de voir un peu tout le monde et n'importe qui se qualifier de "geek". Il y a quand même un énorme paradoxe dans le fait que les véritables "geeks", ceux à qui j'ai déjà pu servir de porte-parole pour en avoir un certain nombre dans mon entourage et partager avec eux quelques visions... et quelques inadaptations, se voient voler leur particularisme par des gens qui les méprisent profondément en tant qu'individus.

Démystifions, démystifions !

N'est pas un forcément geek celui ou celle qui : passe son temps devant les jeux vidéo ! C'est tout au mieux, comme dit plus haut, un "gamer". L'esprit ludique seul ne définit pas le Geek ! D'ailleurs, il existe de plus en plus de jeux à l'intention des gens qui, comme le faisait justement remarquer le  type de la boutique de jeux vidéos près de chez moi, ne savent pas jouer. D'où le succès de la Wii et des jeux de simulation de "vie réelle".

N'est pas un forcément geek celui ou celle qui : achète le nouveau gadget à la mode. Sachant que ces gadgets style iPhone, iPad, iTrucs et iMachins visent (comme jadis une partie des Mac) les gens qui n'y connaissent rien mais se veulent "branchés" : ce sont ceux que j'appelle volontiers les "technogogos". Il suffit qu'assis dans votre métro ou RER préféré, vous observiez attentivement les pigeons qui allument leur iPhone : je vous mets au défit de reconnaître ne serait-ce que 10% de Geek dans le lot ! Vous trouverez surtout des gens qui portent une attention particulièrement forte aux apparence. Ceux qui ont un vrai Geek à la maison savent que les technogadgets typiquement Geeks sont inutilisables pour les non initiés ou trop décalés pour conquérir les foules. Le Geek qui achète des "vrais" technogadgets espère pouvoir les reprogrammer et râle quand il apprend qu'il faut (encore) casquer pour pouvoir le faire.

N'est pas un forcément geek celui ou celle qui : possède un compte sur facebook, un sur MSN (même si c'est has-been), un sur Twitter, un sur Skype, met à jour un blog sur sa vie, son oeuvre... Ce ne sont pas des outils techniques mais des outils sociaux, qui servent en quelque sorte à reformer virtuellement la dynamique des cours de récré. Très peu pour les Geeks, qui ont déjà assez souffert de la stupidité profonde des codes sociaux à leur plus haut niveau. Ces supports sont d'un accès aisé même aux plus faibles en technologie et en informatique.  Personne n'est un Geek parce qu'il possède une ligne téléphoniqe, son nom dans l'annuaire ou même dans le Who's Who. Le Geek peut posséder ces comptes, mais il les emploiera comme des outils de communications, pas pour se faire briller ou courtiser les sujets alpha. Puis le Geek code lui même son blog... Et même si ce n'est pas la cas, il écrit dessus des trucs de Geeks qui n'intéressent que les Geeks.

N'est pas un forcément geek celui ou celle qui : exerce un métier technique ou informatique. J'ai connu des informaticiens qui n'avaient pas d'ordinateurs chez eux et à qui je pouvais, sur certains points, apprendre leur métier. Ce n'est pas rare de se fourvoyer dans un carrière non adaptée à ses aspirations, perce que maman a dit "Tu seras ingénieur, mon fils" ou tout simplement parce que l'on doit gagner sa croûte.

En définitive :

N'est pas un forcément geek celui ou celle qui : passe un temps excessif devant son ordinateur. Cela pouvait être vrai jadis, quand les ordinateurs étaient des articles rares que ne possédaient que quelques vrais passionnés (comme un de mes oncles au début des années 80), qui ne répondaient qu'à de longues lignes de code. Mais de nos jours, les ordinateurs sont faciles d'accès et servent à tout et à n'importe quoi, comme nous avons pu le voir.

Pour saisir tout les nuances de la geekitude, il existe quelques sites incontournables : notamment l'excellent BDG (Blagues pour Geeks) et bien entendu le fabuleux Test de Geekitude !

i am a major geek

vendredi, 09 avril 2010

Sociologie fantasmée de mes visiteur(euses)

Il paraît que depuis le début du mois, 131 personnes individuelles sont venues voir ce que je bidouillais sur ce blog. (je sais, c'est minable, mais je refuse de parler de sujets fédérateurs qui ne monopolisent qu'un neurone à la fois ou tous au même temps, jusqu'à l'implosion !)

J'aimerais bien les connaître, ces 131 personnes... Mais malheureusement, ce sont des voyeuses, planquées derrière leurs canisses. Il me faut donc leur inventer une sociologie, même si c'est de toute pièce.

1 est une bonne copine qui lit TOUT ce que j'écris : c'est en partie pour elle que je m'oblige à garder un certain niveau qualitatif !

2 ont suivi le lien qui se ballade dans mes signatures de forum, parce qu'elles aimaient bien le papillon vert. Vu que ce sont sans doute des Geeks ou des Rôlistes, ils sont tout au moins compatissants...

3 ont mis au moins une de mes images en lien direct (l'aubaine !) et ça compte comme une connexion chaque fois qu'ils ouvrent la page où apparaît cette image. C'est le seul domaine où vos biens continuent à vous servir même après avoir été pillés.

4 ont suivi des liens vers certains articles que j'ai indiqués ça et là pour diverses raisons. Une fois lu l'article en questions, ils ne se sont pas attardés. Gloups... Je devrais changer d'attaché de presse.

5 appartiennent au groupe des sympathisants plus ou moins fidèles, qui de temps en temps, se souviennent de mon lien dans leurs favoris et décident de me rendre visite comme on vient voir une brave cousine un dimanche de pluie.

6 sont tombés chez moi après avoir cherché quelque chose d'utile sous Google. Même un moteur de recherche peut faire preuve d'humour.

11 ont vu de façon fugace passer mes notes sur la page d'accueil de "HeF" et ont cliqué par curiosité compulsive... On leur avait dit que la curiosité était un vilain défaut ! Grâce à moi, ils le savent aujourd'hui.

12 ont suivi un tag du "nuage" et se sont laissés avoir par mon incroyable duplicité : eh oui, la seule soit-disant littérature dont je parle est celle que je produis et si je parle de mode, c'est dans une nouvelle futuristo-satirique (désolée, les filles,  pas de pub pour les chaussures sur mon blog, même si j'aime mes Bocage rétro à la folie ! Oups...)

28 ont vu apparaître un de mes commentaires décalés sur un autre blog et ont voulu voir à quoi ressemblait la bête. Ils n'ont sans doute pas compris où ils étaient tombés, les pauvrets ! Certains doivent encore courir...

Tous les autres sont des bots russes ou chinois... Personne ne leur demande de comprendre, c'est pour cela qu'ils sont si nombreux. En fait, je devrais les taguer "meilleur public", mais ils partent toujours trop vite. C'est dommage, moi qui aime les échanges culturels !

samedi, 03 avril 2010

Des îles et des alouettes...

Ce sujet a été déjà plus ou moins abordé à travers diverses notes et remarques ou des discussions sur forum. Je suis parfois assez surprise de la virulence de jeunes auteurs à s'affirmer indépendants de l'influence de leur public, d'autant plus sur des formes d'écriture clairement créées à destination d'un public (fanfiction, webséries, jeux d'interprétation...). J'en  viens à me dire qu'il y a peut-être une question de génération. Certains d'entre eux ont directement pratiqué l'auto-publication sur forum et acquis un public fidèle, sinon nombreux, avec lequel il leur était aisé d'entrer en relation.

Si l'on creuse un peu, pourtant, la possibilité de publication sur Internet n'est anodine pour personne. Peut-être d'autant moins pour nous, les "vieux routards" de l'écriture qui l'ont longtemps pratiquée comme une démarche solitaire dans laquelle le lectorat représentait un facteur fantasmé.

Donc, pour ces écrivains qui ont passé 20 ans ou plus à coucher sur le papier ce qui se bousculait dans leur tête, histoire de l'en faire sortir, de ne pas le laisser perdre et l'offrir à la postérité (si elle le voulait bien), l'écriture ne pouvait être autre chose qu'une démarche intensément personnelle. Le lectorat demeurait lointain et utopique, lié à la nécessité de bâtir quelque chose d'assez parfait pour que cela puisse être imprimé un jour... Une nécessité redoutable, voire même paralysante...

En l'absence du moindre bêta-lecteur bien disposé dans leur entourage, ils se voyaient bien obligés à être seuls juges de qu'ils écrivaient et de s'améliorer par eux-même : une démarche qui est tout de même liée à une frustration - pas tant de l'absence de retour que de l'impossibilité d'un retour. Et si parfois, ils arrivaient à expérimenter le Graal d'une publication "papier", c'était dans un contexte trop modeste ou trop cadré pour que se crée cette dynamique essentielle. D'autant plus s'ils étaient trop isolés, trop timides ou trop peu sûrs d'eux pour aller vers les ateliers d'écriture ou les communautés d'écrivains.

En se mettant du point de vue de ceux qui ne sont pas des "bleus" en tant qu'écrivains mais qui sont des "bleus" de l'échange et de l'auto-publication, Internet s'immisce incontestablement dans la façon d'appréhender l'écriture. Tout d'abord, parce que cette auto-publication lève la nécessité de créer un texte assez parfait pour passer le redoutable cap du jugement de l'éditeur. Ce qui offre plus de liberté, mais émousse paradoxalement la partie "artistique" un peu contemplative de l'écriture classique. La nécessité d'un rythme de publication ajoute un peu à cette impression de "faire des gammes" plutôt que de jouer une symphonie.

Ensuite, il y a l'irruption - ou le silence ou l'absence - du lectorat dans la démarche. Pour les écrivains ci-dessus décrits, la proximité immédiate que donne Internet aux lecteurs permet à une utopie de devenir réalité. Ils sont sans doute, dans un premier temps, déçus par l'aspect "miroir aux alouettes" qui leur faisait espérer toucher rapidement un lectorat important. Conscients de leur parcours solitaire, ils craignent de s'être fourvoyés sur un chemin qu'ils sont les seuls à comprendre et apprécier, alors même qu'ils attendent de ce miraculeux média la reconnaissance qui leur a tant manquée. La voix du lecteur, même du lecteur individuel et unique, prend d'autant plus de poids qu'elle symbolise à elle seule ce fantasme devenu réalité.

Il ne s'agit pas d'une démarche narcissique, mais plutôt du besoin quasi-viscéral d'une dynamique d'échange et plus encore, d'une dynamique d'échange égalitaire. Car des deux forces en présence, c'est l'auteur qui reste de loin le plus vulnérable, le plus dépendant, jusqu'à ce qu'il ait suffisamment d'audience pour que le rapport puisse s'inverser. Et donc l'auteur, pour inverser ce rapport, se doit de "courtiser" le lecteur et tâcher de le séduire, voire de susciter chez lui de la compassion, de la pitié, de la culpabilité, bref, n'importe quel sentiment susceptible de le conduire à éprouver un quelconque intérêt. Un intérêt réel, pas un "J'aime ce que tu fais, je le lirai si j'ai le temps" qui représente un encouragement... mais un encouragement vide de  tout sens, comme une petite tape dans le dos, avec la superficialité des bons sentiments. Mais quoi qu'on fasse et quoi qu'on dise, chaque homme est une île, le roi de son micro-état centré sur son propre gouvernement et ses propres préoccupations. Et ce qui est essentiel dans son microcosme insulaire ne l'est pas sur l'île d'à côté. On ne peut forcer l'ingérence.

Et puis, il y a toute ces blessures : les moqueries, la condescendance, l'incompréhension... Comment ne pas saigner en voyant des textes dont la qualité n'a rien de mirobolante attirer des dizaines de commentaires ? Ce sentiment ne saurait se définir par la simple jalousie : cela relève de l'injustice, d'autant plus blessante qu'on se sait soi-même bon juge de ce qu'on examine. Mais si l'on a un tant soit peu de respect pour soi-même, on demeure digne : l'écrivain qui se laisserait aller au sarcasme ou à l'exercice de démolition d'autrui montre qu'il ne croit pas en lui-même, en ses capacités et son éthique.

Qu'on soit une alouette face au miroir ou une île perdue au milieu d'un l'océan vide, il faut parfois de la constance pour continuer à regarder dans la direction de ses rêves, même s'ils ne sont que des mirages.

dimanche, 21 mars 2010

Intertexte

Ce titre ne veut sans doute rien dire, mais il exprime de mon point de vue ce que seront ces quelques lignes.

Le retour du "A quoi bon ?" parce que de temps en temps, il est important de ressortir cette phrase classique aux relents de nihilisme dépressif. Cependant, je peux objecter que mon trajet dans la pénombre (c'est à dire, le parcours en aveugle de l'écrivain sans retours) est à présent piqué de petits puits de lumière : quelques remarques constructives, un excellent retour sur "Émancipation", l'intérêt et la curiosité sincères de plusieurs personnes et un peu de publicité (je dois ici remercier un de mes amis qui est devenu, en quelque sorte, mon "attaché de presse" sous Facebook, merci monsieur G. !) Le "A quoi bon ?" est un grand classique qui nous donne le sentiment d'appartenir à un cénacle de génies méconnus et de poètes maudits, le pratiquer à l'occasion est salutaire pour l'ego et la profondeur créative.

Je reste toujours aussi surprise en consultant les statistiques que mon article le plus consulté demeure mon "Ode funèbre à l'originalité vestimentaire". J'ose à peine imaginer la tête des "girlies" attirées par le tag "mode" quand elles atterrissent dessus. Aucune n'a hélas laissé de commentaire. Mais de toute façon, je pense qu'il en est de l'attitude "girlie" comme de la lecture de Télérama : on sait que c'est bourré d'âneries, mais on continue à pratiquer pour des raisons sociales. (Je m'excuse de cet accès de méchanceté gratuite, on m'a déjà accusée de "porter des jugements" sur les dindes - c'est à dire, d'avoir un avis sur le courant "girlie"...)

Voilà, c'était le billet qui ne sert à rien. Après avoir virtuellement abandonné ce blog, je le charge et je le surcharge. Je suis en phase d'extraversion pathologique, ça finira bien par passer un jour...

 

mercredi, 08 avril 2009

Changement d'un avatar légendaire...

Déjà plus de deux mois sans bloguer... Saturée par le travail, par la lassitude, démotivée... je manquais de goût plutôt que de temps pour l'exercice. D'ailleurs, n'est-ce pas souvent le cas ? Le "manque de temps" si souvent allégué cache le plus souvent, dans la réalité, une véritable carence de motivation. Quand on veut, on peut. En maintes occasions, j'ai pu le vérifier...

La création de mon nouvel avatar est justement celle de reprendre les choses en main. Un avatar, c'est une image par laquelle un internaute choisit de se représenter sur un forum, une messagerie... Le mien est lié à mon pseudonyme le plus fréquent, "Flamme". Il peut donner à sourire et préter à maintes plaisanteries (je pense en avoir fait le tour...), mais dissimule une origine plus intellectuelle qu'il n'y parait : mon goût pour les histoires impliquant des bateaux volants (des "nefs") me l'avait fait choisir, en référence à Nausicaa, fille d'Alkinoos, roi des Phéaciens, venue en aide à Ulysse naufragé. Quand j'étais au lycée et que j'étudiais l'Odyssée dans le texte, une note discrète en bas de page du vénérable ouvrage de Grec donnait comme éthymologie du prénom princier "Flamme des Nefs".  D'où ce pseudonyme de "Flamme"...

Donc, ce vénérable pseudonyme m'avait poussée à employer comme avatar l'image, trouvé sur la toile, d'une petite élémentaire de feu à la foix kawaï et gothique...

flamme2.gif

Mais au fil du temps, j'ai commencé à éprouver un malaise de plus en plus constant lié à l'emploi d'une image dont je n'étais pas l'auteur, ce qui contrariait mes principes. Aussi, après quelques croquis et crayonnés (l'un est d'ailleurs apparu ici), j'ai fini par produire un croquis qui satisfaisant et me lancer dans la réalisation sous Inkscape de ce nouvel avatar.

Au départ, un crayonné scanné pour servir de base au tracé vectoriel :

flamme-crayon.jpg

Après quatre heure de travail, voici le résultat :

 

flamme-blog.jpg

Cette image somme toute assez simple me définiera désormais sur l'ensemble des forums où j'apparais sous le pseudo "Flamme". Fin d'une époque, début d'une autre... Un bon (re)commencement.

Post-scriptum : cet avatar comportant une part de transparence partielle, je ne peux que regretter que le blog Hautetfort ne supporte pas cette transparence, me forçant à la simuler par un fond blanc. Voilà qui est tout de même très dommage, notamment pour les blogueurs qui s'intéressent au graphisme à destination du web...

mercredi, 06 août 2008

Précis de typo pour blogueurs fantaisistes

Sur de nombreux blogs, un fond de qualité est desservi par une forme "fantaisiste" qui nuit à leur lisibilité. Personnellement, il m'arrive de déserter un blog qui me fait trop mal aux yeux par ses choix de couleurs ou dont la lecture me fatigue parce que son auteur méconnait les principes essentiels de l'ergonomie. Aussi ai-je pensé qu'il pourrait être intéressant de donner quelques conseils de base sur la présentation d'un blog, afin qu'il soit lisible et compréhensible de tous.

Actuellement, les hébergeurs de blogs offrent des possibilités étendues de mise en forme : sachons ne pas en abuser et les employer à bon escient ! Vous devrez peut-être renoncer à une fantaisie toute formelle, mais vous montrerez que vous respectez vos visiteurs en les accueillant sur un espace agréable à parcourir.

Les paragraphes : restez clair à tout prix !

Il est très désagréable de lire un texte qui se présente comme un seul gros pavé, sans la moindre coupure. Il l'est tout autant de lire un texte dont le rédacteur saute une ligne après chaque phrase. Il est important de créer des paragraphes de quelques lignes (à interlignes simples !) séparés du paragraphe suivant d'un espace vertical d'environ une ligne - ou un peu moins. Quand change-t-on de paragraphe ? Globalement, quand on passe à une nouvelle idée, un nouveau thème. La paragraphe doit comporter une cohérence interne et une unité de sens pour qu'il aide à la lecture logique de la note.

Il est également capital de bien utiliser les alignements de paragraphe. Le plus clair et le plus utilisé est l'alignement à gauche, convention dans notre écriture. Cet alignement aide le regard à retrouver le début de la phrase après avoir fini de parcourir la ligne précédente. La justification (alignement du texte à droite et à gauche) est parfois jugé plus agréable et plus claire, mais elle ne doit être appliquée que si la ligne est suffisamment longue pour que le fait de justifier n'introduise pas un écartement disgracieux entre les mots. Le centrage doit être réservé aux titres, à de brèves citations, à des illustrations. Centrer des paragraphes complets est très fortement déconseillé ! Cela rend le texte difficile à lire, car l'oeil peine à retrouver le début de la ligne suivante. L'alignement à droite induit des difficultés de lecture, pour les même raisons : à réserver aux signatures !

Gras, italique, soulignement : à employer avec modération !

Le gras et l’italique servent à apporter une emphase sur un mot ou une portion de texte, c’est à dire à faire ressortir un élément important, une consigne, une citation. Il faut éviter de les employer de façon systématique, répétitive ou sur un texte trop long (au-delà d'une ligne ou deux). La combinaison italique et gras, disgracieuse et fatigante, est à éviter comme la peste.

Comme les machines à écrire n'offraient pas la possibilité de taper des lettres en gras ou en italique, l’habitude a été prise d'employer à la place le le soulignement. Son usage n'a plus lieu d'être. Il vaut mieux bannir le soulignement pour éviter toute confusion avec les liens hypertextes.

La taille du texte : le juste milieu

Pour la majorité de gens, un texte est difficile à lire s'il est trop petit, mais aussi s'il est trop grand. Mieux vaut adopter une taille de caractère moyenne, par exemple la taille 12. Évitez de changer de taille de texte en plein milieu d'une note, l'oeil aura de la peine à se réadapter.

Les couleurs : restez minimalistes !

Les blogs offrent la possibilité d’utiliser pour les caractères un large panel de couleurs. Certains blogueurs aiment à jouer avec toutes sortes de couleurs... Pour ma part, j'y suis défavorable, pour plusieurs raisons :

  • Au delà de deux ou trois couleurs, les autres seront trop vives, trop pâles, agressives, pas assez contrastées sur un fond donné ;
  • un nombre non négligeable de personnes (près de 10% de la population mâle !) souffre de troubles de perception des couleurs ;
  • la juxtaposition de plusieurs couleurs est fatigante pour l’oeil.

Il est de toute façon impératif que le texte reste bien contrasté, au risque d'être totalement illisible ! Souvenez-vous également que depuis notre plus jeune âge, nous sommes habitués à lire des caractères noirs sur fond blanc : notre oeil (toujours lui) sera généralement plus à l’aise pour reconnaître un caractère sombre sur un fond clair.

Police de caractère : restez classiques

Par l'intermédiaire des feuilles de styles, vous pouvez choisir une police de caractère particulière. Les polices les plus utilisées sont de deux types : les sérifs reconnaissables à leurs petits empâtements (Times New Roman, Garamond…) et les sans-sérifs, qui n’en comportent pas (Arial, Verdana…). Les polices les plus lisibles à l’impression sont les sérifs. Par contre, sur l’écran où existent toujours des risques de pixélisation, les sans-sérifs, plus simples, rendent mieux.

Certaines polices fantaisie, anciennes ou manuscrites peuvent sembler belles au premier regard, mais se révèlent très fatigantes  pour les yeux quand elles sont utilisées sur écran et dans un texte long. En effet, notre oeil n’a pas été habitué à les lire, à la différence des polices classiques. Il faut savoir aussi que le visiteur doit posséder la même police sur son disque dur pour qu’elle apparaisse telle quelle. Dans le cas contraire, un autre caractère lui sera automatiquement substitué et le résultat risque d’être laid ou illisible.

Les fantaisies typographiques : elles n'amusent que vous

Il est très à la mode, parfois, de se créer un style typographique particulier (par exemple, en doublant systématiquement une lettre, ou en la tapant en majuscule). Ce style de coquetterie se fera toujours au mépris de vos lecteurs !

Présentation générale

Essayez de bien délimiter les différentes colonnes de votre page, par un jeu de lignes ou de couleur : elle n'en sera que plus lisible. Certains blogueurs font le choix d'un colonne centrale très étroite. Ces blogueurs doivent rester attentif à ne pas publier d'image plus large que cette colonne, ou le résultat sera désastreux ! Quand vous publiez des images dans le cours du texte, essayer qu'elles ne dépassent pas le tiers ou la moitié de la ligne, selon sa longueur, au risque de voir des lignes dramatiquement raccourcies au point d'en être illisibles de part ou/et d'autre de l'image.

Au final !

On a jamais rien à perdre à se remettre en cause, surtout suite à des erreurs qui sont commises par méconnaissance de ces règles. Essayez de méditer ces quelques petits principes, au lieu de vous sentir agressés dans votre créativité. Vous donnerez plus de plaisir aux autres à lire votre blog, ce qui sera un bénéfice et une stisfaction non négligeable !

vendredi, 15 février 2008

Quand le désert avance

Le WEB est VIDE.

Vous ne l'avez peut-être pas remarqué, mais c'est flagrant... La bonne vieille toile telle que nous la connaissions, qui grouillait de monde, et même d'importuns, ne ressemble plus au périph' aux heures de pointes... Mais au périph' à 3 h du matin, voire au périph' coupé.

Si l'on m'avais dit que je regretterais même les importuns, je ne l'aurais pas cru. Et pourtant... Seule une poignée d'adresses s'activent sur mon MSN et ceux qui se branchent ne causent pas. Le nombre de messages de mes forums stagne comme l'eau d'un marigot en plein été, les discussions intéressantes sont de plus en plus rares. Le nombre de visites sur mes sites connaît une effrayante chute statistique. Et c'est partout pareil.

Et même quand les gens sont là, ils sont mous, poussifs, peu communicatifs. Le pire, c'est que je ne suis pas sûre que cette absence soit due à la pratique d'activités plus sociales ou familiales, mais plutôt à une passivité, à un engourdissement tel qu'on pourrait croire que les internautes ont ingéré l'eau du Léthé...

Il y a des moments où l'on a envie de donner un coup de pieds dans la fourmilière endormie, de crier : mais où êtes-vous ? Secouez-vous ! Il  y a des choses à accomplir, des rencontres à faire, des expériences à partager, de l'aide à donner, des discussions à tenir !

Je ne suis pas charitable. Enfin, disons que j'aime à croire que je ne le suis pas. Cette indolence m'agace et je serais volontaire pour donner un grand coup de pied au derrière virtuel à tous les léthargiques. Il y a tant de choses à dire, à accomplir, que ce soit sur le net ou ailleurs ! Se laisser aller à l'apathie et à la "sinistrose" est une défaite, pire, une fuite, un abandon, une forme de lâcheté...

12:55 Publié dans Sur le fil | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : internet, web